Le faucheur [Reaper Man - fr]
- Автор: Пратчетт Теренс Дэвид Джон
- Серия: Disque-monde #11
- Год: 1998
- Язык: французский
- Год: Atalante
- ISBN: 2-84172-066-7
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le faucheur [Reaper Man - fr]». Краткое содержание книги:
Envie de repartir à zéro ?
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CLUB DU NOUVEAU DÉPART ?
Tous les mardis, minuit,668, rue de l’Orme.
OUVERT À TOUSTENUE DE SUAIRE NON EXIGÉE
Du pain sur ses quatre planches pour le défunt Raymond Soulier, activiste résolu : fantômes, vampires, zombis, banshees, croque-mitaines… les morts-vivants se multiplient.
Car une catastrophe frappe le Disque-monde : la Mort est porté disparu (oui, la Mort est mâle, un mâle nécessaire). Il s’ensuit un chaos général tel qu’en provoque toujours la déficience d’un service public essentiel.
Tandis que, dans les champs d’une ferme lointaine, un étrange et squelettique ouvrier agricole manie la faux avec une rare dextérité. La moisson n’attend pas…
— OUI ?
— Tu peux voir, si tu veux. »
Un pied sale se tendit pour qu’il constate.
« DITES DONC. VOYEZ-VOUS ÇA. DE NOUVELLES CHAUSSETTES.
— Ma m’man, elle les a tricotées avec du mouton.
— MA PAROLE. »
L’horizon eut droit à une nouvelle inspection.
« T’sais, fit-elle, t’sais… on est vendredi.
— OUI.
— J’ai trouvé une cuiller. »
Pierre Porte s’aperçut qu’il attendait la suite. Il n’avait pas l’habitude des interlocuteurs dont la concentration ne dépassait pas les trois secondes.
« Tu travailles à mademoiselle Trottemenu ?
— OUI.
— Mon p’pa, il dit qu’y fait bon s’mettre les pieds sous la table là-bas. »
Pierre Porte ne trouva rien à répondre parce que le sens de la phrase lui échappait. C’était une de ces expressions humaines toutes faites qui masquent un sens plus subtil, sens que le simple ton de voix ou la lueur dans le regard fait souvent comprendre mais dont se passait la gamine.
« Mon p’pa, il dit qu’elle a plein de boîtes de trésors, qu’elle a dit.
— AH BON ?
— Moi, j’ai deux sous.
— BON SANG.
— Sal ! »
Ils levèrent tous les deux la tête tandis que madame Lifton apparaissait sur le seuil.
« L’heure d’aller te coucher. Arrête d’embêter monsieur Porte.
— OH, JE VOUS ASSURE, ELLE NE…
— Dis bonne nuit, tout de suite. »
« Comment ils font pour dormir, les cequelettes ? Ils peuvent pas fermer les yeux parce qu’ils… »
Il entendait leurs voix étouffées dans l’auberge.
« Faut pas appeler monsieur Porte comme ça, c’est pas parce qu’il… qu’il est… très… qu’il est très maigre…
— C’est pas grave. C’est pas un cequelette mort. »
Madame Lifton parlait avec l’accent d’inquiétude typique de ceux qui ne peuvent se résoudre à croire le témoignage de leurs propres yeux. « Il a peut-être été très malade, voilà tout.
— Moi, j’pense qu’il pourra jamais être aussi malade. »
Pierre Porte rentra à la ferme d’un pas songeur.
Il y avait de la lumière dans la cuisine, mais il gagna directement la grange, escalada l’échelle du fenil et s’allongea.
Il pouvait s’éviter de rêver, mais pas de se souvenir.
Il fixa les ténèbres.
Au bout d’un moment, il eut conscience d’une multitude de pieds qui couraient. Il se retourna.
Un flot de fantômes pâles en forme de rats s’écoulait le long de la poutre faîtière au-dessus de sa tête, des fantômes qui s’estompèrent bientôt et dont il ne resta plus qu’un bruit de débandade.
Les suivait une… silhouette.
Elle avait une quinzaine de centimètres de haut. Elle portait une robe noire. Elle tenait une petite faux dans une patte squelettique. Un museau d’une blancheur d’os flanqué de moustaches grises d’aspect friable dépassait des profondeurs sombres d’une capuche.
Pierre Porte tendit la main et l’attrapa. Elle ne résista pas mais, debout sur sa paume, posa sur lui un regard de professionnel à professionnel.
« ET TU ES… ? » fit Pierre Porte.
La Mort aux Rats hocha la tête.
« COUIII.
— JE ME RAPPELLE, dit Pierre Porte, QUAND TU FAISAIS PARTIE DE MOI. »
La Mort aux Rats couina encore.
Pierre Porte fouilla dans les poches de sa salopette. Il y avait mis des restes de son déjeuner. Ah, voilà.
« J’IMAGINE, dit-il, QUE TU FERAIS BIEN UN SORT À UN BOUT DE FROMAGE ? »
La Mort aux Rats le prit de bonne grâce.
Pierre Porte se souvenait avoir une fois – rien qu’une fois – rendu visite à un homme qui avait passé presque toute son existence enfermé dans une cellule au fond d’une tour pour un délit quelconque, et qui avait apprivoisé de petits oiseaux afin d’avoir de la compagnie durant sa peine d’emprisonnement à perpétuité. Ils chiaient sur ses couvertures et bouffaient ses repas, mais il les tolérait et souriait en les voyant entrer et sortir en volant à travers les barreaux de sa fenêtre. La Mort s’était demandé, à l’époque, à quoi ça rimait, des extravagances pareilles.
« JE NE VEUX PAS TE RETARDER, dit-il. J’IMAGINE QUE TU AS À FAIRE, DES RATS À VISITER. JE SAIS CE QUE C’EST. »
Maintenant il comprenait.
Il reposa la silhouette sur la poutre et se rallongea. « REVIENS ME VOIR SI TU PASSES DANS LE COIN. » Pierre Porte se remit à fixer les ténèbres. Le sommeil. Il le sentait rôder. Le sommeil, des rêves plein les poches.
Étendu dans le noir, il résista.
Les cris de mademoiselle Trottemenu le firent se redresser d’un coup et ne s’arrêtèrent pas, bien qu’il soit éveillé, ce qui le soulagea momentanément.
La porte de la grange s’ouvrit à la volée.
« Pierre ! Descendez vite ! »
Il bascula les jambes sur l’échelle.
« QU’EST-CE QUI SE PASSE, MADEMOISELLE TROTTEMENU ?
— Y a le feu quelque part ! »
Ils traversèrent la cour au pas de course et gagnèrent la route. Le ciel au-dessus du village était rouge.
« Venez !
— MAIS IL N’EST PAS À NOUS, CE FEU.
— Il va être à tout le monde ! Ça se répand à toute allure sur le chaume ! »
Ils entrèrent sur le petit bout de place du village. L’auberge brûlait déjà allègrement et le chaume rugissait vers les étoiles des millions d’étincelles tourbillonnantes.
« Regardez-moi ça, ils sont tous là et ils font rien, gronda mademoiselle Trottemenu. Y a la pompe, des seaux partout, ils ont donc rien dans la tête ? »
Il y eut une bousculade un peu plus loin lorsque deux clients voulurent empêcher Lifton de se précipiter dans le bâtiment. Il leur criait quelque chose.
« La petite est restée dedans, fit mademoiselle Trottemenu. C’est bien ce qu’il a dit ?
— Oui. »
Des flammes enguirlandaient toutes les fenêtres de l’étage.
« Doit y avoir un moyen, dit mademoiselle Trottemenu. On pourrait peut-être trouver une échelle…
— IL VAUT MIEUX ÉVITER.
— Quoi ? Faut essayer. On peut pas laisser quelqu’un là-dedans !
— VOUS NE COMPRENEZ PAS, dit Pierre Porte. MODIFIER LE DESTIN D’UN SEUL INDIVIDU RISQUERAIT DE DÉTRUIRE L’ENSEMBLE DU MONDE. »
Mademoiselle Trottemenu le regarda comme s’il était devenu fou.
« Qu’est-ce que c’est que ces foutaises ?
— JE VEUX DIRE QU’IL Y A UN TEMPS POUR CHACUN DE MOURIR. »
Elle le fixa. Puis elle leva la main et lui expédia une gifle retentissante en pleine figure.
Il était plus dur qu’elle n’avait cru. Elle glapit et se suça les jointures.
« Vous décampez de ma ferme dès ce soir, monsieur Pierre Porte, grogna-t-elle. Compris ? » Puis elle se retourna et courut vers la pompe.
Quelques hommes avaient amené de longs crochets pour faire tomber le chaume en feu du toit. Mademoiselle Trottemenu forma une équipe pour dresser une échelle contre une des fenêtres des chambres mais, le temps qu’on persuade un homme d’y grimper sous la protection fumante d’une couverture mouillée, le haut de l’échelle commençait déjà à se consumer.
Pierre Porte observa les flammes.
Il plongea la main dans sa poche et en sortit le sablier doré. La lueur rouge de l’incendie se réfléchit sur le verre. Il le rempocha.
Une partie du toit s’effondra.
« COUIII. »
Pierre Porte baissa les yeux. Une petite silhouette en robe lui passa entre les jambes d’un pas énergique et franchit la porte embrasée d’un air important.
On hurla quelque chose à propos de barils d’eau-de-vie.