Pars Vite et Reviens Tard
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Adamsberg (fr.) #4
- Год: 2001
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581522
- Жанр: Другие детективы
Электронная книга - «Pars Vite et Reviens Tard». Краткое содержание книги:
De son côté, Joss Le Guern, le Crieur de la place Edgar-Quinet, se demande qui glisse dans sa boîte à messages d'incompréhensibles annonces. Certains billets sont en latin, d’autres semblent copiés sur des ouvrages vieux de plusieurs siècles. Et tous prédisent le retour d'un fléau venu du fond des âges…
Grand Prix des Lectrices de Elle 2002
— Un problème avec un connaisseur de peste, plus exactement.
— Celui qui dessine ces 4 ?
— Oui.
— Un rapport avec le meurtre d’hier ? À votre avis ?
— À mon avis oui.
— À cause ?
— De la peau noire. Mais le 4 est censé protéger de la peste et non pas l’apporter.
— Donc ?
— Donc je suppose que votre victime n’était pas protégée.
— C’est exact. Vous croyez au pouvoir de ce chiffre ?
— Non.
Adamsberg croisa le regard de Vandoosler. Il semblait sincère et vaguement vexé.
— Pas plus que je ne crois aux amulettes, aux bagues, aux turquoises, aux émeraudes, aux rubis ni aux centaines de talismans qui ont été inventés pour s’en protéger. Beaucoup plus onéreux qu’un simple 4, évidemment.
— On portait des bagues ?
— Quand on en avait les moyens. Les riches mouraient peu de la peste, protégés sans le savoir par leurs maisons solides épargnées par les rats. C’est le peuple qui y passait. On avait d’autant plus tendance à croire au pouvoir des pierres précieuses : les pauvres ne portaient pas de rubis, et ils mouraient. Le nec plus ultra, était le diamant, la protection par excellence : « Le diamant porté à la main gauche passe pour neutraliser toutes sortes de devenirs. » C’est ainsi qu’en gage d’amour les hommes fortunés prirent l’habitude d’offrir un diamant à leur fiancée, pour les protéger du fléau. C’est resté, mais plus personne ne sait pourquoi, pas plus qu’on ne se souvient de la signification des 4.
— Le tueur s’en souvient. Où l’a-t-il trouvée ?
— Dans les livres, dit Marc Vandloosler avec un mouvement d’impatience. Si vous m’exposiez le problème, commissaire, je pourrais peut-être vous aider.
— Je dois d’abord vous demander où vous étiez lundi soir, vers deux heures du matin.
— C’est l’heure du meurtre ?
— À peu près.
Le médecin légiste l’avait fixée aux alentours d’une heure trente mais Adamsberg préférait laisser de la marge. Vandoosler repoussa ses cheveux raides derrière ses oreilles.
— Pourquoi moi ? demanda-t-il.
— Désolé, Vandoosler. Peu de gens connaissent le sens de ce 4, très peu de gens.
— C’est logique, Marc, intervint Vandoosler le Vieux. C’est le boulot.
Marc eut un geste agacé. Puis il se leva, attrapa le manche à balai et frappa un coup.
— Descente de Saint Matthieu, précisa le Vieux.
Les hommes attendirent en silence, seulement troublé par le fracas que faisait Lucien en lavant la vaisselle, et en se désintéressant de la conversation.
Une minute plus tard, un très grand type blond entra, large comme la porte et seulement vêtu d’un gros pantalon de toile serré à la taille par une ficelle.
— On m’a appelé ? demanda-t-il d’une voix de basse.
— Mathias, dit Marc, qu’est-ce que je foutais lundi soir à deux heures du matin ? C’est important, personne ne souffle.
Mathias se concentra quelques instants, fronçant ses sourcils clairs.
— Tu es rentré tard avec du repassage, vers dix heures. Lucien t’a servi à bouffer et puis il est parti dans sa chambre, avec Élodie.
— Emilie, rectifia Lucien en se retournant. C’est tout de même terrible que vous ne puissiez pas vous foutre son prénom dans le crâne.
— On a fait deux parties de cartes avec le parrain, continua Mathias, il a empoché trois cent vingt balles et puis il est allé dormir. Tu t’es mis au repassage du linge de Mme Boulain, puis de Mme Druyet. À une heure du matin, alors que tu rangeais la planche, tu t’es souvenu que tu devais livrer deux paires de draps pour le lendemain. Je t’ai filé un coup de main et on les a repassés à deux sur la table. J’ai pris le vieux fer. On a terminé de plier à deux heures et demie et on en a fait deux paquets séparés. En montant se coucher, on a croisé le parrain qui descendait pisser.
Mathias releva la tête.
— Il est préhistorien, commenta Lucien depuis son évier. C’est un précis, vous pouvez lui faire confiance.
— Je peux repartir ? demanda Mathias. Parce que j’ai un remontage en cours.
— Oui, dit Marc. Je te remercie.
— Un remontage ? demanda Adamsberg.
— Il recolle des silex paléolithiques à la cave, expliqua Marc Vandoosler.
Adamsberg hocha la tête sans comprendre. Ce qu’il comprenait en revanche, c’est qu’il ne saisirait pas le fonctionnement de cette maison pas plus que celui de ses occupants en quelques questions. Cela exigeait certainement un stage complet, et ce n’était pas son affaire.
— Mathias pourrait mentir, évidemment, dit Marc Vandoosier. Mais si vous voulez, demandez-nous séparément la couleur des draps. Il n’a pas pu décaler les dates. J’ai pris le linge le matin même chez Mme Toussaint, 22 avenue de Choisy, vous pouvez aller contrôler. Je l’ai fait tourner et sécher dans la journée et on l’a repassé le soir. Je l’ai rapporté le lendemain. Deux draps bleu clair avec des coquillages, et deux autres brun rosé à revers gris.
Adamsberg hocha la tête. Un alibi domestique impeccable. Ce type s’y connaissait en lingerie.
— Bien, dit-il. Je vous résume les choses.
Comme Adamsberg parlait lentement, il prit tout de même vingt-cinq minutes pour exposer l’affaire des 4, du Crieur et du meurtre de la veille. Les deux Vandoosler écoutaient, attentifs. Marc hochait souvent la tête, comme s’il confirmait le récit à mesure qu’il se déroulait.
— Un semeur de peste, conclut-il, voilà ce que vous avez sur les bras. En même temps qu’un protecteur. Un type qui s’en croit le maître, donc. Cela s’est vu, mais surtout, on en a inventé par milliers.
— C’est-à-dire ? demanda Adamsberg en ouvrant son carnet.
— A chaque atteinte de peste, expliqua Marc, la terreur était telle qu’on cherchait, hormis Dieu, les comètes et l’infection de l’air qu’on ne pouvait pas châtier, des responsables terrestres à punir. On cherchait les semeurs de peste. On accusait des types de répandre le fléau à l’aide d’onguents, de graisses et de préparations diverses qu’ils étalaient sur les sonnettes, les serrures, les rampes, les façades. Un pauvre gars qui posait imprudemment la main sur une bâtisse risquait mille morts. On a pendu des tas de gens. On les a appelés les semeurs, les graisseurs, les engraisseurs, sans jamais se demander une seule fois dans toute l’histoire de l’homme l’intérêt qu’aurait eu un gars à faire ce genre de boulot. Ici, vous avez un semeur, ça ne fait pas de doute. Mais il ne sème pas à tout vent, hein ? Il en attaque un et il protège les autres. Il est Dieu, et il manipule le fléau de Dieu. En tant que Dieu, il choisit ceux qu’il appelle à lui.
— On a cherché un lien entre tous ceux qui sont visés. Néant, pour le moment.
— S’il y a semeur, il y a vecteur. De quoi se sert-il ? Vous avez trouvé des traces d’onguent sur les portes vierges ? Sur les serrures ?
— On n’a pas cherché ça. À quoi bon un vecteur, puisqu’il étrangle ?
— Je suppose que, dans sa logique, il ne se sent pas tueur. S’il voulait tuer lui-même, il n’aurait pas besoin de faire intervenir toute cette histoire de peste. Il se sert d’un fléau intermédiaire qu’il interpose entre lui et ceux qu’il abat. C’est la peste qui tue, ce n’est pas lui.
— D’où les annonces.
— Oui. Il met en scène la peste de manière ostentatoire et il la désigne comme la seule responsable de ce qui va se produire. Et il lui faut un vecteur, nécessairement.
— Les puces, proposa Adamsberg. Mon adjoint s’est fait bouffer par des puces chez la victime, hier.