Les dossiers de l'Agence "O"
- Автор: Сименон Жорж
- Серия: Maigret #72
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «Les dossiers de l'Agence "O"». Краткое содержание книги:
— Entrez, messieurs, je vous en prie... Monsieur le commissaire, car, si je ne me trompe pas, c'est au commissaire Lucas que j'ai l'honneur de parler? Veuillez donc fouiller les poches de cet individu que je viens de surprendre en train de cambrioler mon appartement... Ou plutôt... Mais je vous expliquerai le reste ensuite...
Torrence a reconnu Emile, Emile qui ne bronche pas et qui demande, docile:
— Je peux baisser les bras?
Il ajoute aussitôt:
— Pour ce qui est de me fouiller, voici l'objet...
Et il tend à Lucas une petite boule de mastic. Lucas n'y comprend rien.
— Faites attention... Ce que je vous remets là, c'est le diamant noir de l'oncle John... Je venais de le découvrir dans cet appartement quand cet homme...
— Pardon! interrompt le Banquier, glacé, vous veniez pour le mettre dans cet appartement quand, par le plus grand des hasards, je suis passé devant ma maison et ai eu la stupeur d'apercevoir de la lumière aux fenêtres... Je suis monté... Je vous ai surpris... Je vous ai menacé d'un revolver et j'ai bien compris, à votre attitude, que vous attendiez du renfort...
Emile fait le geste du monsieur qui n'essaie pas de lutter. Cependant, contrairement à l'attente de Torrence, qui, lui, se voit déjà au bout de sa carrière de policier privé, il n'est pas trop abattu.
— Messieurs, tranche Lucas, nous allons essayer de procéder avec ordre... Vous prétendez, monsieur Chuin... Car c'est bien votre nom, n'est-ce pas? Le Banquier n'est que votre surnom... Vous prétendez qu'en passant dans la rue et en rentrant chez vous vous avez...
— découvert cet individu occupé à cacher une boule de mastic dans mon appartement... Regardez bien cet objet comme je l'ai fait et vous comprendrez à quelle tâche pour le moins inattendue se livre l'Agence O... Un de ses clients a été arrêté ce matin pour meurtre... Aussitôt, l'Agence O s'est mise en branle afin de fabriquer de toutes pièces un autre coupable... Pourquoi est-ce sur moi que son choix a porté?... Je suppose que c'est José qui a eu cette délicate attention, après avoir eu celle de me prendre ma maîtresse.
— Qu'est-ce que vous avez à dire, Torrence?
— Rien...
— Et vous, jeune homme?
— Que, en mettant les choses au mieux, nous n'aurons guère de renseignements avant minuit... Une heure du matin plus probablement...
— Veuillez vous expliquer...
— Cela ne servirait à rien... Monsieur m'a, en effet, surpris dans son appartement...
— Vous vous y êtes introduit avec effraction?
— Je me suis servi d'une fausse clé, si c'est ce que vous voulez dire... C'est exact... J'avais l'impression que certain diamant noir ne pouvait être qu'ici et je tenais à m'en assurer personnellement... Il y avait déjà deux heures que je travaillais avec conscience — ces sortes de recherches ne sont pas faciles — quand j'ai obtenu enfin un résultat, juste au moment où Monsieur arrivait et me menaçait de son revolver... Comme ce sont des armes dangereuses et que je ne tiens pas encore à...
— Quand avez-vous téléphoné à votre patron Torrence?
— C'est Monsieur qui m'y a forcé... Il tenait à voir surgir la police... Il ne voulait pas l'appeler lui-même... Il savait que Torrence était à ce moment au quai des Orfèvres...
— C'est faux! Riposte le Banquier. Ce jeune homme, ce voleur a téléphoné avant mon arrivée...
Emile, soulagé de ne plus avoir à tenir les bras en l'air, explique:
— Laissez-le dire... Cela n'a pas d'importance... Voyez-vous, le Banquier ici présent avait deux buts en tuant l'oncle John... D'abord se débarrasser d'un rival qu'il avait déjà essayé de faire disparaître par la menace... Il fallait donc faire en sorte que tous les soupçons retombassent sur José...
» Mais si, pour cela, on pouvait sacrifier quelques-uns des billets volés en envoyant des mandats écrits d'une écriture assez bien contrefaite, il n'était pas sans agrément de s'emparer du gros diamant noir de l'oncle John... C'est tout de même, au bas mot, un joujou de cent à cent vingt billets...
» J'avoue que je me suis trompé en croyant que le Banquier ne rentrerait pas chez lui cet après-midi... Je l'avais quitté aux environs du faubourg Montmartre... j'en ai profité pour faire une petite visite domiciliaire dont je m'excuse, car elle n'était évidemment pas très légale...
» Pendant deux heures, je n'ai rien trouvé... Puis, par le plus grand des hasards, près d'une fenêtre dont une vitre a été récemment remplacée, j'ai aperçu une petite boule de mastic que le vitrier a oubliée...
» Excellente cachette, n'est-ce pas? Et à laquelle nul ne songera...
» C'est alors, je le répète, que le Banquier est entré et...
— Un instant... grogne Lucas, qui décroche le téléphone. Il a bientôt au bout du fil le directeur de la PJ.
— Allô! Chef... Oui, c'est moi... Ce jeune homme, Emile, oui... Le diamant dans sa poche... Le Banquier prétend... Vous dites?... Oui, je pense aussi que ce serait le mieux... je laisse mon inspecteur ici, bien entendu...
Il raccroche.
— Messieurs, si vous voulez me suivre... J'espère que vous ne me forcerez pas à employer les grands moyens...
Le grand patron est à cran, et le fait qu'il a dîné d'un sandwich, dans son bureau, n'est pas pour adoucir son humeur.
— Une honte, Torrence, vous m'entendez? Mais vous allez le payer cher... Toute une enquête faussée... Et cela, parce qu'un client vous a sans doute offert la grosse somme pour...
— Je jure... commence Torrence.
— Ne jurez pas... Je suis écœuré... On a raison de dire que, quand un homme quitte la police officielle pour.
— Il s'agit d'un innocent, chef...
— Que vous dites! Tellement innocent que, pour prouver son innocence, vous n'hésitez pas à subtiliser l'arme du crime et à lui substituer un couteau que vous avez pris Dieu sait où...
La voix paisible d'Emile:
— A quelle heure le train arrive-t-il à Toulon?
— Quel train?...
— Celui qui part de la Gare de Lyon à...
Torrence envie le calme de son soi-disant employé. Il est vrai que celui-ci ne joue pas sa réputation, ni toute une carrière consacrée au triomphe de la Justice.
— Avouez, continue le chef, que cette histoire de diamant... Le Banquier a raison, parbleu!... De même que vous lui avez en quelque sorte volé ses empreintes digitales, de même vous alliez déposer ce diamant chez lui pour pouvoir ensuite... Messieurs, ceci est unique dans les annales de notre métier, et je me demande encore...
Torrence n'a pas osé demander un verre de bière. Il n'a pas dîné.
— Voler la principale pièce à conviction comme vous l'avez fait...
Pendant ce temps, le Banquier, dans un bureau voisin, s'est fait monter à boire et à manger.
— De grâce, monsieur le directeur, fait Emile, attendez que le train soit arrivé et que Barbet ait eu le temps...
— Barbet... Quel Barbet?... Qui est Barbet?... hurle le chef, de plus en plus en colère.
— Un de nos employés... Un brave garçon, allez!... Figurez-vous que, quand j'ai eu le couteau en main, j'ai tout de suite reconnu un modèle assez spécial, conçu spécialement pour le yachting... Il se fait que j'ai un petit voilier sur la Seine, à Meulan, et que je possède un couteau pareil... Je suis allé chez le fabricant... Les manches, qui étaient jadis en bois, sont maintenant en liège... Or, celui que j'avais découvert avait le manche en bois... Nous avons travaillé un bon moment sur les livres... Eh bien! Il en est résulté que le couteau devait avoir été vendu à Toulon, dans une maison de la rue d'Alger.
— Mais cette maison est fermée à cette heure... riposte le chef de la PJ.
— Barbet se fera ouvrir... Vous ne le connaissez pas encore... Ce n'est pas tout, monsieur le directeur...