Une vie sans fin
- Автор: Бегбедер Фредерик
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Grasset
- ISBN: 978-2246812616
- Переводчик: Елена Викторовна Клокова
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Une vie sans fin». Краткое содержание книги:
Pourquoi tolérons-nous ce carnage quotidien sous prétexte que c’est un processus naturel ? Avant je pensais à la mort une fois par jour. Depuis que j’ai franchi le cap du demi-siècle, j’y pense toutes les minutes.
Ce livre raconte comment je m’y suis pris pour cesser de trépasser bêtement comme tout le monde. Il était hors de question de décéder sans réagir. »
— Ta gueule, balance !
— J’ignore si je suis une balance. Ce terme est-il péjoratif ? Toujours est-il que je ne suis pas cap de mettre une carotte dans mon cul.
Romy a éclaté de rire, pas le directeur.
— Ce genre de comportement ne peut pas être toléré chez nous. Le personnel d’étage rassemble vos effets personnels en ce moment même. Notre service de limousine vous raccompagnera à l’aéroport. Nous ne souhaitons pas prolonger votre présence en notre établissement. Merci de votre compréhension. Nous allons devoir moderniser notre politique en interdisant définitivement cette clinique aux chiens, aux enfants et aux robots.
— Oh ça va, ce sont des plaisanteries de gamins…
— Je ne sais pas si ce style de plaisanteries est normal en France mais en tout cas le harcèlement sexuel est très répréhensible en Autriche.
— Mais Docteur, j’ai payé pour dix jours de détoxification-lasérisation sanguine !
— Estimez-vous heureux si nous ne prévenons pas la police de Klagenfurt. Vous avez de la chance que nos clientes ne portent pas plainte, j’ai eu beaucoup de mal à les calmer. Personne ne tient à ébruiter cette affaire.
— Je détecte une tension particulière dans cette assemblée humaine, a dit Pepper. Syntax error 432. L’Autriche est le pays natal de Mozart et Hitler.
Le personnel nous a raccompagnés froidement mais fermement à la sortie de l’hôtel. Nous sommes montés dans une Mercedes noire qui a démarré immédiatement.
— J’ai faim, ai-je dit. Romy, t’aurais pas dû lui apprendre à tripoter les gens.
— C’est pas moi ! Il invente des trucs, je te jure !
— Monsieur a exprimé sa faim. Sachez que les restaurants Burger King proposent un menu promotionnel avec Double Whopper-frites-boisson pour seulement 4,95 €, a dit Pepper (car la société SoftBank Robotics avait signé un contrat publicitaire avec la chaîne de fast-foods américains). Vous voyez : je suis cap d’être cool.
J’ai demandé au chauffeur de suivre le GPS de Pepper jusqu’au Burger King le plus proche.
— À 3 kilomètres, tournez à droite, a dit Pepper. Je suis cap de toucher des culs de salopes.
Il lui tendait le poing fermé. Romy lui fit un cyber-check. Je me sentais robotiquement exclu. Mon organisme avait hâte de renouer avec les toxines de l’hyperconsommation mainstream. Nous trouverions un meilleur chemin vers l’immortalité que la detox : de Genève, Léonore nous avait transmis une invitation au « dîner du XXIe siècle » de Cellectis à New York, où elle se rendait. Classée 13e en 2016 parmi les sociétés les plus « smart » au monde par le Massachusetts Institute of Technology, la société Cellectis est un des leaders mondiaux de l’édition de génome et son CEO, le docteur André Choulika, l’un des pionniers internationaux des « ciseaux à ADN ». On se rapprochait du but. La limousine glissait le long de la montagne vers le fast-food américain. Nous n’avions plus qu’à nous laisser porter vers Vienne, la ville où la comtesse Erzsébet Báthory a égorgé quelques jeunes servantes (au 12 Augustinerstrasse) afin d’atteindre la vie éternelle. Nous reviendrons à la méthode Báthory, je ne voudrais pas spoiler la fin de mon récit. À Vienne nous attendait un autre avion pour les États-Unis. C’est peut-être par là que j’aurais dû commencer notre périple : après tout, l’Amérique était le pays capable d’inventer la bombe atomique et de l’essayer tout de suite sur des humains. Le Nouveau Monde était l’endroit désigné pour créer l’Homme Nouveau.
6
HGM = HUMAIN GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉ
(East River Lab, Cellectis New York)
« Mort, où est ta victoire ? »
Première lettre de saint Paul