La Reine Margot Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Год: 18
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Reine Margot Tome II». Краткое содержание книги:
– Eh! vous n’avez personne à chercher, vous.
– Vous êtes assommant, mon cher; mais continuez. Enfin, au coin de la rue de Grenelle, vous apercevez un homme qui ressemble à La Mole… Mais qu’avez-vous donc à votre pourpoint? du sang!
– Bon! en voilà encore un qui m’aura éclaboussé en tombant.
– Vous vous êtes battu?
– Je le crois bien.
– Pour votre La Mole?
– Pour qui voulez-vous que je me batte? pour une femme?
– Merci!
– Je le suis donc, cet homme qui avait l’impudence d’emprunter des airs de mon ami. Je le rejoins à la rue Coquillière, je le devance, je le regarde sous le nez à la lueur d’une boutique. Ce n’était pas lui.
– Bon! c’était bien fait.
– Oui, mais mal lui en a pris. Monsieur, lui ai-je dit, vous êtes un fat de vous permettre de ressembler de loin à mon ami M. de La Mole, lequel est un cavalier accompli, tandis que de près on voit bien que vous n’êtes qu’un truand. Sur ce, il a mis l’épée à la main et moi aussi. À la troisième passe, voyez le mal appris! il est tombé en m’éclaboussant.
– Et lui avez-vous porté secours, au moins?
– J’allais le faire quand est passé un cavalier. Ah! cette fois, duchesse, je suis sûr que c’était La Mole. Malheureusement le cheval courait au galop. Je me suis mis à courir après le cheval, et les gens qui s’étaient rassemblés pour me voir battre, à courir derrière moi. Or, comme on eût pu me prendre pour un voleur, suivi que j’étais de toute cette canaille qui hurlait après mes chausses, j’ai été obligé de me retourner pour la mettre en fuite, ce qui m’a fait perdre un certain temps. Pendant ce temps le cavalier avait disparu. Je me suis mis à sa poursuite, je me suis informé, j’ai demandé, donné la couleur du cheval; mais, baste! inutile: personne ne l’avait remarqué. Enfin, de guerre lasse, je suis venu ici.
– De guerre lasse! dit la duchesse; comme c’est obligeant!
– Écoutez, chère amie, dit Coconnas en se renversant nonchalamment dans un fauteuil, vous m’allez encore persécuter à l’endroit de ce pauvre La Mole; eh bien! vous aurez tort: car enfin, l’amitié, voyez-vous… Je voudrais avoir son esprit ou sa science, à ce pauvre ami; je trouverais quelque comparaison qui vous ferait palper ma pensée… L’amitié, voyez-vous, c’est une étoile, tandis que l’amour… l’amour… eh bien, je la tiens, la comparaison… l’amour n’est qu’une bougie. Vous me direz qu’il y en a de plusieurs espèces…
– D’amours?
– Non! de bougies, et que dans ces espèces il y en a de préférables: la rose, par exemple… va pour la rose… c’est la meilleure; mais, toute rose qu’elle est, la bougie s’use, tandis que l’étoile brille toujours. À cela vous me répondrez que quand la bougie est usée on en met une autre dans le flambeau.
– Monsieur de Coconnas, vous êtes un fat.
– Là!
– Monsieur de Coconnas, vous êtes un impertinent.
– Là! là!
– Monsieur de Coconnas, vous êtes un drôle.
– Madame, je vous préviens que vous allez me faire regretter trois fois plus La Mole.
– Vous ne m’aimez plus.
– Au contraire, duchesse, vous ne vous y connaissez pas, je vous idolâtre. Mais je puis vous aimer, vous chérir, vous idolâtrer, et, dans mes moments perdus, faire l’éloge de mon ami.
– Vous appelez vos moments perdus ceux où vous êtes près de moi, alors?
– Que voulez-vous! ce pauvre La Mole, il est sans cesse présent à ma pensée.
– Vous me le préférez, c’est indigne! Tenez, Annibal! je vous déteste. Osez être franc, dites-moi que vous me le préférez. Annibal, je vous préviens que si vous me préférez quelque chose au monde…
– Henriette, la plus belle des duchesses! pour votre tranquillité, croyez-moi, ne me faites point de questions indiscrètes. Je vous aime plus que toutes les femmes, mais j’aime La Mole plus que tous les hommes.
– Bien répondu, dit soudain une voix étrangère. Et une tapisserie de damas soulevée devant un grand panneau, qui, en glissant dans l’épaisseur de la muraille, ouvrait une communication entre les deux appartements, laissa voir La Mole pris dans le cadre de cette porte, comme un beau portrait du Titien dans sa bordure dorée.
– La Mole! cria Coconnas sans faire attention à Marguerite et sans se donner le temps de la remercier de la surprise qu’elle lui avait ménagée; La Mole, mon ami, mon cher La Mole!
Et il s’élança dans les bras de son ami, renversant le fauteuil sur lequel il était assis et la table qui se trouvait sur son chemin.
La Mole lui rendit avec effusion ses accolades; mais tout en les lui rendant:
– Pardonnez-moi, madame, dit-il en s’adressant à la duchesse de Nevers, si mon nom prononcé entre vous a pu quelquefois troubler votre charmant ménage: certes, ajouta-t-il en jetant un regard d’indicible tendresse à Marguerite, il n’a pas tenu à moi que je vous revisse plus tôt.
– Tu vois, dit à son tour Marguerite, tu vois Henriette, que j’ai tenu parole: le voici.
– Est-ce donc aux seules prières de madame la duchesse que je dois ce bonheur? demanda La Mole.
– À ses seules prières, répondit Marguerite. Puis se tournant vers La Mole:
– La Mole, continua-t-elle, je vous permets de ne pas croire un mot de ce que je dis.
Pendant ce temps, Coconnas, qui avait dix fois serré son ami contre son cœur, qui avait tourné vingt fois autour de lui, qui avait approché un candélabre de son visage pour le regarder tout à son aise, alla s’agenouiller devant Marguerite et baisa le bas de sa robe.
– Ah! c’est heureux, dit la duchesse de Nevers: vous allez me trouver supportable à présent.
– Mordi! s’écria Coconnas, je vais vous trouver, comme toujours, adorable; seulement je vous le dirai de meilleur cœur, et puissé-je avoir là une trentaine de Polonais, de Sarmates et autres barbares hyperboréens, pour leur faire confesser que vous êtes la reine des belles.
– Eh! doucement, doucement, Coconnas, dit La Mole, et madame Marguerite donc?…
– Oh! je ne m’en dédis pas, s’écria Coconnas avec cet accent demi-bouffon qui n’appartenait qu’à lui, madame Henriette est la reine des belles, et madame Marguerite est la belle des reines.
Mais, quoi qu’il pût dire ou faire, le Piémontais, tout entier au bonheur d’avoir retrouvé son cher La Mole, n’avait d’yeux que pour lui.
– Allons, allons, ma belle reine, dit madame de Nevers, venez, et laissons ces parfaits amis causer une heure ensemble; ils ont mille choses à se dire qui viendraient se mettre en travers de notre conversation. C’est dur pour nous, mais c’est le seul remède qui puisse, je vous en préviens, rendre l’entière santé à M. Annibal. Faites donc cela pour moi, ma reine! puisque j’ai la sottise d’aimer cette vilaine tête-là, comme dit son ami La Mole.
Marguerite glissa quelques mots à l’oreille de La Mole, qui, si désireux qu’il fût de revoir son ami, aurait bien voulu que la tendresse de Coconnas fût moins exigeante… Pendant ce temps Coconnas essayait, à force de protestations, de ramener un franc sourire et une douce parole sur les lèvres de Henriette, résultat auquel il arriva facilement.
Alors les deux femmes passèrent dans la chambre à côté, où les attendait le souper.