La dame de Montsalvy [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Катрин #7
- Год: 1978
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La dame de Montsalvy [fr]». Краткое содержание книги:
Elle n'avait pas encore atteint le fond de l'enfer.
Péniblement, craintivement aussi, elle entrouvrit ses paupières gonflées par les larmes, entrevit le ciel noir et une ombre plus dense qui était celle d'une branche d'arbre. Peu à peu la conscience de ce qui l'entourait lui revenait. Elle était couchée à même le sol dans une étoffe qui lui râpait la peau... Il n'y avait aucun doute : elle était encore bien vivante même si tous les démons de la cave étaient passés sur son corps, ce qu'elle n'aurait jamais cru possible.
Et puis la mémoire lui revint de ce qui l'attendait encore, de ce qu'Amandine lui avait promis : l'ensevelissement sous la terre avec un cadavre déjà en cours de putréfaction. Quelque part, dans cette obscurité, les truands devaient être en train de creuser sa tombe. Elle entendait des bruits inquiétants, des craquements, des hurlements de fous... mais elle souffrait tant qu'elle n'avait même plus vraiment peur.
Tout ce qu'elle souhaitait c'était d'être rapidement libérée de ce corps qui lui faisait si mal. Simplement, elle referma les yeux pour ne pas voir approcher Amandine et son affreuse joie...
Une main souleva sa tête. Aussitôt elle sentit, contre sa bouche, le rebord dur et froid d'un récipient.
— Tant qu'elle ne sera pas ranimée, tu ne pourras pas la faire boire, chuchota, lourde d'angoisse, la voix bien connue de Bérenger. J'ai bien peur qu'elle ne soit morte...
— Tais-toi et frotte-lui plutôt les pieds : ils sont glacés.
Alors, n'osant encore y croire, elle rouvrit les yeux, reconnut le visage de Gauthier penché sur le sien. C'était lui qui lui tenait la tête et qui essayait de la faire boire tandis que les mains chaudes de Bérenger s'emparaient de ses pieds. Instinctivement, poussée par un irrésistible besoin de revenir vers une vie qui n'était plus l'enfer, elle but une gorgée d'eau. Celle-ci n'était pas très bonne mais elle étancha un peu sa soif.
— Elle boit ! lança Gauthier triomphalement. Elle revient à elle.
Dieu soit loué !
— Je crois tout de même qu'il était temps, fit tout près une autre voix masculine qui lui parut connue mais dont elle ne réussit pas à définir le propriétaire. Tous ces démons en voulaient ! Ils l'auraient déchiquetée comme des loups !
— Nous ne vous remercierons jamais assez ! reprit Gauthier. Sans vous nous croupirions encore dans ce trou boueux et notre pauvre maîtresse serait morte. J'espère seulement qu'ils ne lui ont pas causé un dommage irréparable... Elle est tellement meurtrie.
— C'est solide, une femme ! J'en connais plus d'une qui a connu le passage de toute une compagnie et qui s'en est bien remise... Ah !
Voilà le moulin qui flambe. Ça va la réchauffer.
Par-dessus le bord de l'écuelle où elle buvait à présent avec avidité, Catherine vit s'éclairer et rougir le cours de la rivière sur la berge de laquelle elle était étendue. En même temps s'élevait une tempête de cris et de plaintes mêlés à des bruits qu'elle ne pouvait encore définir et qui dominaient celui des roues à aubes.
Elle vit aussi Bérenger à peu près nu qui pleurait sans retenue sur ses pieds et l'homme dont elle n'avait pas reconnu la voix et qui se tenait debout près de l'eau, regardant l'incendie. C'était le mendiant de Notre-Dame, c'était Jehan des Ecus...
Tournant un peu la tête, elle vit de hautes flammes lécher la masse informe de l'ancien moulin et, sur ce fond infernal, des silhouettes noires de soldats qui brandissaient des torches ou des armes. Une ligne d'archers rangés en bon ordre abattait de ses flèches tout ce qui réussissait à échapper à la fournaise.
— Comment vous sentez-vous ? demanda doucement Gauthier.
— Comme si l'on m'avait mise sur la roue et rompue. Je crois...
qu'il n'y a pas un pouce de moi qui ne soit douloureux...
— Dès que messire de Roussay aura achevé son ouvrage, on vous rapportera chez dame Symonne et l'on vous soignera.
— Roussay ?... Mais que s'est-il passé ? Comment... suis-je ici ?...
— Grâce à cet homme, dit le jeune homme en désignant Jehan des Ecus qui lui souriait, dressé devant l'incendie du moulin comme Néron devant celui de Rome. Il allait rejoindre quelques-uns de ses confrères dans cette ruine quand on vous y a traînée. Et il a vite compris que ce n'était pas pour vous y offrir des fleurs. Alors, il est rentré dans la ville et il est allé dire ce qu'il avait vu à messire de Roussay. Il a perdu un peu de temps parce qu'il l'a cherché d'abord au palais puis chez sa bonne amie dont, heureusement il connaissait l'adresse... La pitié de Dieu a bien voulu que le capitaine arrive à temps pour vous sauver... et nous délivrer !
Le regard de Catherine croisa celui, plein de pitié, du faux moine. Elle devait être dans un triste état pour qu'il la regardât ainsi, mais elle s'efforça de lui sourire, sachant bien la valeur de ce qu'il avait fait pour elle.
— Je vous dois... la vie, ami Jehan. Mais pourquoi l'avez-vous fait
? Vous ?... Aller chercher Roussay pour le jeter sur vos amis, vos compagnons ?...
Jehan des Ecus haussa les épaules.
— Il n'y a d'amitié chez les truands que tant qu'ils restent entre eux, fit-il sombrement. En acceptant l'or du Damoiseau, en se faisant ses serviteurs, les truands ont cessé d'être mes frères et mes compagnons. Et puis vous, vous livrée à ces démons, à cette saloperie d'Amandine ?... non, ça je ne pouvais pas le supporter ! » Sa voix faiblit tout à coup, s'enroua tandis qu'il achevait, comme à regret : «
Je... je... je crois que je vous ai toujours aimée, depuis que vous étiez cette belle enfant que l'on donnait de force au Grand Argentier de Bourgogne ! Il y a des lumières qu'on n'oublie pas !
— Tout de même ! Vous au palais, chez...
Elle s'interrompit sur un cri.
— Mon Dieu ! Le palais ! La tour... le Roi ! Avez- vous pris le Damoiseau ?
— Non... il venait de partir quand nous sommes arrivés. Je le regrette assez car c'est lui que je voulais et...
— Vite ! Courez ! Allez chercher messire de Roussay ! Vite il le faut ! Ils vont tuer le Roi...
— Vous avez la fièvre, dit Gauthier, fronçant les sourcils et tâtant son front brûlant...
Mais Bérenger, lui, était déjà parti en criant : « J'y vais ! » et courait vers l'incendie de toute la vitesse de ses jeunes jambes.
Follement, Catherine essaya de se lever pour le suivre, luttant contre Gauthier.
— Vous vous occuperez de moi plus tard... Je sais bien que j'ai la fièvre mais... le Roi René... ils l'ont fait évader et l'emmènent vers une embuscade où de faux soldats bourguignons vont l'abattre L.
C'est donc ça ? murmura Jehan des Ecus. Lorsque nous avons passé le pont de l'Ouche, j'ai cru voir une barque chargée d'hommes qui glissait le long du rempart...
Déjà, Jacques de Roussay arrivait, remorqué par Bérenger. En quelques mots Catherine le mit au courant de la catastrophe suspendue au-dessus de sa tête. Un juron, trois questions sur le temps écoulé, le nombre d'hommes et la direction suivie - « la route de Langres » précisa Catherine - et il tournait les talons en criant :
— Je vais vous laisser deux hommes pour trouver un bateau et vous ramener à l'hôtel Morel-Sauve- grain... Si je suis encore vivant, j'irai vous y rejoindre au retour.
Catherine l'entendit rameuter ses hommes. Ils surgirent de partout, quittant la surveillance du brasier dans lequel ils avaient enfermé les ribauds, et sans doute Amandine. La ligne des archers se rompit. Les soldats coururent vers les chevaux attachés aux arbres du boqueteau.
Tous sautèrent en selle et, à la suite de Jacques qui éperonnait sauvagement son cheval en hurlant : « En avant, Bourgogne ! », le lourd escadron s'ébranla, quittant le moulin en feu, dans un galop qui fit trembler la terre...