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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Allons, pas d’angoisse, ma fille ! Je suis venue t’aider, pas t’infliger un châtiment. Seuls les véritables méchants seront punis. Tout ce que je te demande, c’est de ne pas me mentir.

— Je te dirai tout, Liandrin Sedai, je le jure sur ma maison et sur mon honneur.

— Moiraine est venue à Fal Dara avec un Suppôt des Ténèbres.

Trop effrayée, Amalisa ne parut même pas surprise.

— Non, Liandrin Sedai ! Cet homme est arrivé plus tard. Et il est en prison, désormais…

— Plus tard, si tu le dis… Mais elle lui parle souvent, n’est-ce pas ? Elle passe de longs moments avec ce Suppôt. En tête à tête ?

— Parfois, Liandrin Sedai… Pas très souvent… Elle veut découvrir la raison de sa venue. Moiraine Sedai est…

Liandrin leva une main, intimant le silence à sa proie.

— Trois jeunes hommes l’accompagnaient… Et ça, c’est une certitude. Où sont-ils ? Je suis allée dans leur chambre, mais sans les trouver…

— Je ne sais pas, Liandrin Sedai… Ce sont de braves garçons, on dirait… Vous ne pensez pas qu’ils servent le Ténébreux ?

— Ce ne sont pas des Suppôts… Mais de pires créatures encore, beaucoup plus dangereuses que les sbires du Père des Mensonges. À cause de ces garçons, le monde entier est en danger. Nous devons les trouver. Tu vas ordonner à tes domestiques de fouiller la forteresse. Tu t’y mettras aussi avec tes dames de compagnie. Jusqu’au moindre recoin ! J’entends que tu t’en occupes en personne, c’est compris ? Et que tu n’en parles pas, sauf aux gens dont je te donnerai les noms. À part eux, nul ne doit savoir. En secret, ces trois garçons devront quitter Fal Dara pour être conduits à Tar Valon. Mais rien ne doit transpirer…

— J’obéirai, Liandrin Sedai. Mais pourquoi garder le secret ? Ici, personne ne s’opposerait aux Aes Sedai…

— As-tu entendu parler de l’Ajah Noir ?

Les yeux écarquillés, Amalisa se pencha en arrière et leva les mains comme si on menaçait de la gifler.

— Une répugnante rumeur… Liandrin Sedai. Aucune Aes Sedai ne sert le Ténébreux… C’est… C’est… Non, je n’y crois pas. Au nom de la Lumière ! je jure que je n’y crois pas, et tu ne dois pas douter de ma parole. Sur ma maison et mon honneur, je fais le serment que…

Impassible, Liandrin laissa Amalisa continuer à s’enfoncer, son silence contribuant à la vider de ses dernières velléités de résistance. Les Aes Sedai devenaient en général furieuses quand on mentionnait devant elles l’Ajah Noir, en particulier lorsqu’on semblait croire qu’il ne s’agissait pas d’une sombre légende.

Après cette épreuve, alors que le petit « truc » enfantin avait déjà miné sa volonté, la sœur d’Agelmar ne serait plus qu’une marionnette entre les mains de Liandrin. Surtout avec le coup de grâce que l’Aes Sedai s’apprêtait à lui porter.

— L’Ajah Noir existe, mon enfant. Et il est présent entre les murs de Fal Dara.

Amalisa en resta sans réaction. L’Ajah Noir. Des Aes Sedai étant en secret des Suppôts des Ténèbres… Apprendre que le Père des Mensonges était à Fal Dara n’aurait pas été beaucoup plus terrifiant.

— Chaque Aes Sedai que tu croises, insista Liandrin, enfonçant le clou, risque d’être une sœur noire. Je t’en donne ma parole d’honneur ! S’il m’est impossible de te livrer des noms, je peux te protéger. Pour cela, tu devras avancer dans la Lumière et m’obéir.

— Je le jure, souffla Amalisa. Liandrin Sedai, promets-moi de protéger aussi mon frère et mes amies…

— Je prendrai sous mon aile tous ceux qui le méritent, ainsi que cela doit être. Soucie-toi de ton propre salut, ma fille. Et pense exclusivement aux ordres que je t’ai donnés. Le destin du monde en dépend. Tu dois oublier tout le reste.

— Oui, oui, oui, Liandrin Sedai.

Liandrin se détourna et gagna la porte, se retournant seulement quand elle l’eut atteinte. Toujours agenouillée, Amalisa la regardait avec la même angoisse enfantine.

— Debout, dame Amalisa… Debout.

Une injonction presque tendre, qui dissimulait en tout cas le mépris que cette femme inspirait à Liandrin.

Une « sœur », cette mauviette ? Elle ne tiendrait pas un jour dans la peau d’une novice. Une grande dame qui se dégonfle comme une baudruche…

— Debout…

Amalisa se releva avec une étrange raideur, comme si elle était restée pieds et poings liés des heures durant.

Liandrin jugea le moment idéal pour frapper une dernière fois.

— Si tu me trahis, scellant le sort du monde, tu envieras le destin du Suppôt des Ténèbres enfermé dans le donjon.

À l’expression d’Amalisa, Liandrin eut la certitude qu’elle ne ménagerait pas ses efforts, dans les temps à venir.

Quand elle émergea dans le couloir, tirant la porte derrière elle, l’Aes Sedai eut soudain la chair de poule. Le souffle court, elle regarda autour d’elle, sondant le corridor chichement éclairé. Bien entendu, elle ne vit rien. Dehors, il faisait nuit noire. Pourtant, quelqu’un l’avait épiée, elle l’aurait juré.

Elle haussa les épaules, affichant un fatalisme qu’elle n’éprouvait pas vraiment, et s’en fut d’un pas décidé.

Mon imagination, rien de plus !

Il faisait déjà nuit, et il lui restait tant à faire jusqu’à l’aube. Car ses ordres étaient clairs et nets.

Sauf quand quelqu’un venait avec une lampe, il faisait en permanence nuit noire dans les cachots. Pourtant, assis au bord de sa paillasse, Padan Fain sondait les ténèbres avec un sourire béat. Dans leur sommeil, les deux autres prisonniers gémissaient – la rançon de leurs cauchemars, en quelque sorte. Fain, lui, attendait quelque chose qu’il guettait depuis longtemps. Trop longtemps, en fait. Mais l’attente ne durerait plus.

La porte de la salle de garde s’ouvrit, laissant jaillir un flot de lumière dans le couloir où s’alignaient les cellules. Une silhouette se découpa bientôt sur le seuil…

— Vous ! s’exclama Fain en se levant. À vrai dire, j’attendais quelqu’un d’autre…

Il s’étira, feignant une tranquillité qu’il était loin d’éprouver. Le sang bouillant dans ses veines, il se sentait capable de sauter par-dessus la forteresse, si l’envie lui en prenait.

— Eh bien, tout le monde sera surpris, comme ça… Bon, allons-y, Fain. Il se fait tard et je veux dormir un peu.

Alors que la lumière pénétrait dans son cachot, le colporteur leva les yeux et sourit à quelque chose qu’il ne voyait pas, mais qu’il sentait à travers le plafond de pierre du donjon.

— Ce n’est pas fini…, murmura-t-il. La bataille n’est jamais terminée.

6

Sombre prophétie

Alors que la porte vibrait sous des coups furieux, la barre qui la fermait sautait dangereusement dans son support. Derrière la fenêtre située près de l’entrée, la silhouette d’un Trolloc au museau épais passa et repassa à plusieurs reprises. La ferme était généreusement dotée en fenêtres, et on apercevait des ombres, dans la cour, derrière chacune d’elles. À la lueur de la lune, Rand n’avait aucune difficulté à identifier les intrus : des monstres, du premier jusqu’au dernier.

Les fenêtres ! pensa le jeune berger, soudain désespéré.

Son épée tenue à deux mains, il recula, s’éloignant de la porte.

Même si la barre ne saute pas de son logement, et même si le battant résiste, il leur suffirait de casser une vitre. Alors, pourquoi n’essaient-ils pas de passer par là ?

Avec des grincements assourdissants, le logement de la barre céda à une extrémité et se détacha presque de la porte. Les clous tenaient encore, mais ils ne résisteraient pas à un second assaut, c’était certain. Bien entendu, un nouveau coup vint ébranler le battant, faisant encore grincer les clous tandis que la barre commençait à composer avec ces cliquetis une sorte de fond sonore.

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