Le grand cahier
- Автор: Кристоф Агота
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le grand cahier». Краткое содержание книги:
– Ça sent bon chez vous, monsieur.
– Ça sent la propreté.
– Ça sent aussi la soupe chaude. Je n'ai encore rien mangé aujourd'hui.
– Vous auriez dû. Quant à moi, je vais aller dîner au restaurant car j'ai donné congé à mon cuisinier.
Le pauvre renifle:
– Pourtant, ça sent la bonne soupe bien chaude ici. Le riche crie:
– Ça ne peut pas sentir la soupe chez moi; personne ne prépare de la soupe chez moi; ça doit venir de chez les voisins, ou bien ça sent la soupe dans votre imagination! Vous, les pauvres, vous ne pensez qu'à votre estomac; c'est pour ça que vous n'avez jamais d'argent; vous dépensez tout ce que vous gagnez en soupe et en saucisson. Vous êtes des porcs, voilà ce que vous êtes, et, maintenant, vous salissez mon parquet avec les cendres de votre cigarette! Sortez d'ici, et que je ne vous revoie plus!
Le riche ouvre la porte, donne un coup de pied au pauvre qui s'étale sur le trottoir.
Le riche referme la porte, s'assied devant une assiette de soupe, et dit en joignant les mains:
– Merci, Seigneur Jésus, pour tous tes bienfaits.
Les alertes
Quand nous sommes arrivés chez Grand-Mère, il n'y avait que très peu d'alertes dans la Petite Ville. Maintenant il y en a de plus en plus. Les sirènes se mettent à hurler à n'importe quel moment du jour et de la nuit, exactement commè dans la Grande Ville. Les gens courent se mettre à l'abri, se réfugient dans les caves. Pendant ce temps, les rues sont désertes. Parfois les portes des maisons et des magasins restent ouvertes. Nous en profitons pour entrer et prendre tranquillement ce qui nous plaît.
Nous ne nous réfugions jamais dans notre cave. Grand-Mère non plus. Le jour, nous poursuivons nos occupations, la nuit, nous continuons de dorrilir.
La plupart du temps, les avions ne font que traverser notre ville pour aller bombarder de l’autre côté de la frontière. Il arrive qu'une bombe tombe tout de même sur une maison. Dans ce cas, nous repérons l'endroit d'après la direction de la fumée et nous allons voir ce qui a été détruit. S'il reste quelque chose à prendre, nous le prenons.
Nous avons remarqué que les gens qui se trouvent dans la cave d'une maison bombardée sont toujours morts. Par contre, la cheminée de la maison reste presque toujours debout.
Il arrive aussi qu'un avion fasse une attaque en piqué pour mitrailler des gens dans les champs ou dans la rue.
L'ordonnance nous a appris qu'il fallait faire attention quand l'avion avançait vers nous, mais que, dès qu'il se trouvait au-dessus de notre tête, le danger était passé.
A cause des alertes, il est interdit d'allumer des lampes le soir avant d'avoir obscurci parfaitement les fenêtres. Grand-Mère pense qu'il est plus pratique de ne pas allumer du tout. Des patrouilles font la ronde toute la nuit pour faire respecter le règlement.
Au cours d'un repas, nous parlons d'un avion que nous avons vu tomber en flammes. Nous avons vu aussi le pilote sauter en parachute.
– Nous ne savons pas ce qu'il est devenu, le pilote ennemi.
Grand-Mère dit:
– Ennemi? Ce sont des amis, des frères à nous. Ils arrivent bientôt
Un jour, nous nous promenons pendant une alerte.
Un homme affolé se précipite sur nous: