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Le Roman De La Momie

Электронная книга - «Le Roman De La Momie». Краткое содержание книги:

A la fin du XIXème siècle, deux égyptologues découvrent la momie miraculeusement conservée d'une jeune femme. Tandis que Lord Evandale tombe amoureux de la belle morte, Rumphius, plus ambitieux, va s'évertuer à déchiffrer le papyrus qui raconte la vie de la mystérieuse égyptienne. Evocation troublante de l'Égypte ancienne, amour et antiquité sont au rendez-vous.
Commentaire d'une lectrice: Une très belle histoire d'amour se déroulant dans la fascinante Egypte ancienne.
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– As-tu interrogé ses servantes et ses esclaves? dit le Pharaon; le bâton délie les langues les plus rebelles, et la souffrance fait dire ce qu’on voudrait cacher.

– Nofré et Souhem, sa suivante favorite et son plus vieux serviteur, m’ont dit qu’ils avaient remarqué que les verrous de la porte du jardin étaient tirés, et que probablement leur maîtresse était sortie par là. La porte donne sur le fleuve, et l’eau ne garde pas le sillage des barques.

– Qu’ont dit les bateliers du Nil?

– Ils n’avaient rien vu; un seul a dit qu’une femme pauvrement vêtue avait passé le fleuve aux premières lueurs du jour. Mais ce ne pouvait être la belle et riche Tahoser dont tu as remarqué toi-même la figure, et qui marche comme une reine sous des vêtements splendides.» Le raisonnement de Timopht ne parut pas convaincre Pharaon; il appuya son menton dans sa main et réfléchit quelques minutes. Le pauvre Timopht attendait en silence, craignant quelque explosion de fureur. Les lèvres du roi remuaient comme s’il se fût parlé à lui-même: «Cet humble habit était un déguisement… Oui, c’est cela… Ainsi travestie, elle est passée de l’autre côté du fleuve… Ce Timopht est un imbécile, sans la moindre pénétration. J’ai bien envie de le faire jeter aux crocodiles ou rouer de coups… – mais pour quel motif? Une vierge de haute naissance, fille d’un grand prêtre, s’échapper ainsi de son palais, seule, sans prévenir personne de son dessein!… Il y a peut-être quelque amour au fond de ce mystère.» A cette idée, la face du Pharaon s’empourpra comme à un reflet d’incendie: tout le sang lui était monté du cœur au visage; à la rougeur succéda une pâleur affreuse, ses sourcils se tordirent comme les vipères des diadèmes, sa bouche se contracta, ses dents grincèrent et sa physionomie devint si terrible que Timopht épouvanté se laissa tomber le nez sur les dalles, comme tombe un homme mort.

Mais le Pharaon se calma; sa figure reprit son aspect majestueux, ennuyé et placide; et, voyant que Timopht ne se relevait pas, il le poussa dédaigneusement du pied.

Quand Timopht, qui se regardait déjà comme étendu sur le lit funèbre à pieds de chacal, au quartier des Memnonia, le flanc ouvert, le ventre vidé et prêt à prendre le bain de saumure, se redressa, il n’osa pas lever les yeux vers le roi et resta affaissé sur ses talons, en proie à l’angoisse la plus poignante.

«Allons, Timopht, dit Sa Majesté, lève-toi, cours, dépêche des émissaires de tous côtés, fais fouiller les temples, les palais, les maisons, les villas, les jardins, jusqu’aux plus humbles cahutes, et retrouve Tahoser; envoie des chars sur toutes les routes, fais sillonner le Nil en tous sens par des barques; va toi-même, et demande à ceux que tu rencontreras s’ils n’ont pas vu une femme de telle sorte; viole les tombeaux si elle s’est réfugiée dans l’asile de la mort, au fond de quelque syringe ou de quelque hypogée; cherche-la comme Isis a cherché son mari Osiris déchiré par Typhon, et, morte ou vivante, ramène-la, ou, par l’uraeus de mon pschent, par le bouton de lotus de mon sceptre, tu périras dans d’affreux supplices.» Timopht s’élança avec la rapidité de l’ibis pour exécuter les ordres du Pharaon, qui, rasséréné, prit une de ces poses de grandeur tranquille que les sculpteurs aiment à donner aux colosses assis à la porte des temples et des palais, et, calme comme il convient à ceux dont les sandales estampées de captifs liés par les coudes reposent sur la tête des peuples, il attendit.

Un tonnerre sourd résonna autour du palais, et, si le ciel n’eût été d’un bleu de lapis-lazuli immuable, on eût pu croire à un orage; c’étaient les bruits des chars lancés au galop dans toutes les directions, et dont les roues tourbillonnantes retentissaient sur le sol.

Bientôt le Pharaon put apercevoir du haut de sa terrasse les barques coupant l’eau du fleuve sous l’effort des rameurs, et les émissaires se répandre sur l’autre rive à travers la campagne.

La chaîne libyque, avec ses lumières roses et ses ombres d’un bleu de saphir, fermait l’horizon et servait de fond aux gigantesques constructions des Rhamsès, d’Amenoph et de Menephta; les pylônes aux angles en talus, les murailles aux corniches évasées, les colosses aux mains posées sur les genoux se dessinaient, dorés par un rayon de soleil, sans que l’éloignement pût leur ôter de leur grandeur. Mais ce n’étaient pas ces orgueilleux édifices que regardait Pharaon; parmi les bouquets de palmiers et les champs cultivés, des maisons, des kiosques coloriés s’élevaient ça et là, tachetant la teinte vivace de la végétation. Sous un de ces toits, sous une de ces terrasses, Tahoser se cachait sans doute, et, par une opération magique, il eût voulu les soulever où les rendre transparents.

Les heures succédèrent aux heures: déjà le soleil avait disparu derrière les montagnes, lançant ses derniers feux à Thèbes, et les messagers ne revenaient pas. Pharaon gardait toujours son attitude immobile. La nuit s’étendit sur la ville, calme, fraîche et bleue; les étoiles se mirent à scintiller et à faire trembler leurs longs cils d’or dans l’azur profond; et sur le coin de la terrasse le Pharaon silencieux, impassible découpait ses noirs contours comme une statue de basalte scellée à l’entablement. Plusieurs fois les oiseaux nocturnes voltigèrent autour de sa tête pour s’y poser; mais, effrayés par sa respiration lente et profonde, ils s’enfuyaient en battant des ailes.

De cette hauteur, le roi dominait sa ville déployée à ses pieds. Du sein de l’ombre bleuâtre jaillissaient les obélisques aux pyramidions aigus, les pylônes, portes gigantesques traversées de rayons, les hautes corniches, les colosses émergeant jusqu’aux épaules du tumulte des constructions, les propylées, les colonnes épanouissant leurs chapiteaux comme d’énormes fleurs de granit, les angles des temples et des palais révélés par une touche argentée de lumière; les viviers sacrés s’étalaient en miroitant comme du métal poli, les sphinx et les criosphinx alignés en dromos allongeaient leurs pattes, évasaient leur croupe, et les toits plats se succédaient à l’infini, blanchissant sous la lune en masses coupées ça et là de tranches profonde; par les places et les rues: des points rouges piquaient cette obscurité bleue, comme si les étoiles eussent laissé tomber des étincelles sur la terre; c’étaient les lampes qui veillaient encore dans la ville endormie; plus loin, entre les édifices moins serrés, de vagues touffes de palmiers balançaient leurs éventails de feuilles; au-delà les contours et les formes se perdaient dans la vaporeuse immensité, car l’œil de l’aigle même n’aurait pu atteindre aux limites de Thèbes, et de l’autre côté le vieil Hôpi-Mou descendait majestueusement vers la mer.

Planant par l’œil et la pensée sur cette ville démesurée dont il était le maître absolu, Pharaon réfléchissait tristement aux bornes du pouvoir humain, et son désir, comme un vautour affamé, lui rongeait le cœur; il se disait:

«Toutes ces maisons renferment des êtres dont mon aspect fait courber le front dans la poussière, et pour qui ma volonté est un ordre des dieux. Lorsque je passe sur mon char d’or ou dans ma litière portée par des oëris, les vierges sentent leur sein palpiter en me suivant d’un long regard timide; les prêtres m’encensent avec la fumée des amschirs; le peuple balance des palmes ou répand des fleurs; le sifflement d’une de mes flèches fait trembler les nations, et les murs des pylônes, immenses comme des montagnes taillées à pic, suffisent à peine pour inscrire mes victoires; les carrières s’épuisent à fournir du granit pour mes images colossales; une fois, dans ma satiété superbe, je forme un souhait, et ce souhait je ne peux l’accomplir! Timopht ne reparaît pas: il n’aura rien trouvé sans doute. O Tahoser, Tahoser, que de bonheur tu me dois pour cette attente!» Cependant les émissaires, Timopht en tête, visitaient les maisons, battaient les routes, s’informant de la fille du prêtre, donnant son signalement aux voyageurs qu’ils rencontraient. Mais personne ne pouvait leur répondre.

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