L'usage des armes [Use of Weapons - fr]
- Автор: Бэнкс Иэн М.
- Год: 1992
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-07169-7
- Переводчик: Helene Collon
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «L'usage des armes [Use of Weapons - fr]». Краткое содержание книги:
Dans le cadre de Circonstances spéciales, une branche de Contact.
Qu’est-ce que la Culture ? Une immense société galactique, pacifiste en son principe mais redoutable si on l’attaque, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs.
La Culture a la prétention de faire évoluer lentement mais sûrement les civilisations étrangères qu’elle rencontre au fur et à mesure de son expansion.
C’est le rôle du Contact d’évaluer et d’infiltrer les sociétés nouvellement découvertes. Et dans les cas extrêmes, c’est à Circonstances spéciales d’intervenir, au besoin par la violence.
Cheradenine Zakalwe est l’une des armes de Circonstances spéciales. C’est le héros de L’usage des armes, qui est à la fois un roman d’aventures et une œuvre littéraire éblouissante, d’une perversité toute britannique.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, il tenait à la main un morceau de papier portant le mot FOHLS. Il fut tellement surpris qu’il le laissa échapper ; le vent l’emporta vers le ciel noir surplombant les vagues sombres. Mais il se souvenait, à présent. Fohls, voilà la réponse. La planète Fohls.
Il se sentit soulagé et passablement fier de lui. Il avait découvert quelque chose.
Que faisait-il là ?
Funérailles. Un vague souvenir de funérailles lui revint. Quand même pas les siennes ?
Était-il mort ? Il considéra un instant la question. Après tout, c’était possible. Peut-être y avait-il une autre vie, en fin de compte. Ma foi, s’il y avait bien une vie après la mort, cela lui apprendrait. Cette mer de douleur était-elle le châtiment divin ? La lumière était-elle un dieu ? Il passa la main par-dessus bord et la plongea dans la douleur ; celle-ci l’envahit, et il retira sa main. Si tel était le cas, alors c’était un dieu cruel. Et tout ce que j’ai fait pour la Culture, alors ? avait-il envie de demander. Ça ne compense donc pas un peu les mauvaises actions ? Ou alors, c’était que ces salauds suffisants si satisfaits d’eux-mêmes s’étaient trompés sur toute la ligne. Dieu ! Comme il aurait voulu pouvoir faire marche arrière et retourner le leur dire ! La tête que ferait Sma !
Mais il ne se croyait pas mort. Ce n’étaient pas ses funérailles à lui. Il se rappelait la tour carrée qui donnait sur la mer, près des falaises, il s’y revoyait portant avec les autres la dépouille d’un vieux guerrier. Oui, quelqu’un était mort, et on avait disposé de son corps en grande pompe.
Quelque chose le tarabustait.
Soudain, il agrippa les plats-bords vermoulus du bateau et fixa un point situé vers le large de l’océan houleux.
Un navire. De temps à autre il apercevait un navire, là-bas, dans le lointain. À peine plus gros qu’un point, que les vagues lui cachaient la plupart du temps, mais c’était bien un navire. Il eut l’impression qu’un vide s’ouvrait à l’intérieur de son corps et que ses entrailles s’y déversaient.
Il croyait reconnaître le navire.
Là-dessus, son bateau se rompit et il tomba dans l’eau ; puis il remonta, creva la surface dans une gerbe d’éclaboussures, retrouva l’air libre et vit sous lui l’océan, ainsi qu’une infime partie de sa surface, vers laquelle il tombait à présent. C’était un autre petit bateau ; il s’y écrasa, passa encore une fois à travers, s’enfonça à nouveau dans l’eau, puis dans l’air, traversa les débris d’une épave, puis une autre couche d’eau suivie d’une couche d’air…
Hé ! (songeait une partie de son esprit tandis qu’il tombait). Ça ressemble à la manière dont Sma décrit la Réalité.
… passa en s’éclaboussant à travers d’autres vagues, puis encore de l’eau, pour ressortir à l’air libre, foncer vers de nouvelles vagues…
Ça ne s’arrêterait jamais. Il se rappela que la Réalité décrite par Sma était en perpétuelle expansion ; on pouvait y tomber en chute libre indéfiniment, littéralement. Pas jusqu’à la fin de l’univers, non : indéfiniment.
Ça n’ira pas, se dit-il. Il va falloir que j’affronte le navire.
Il atterrit dans un petit bateau qui grinçait et faisait eau de toutes parts.
Le navire était à présent beaucoup plus proche. Énorme, sombre et hérissé de canons, il se dirigeait droit sur lui, précédé par l’énorme vague d’écume blanche en forme de V que découpait son étrave.
Merde, il allait se trouver en plein sur son chemin. La double courbe cruelle de la proue fonçait vers lui, fendant les eaux. Il ferma les yeux.
Il était une fois… un navire. Un grand vaisseau. Un vaisseau qui servait à détruire : des choses, d’autres vaisseaux, des gens, des villes… Il était très gros, et on l’avait conçu pour tuer des gens et faire en sorte que ceux qu’il transportait ne soient pas tués.
Il s’efforça de ne pas se rappeler le nom du grand vaisseau. Au lieu de cela, il le vit reposer bizarrement près du cœur d’une cité et en resta perplexe ; il n’arrivait pas à comprendre comment le vaisseau avait pu arriver jusque-là. Tout à coup, sans qu’il sût pourquoi, le vaisseau se mit à ressembler à un château, ce qui était à la fois logique et impossible. Il commença à avoir peur. Le nom du vaisseau était comme une espèce de gigantesque créature marine cognant lourdement contre la coque de son embarcation ; comme un bélier heurtant avec un bruit sourd les murailles du donjon. Il tenta de le maintenir en dehors de lui, sachant que ce n’était qu’un nom, mais refusant de l’entendre parce qu’il l’avait toujours mis mal à l’aise.
Il porta ses mains à ses oreilles. Cela donna des résultats l’espace de quelques instants. Mais à ce moment-là, le navire enchâssé dans la pierre près du centre de la cité meurtrie actionna ses formidables canons, qui crachèrent des nuages noirs et des éclairs jaune-blanc ; alors il sut ce qui allait se passer. Il essaya de crier pour couvrir le vacarme, mais lorsque cela arriva, c’était le nom du vaisseau que les canons vomirent ; et le nom fit voler en éclats le bateau, démolit le château et résonna dans les os et les aires de son crâne comme le rire d’un dieu dément, indéfiniment.
Alors la lumière s’éteignit, et il se laissa sombrer avec gratitude, échappant à cet épouvantable son qui l’accusait.
De la lumière. Staberinde, énonçait une voix posée quelque part à l’intérieur du Staberinde. Ce n’est qu’un mot.
Le Staberinde. Le navire. Il se détourna de la lumière et s’enfonça à nouveau dans les ténèbres.
De la lumière. Des sons, aussi. Une voix. Qu’est-ce que j’étais en train de penser, voyons ? (Il se rappelait vaguement qu’il était question d’un nom, mais il s’empressa de refouler ce souvenir-là.) Oui, des funérailles. Des souffrances. Et puis le vaisseau. Il y avait un vaisseau. Ou plutôt, il y avait eu. Et il était peut-être encore là, pour ce qu’il en… Mais il y avait quelque chose à propos des funérailles. C’est ça, la raison de ta présence ici. C’est ce qui t’a embrouillé tout à l’heure. Tu t’es cru mort, mais en fait tu étais seulement vivant. Lui vint une vague réminiscence où il était question de bateaux, d’océans, de châteaux et de cités, mais ceux-ci ne se présentaient plus à son esprit.
Et voilà que survient le toucher, en provenance de là-bas, quelque part là-bas. Pas la douleur : le toucher. Deux choses bien différentes…
De nouveau cette sensation de contact. On aurait dit une main ; une main qui touchait son visage et y faisait naître une douleur nouvelle, mais cela restait un contact, indubitablement une main. Son visage lui faisait terriblement mal. Il devait être terriblement défiguré.
Où suis-je, déjà ? Accident. Funérailles. Fohls.
Accident. Oui, bien sûr, et je m’appelle…
Trop difficile.
Qu’est-ce que je fais, alors ?
Voilà qui est plus facile. Tu es un agent à la solde de la civilisation humanoïde la plus avancée – enfin, certainement la plus énergique – de la… Réalité ? (Non.) De l’univers ? (Non.) De la galaxie ? Oui, c’est ça, de la galaxie… et tu es venu les représenter à… à… un enterrement ; tu revenais à bord d’un avion minable ; on allait venir te chercher et t’emmener loin de tout ça, quand il s’est passé quelque chose dans l’avion. L’appareil s’était mis à… et il avait vu des flammes et… et puis il y avait eu cette jungle qui fonçait droit sur… puis plus rien, la douleur, plus rien que la douleur. Et des dérives, des flottements en dedans et en dehors de la conscience.