Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
C’était un adieu, éloquent et résolu.
Certes elle fut surprise en lisant, en relisant, en recommençant encore ces quatre pages de prose tendrement irritée et passionnée. Elle se leva, reprit ses mules, se mit à marcher, les bras nus hors des manches rejetées en arrière, les mains entrées à moitié aux petites poches de sa robe de chambre, et tenant dans l’une la lettre froissée.
Elle pensait, étourdie de cette déclaration imprévue : « C’est qu’il écrit fort bien, ce garçon, c’est sincère, ému, touchant. Il écrit mieux que Lamarthe : ça ne sent pas le roman. »
Elle eut envie de fumer, s’approcha de la table aux parfums, et, dans une boîte en porcelaine de Saxe, prit une cigarette ; puis l’ayant allumée, elle alla vers la glace, où elle voyait venir trois jeunes femmes, dans les trois panneaux diversement orientés. Quand elle fut tout près, elle s’arrêta, se fit un petit salut, un petit sourire, un petit coup de tête ami qui disait : « Très jolie, très jolie ». Elle inspecta ses yeux, se montra ses dents, leva ses bras, posa ses mains sur ses hanches et se tourna de profil pour se bien apercevoir tout entière dans les trois miroirs, en inclinant un peu la tête.
Alors elle resta debout, amoureusement, en face d’elle-même, enveloppée par le triple reflet de son être, qu’elle trouvait charmant, ravie de se voir, saisie d’un plaisir égoïste et physique devant sa beauté, et la savourant avec une satisfaction de tendresse presque aussi sensuelle que celle des hommes.
Tous les jours elle se contemplait ainsi ; et sa femme de chambre, qui l’avait souvent surprise, disait avec malice : « Madame se regarde tant qu’elle finira par user toutes les glaces de la maison. »
Mais cet amour d’elle-même, c’était le secret de son charme et de son pouvoir sur les hommes. À force de s’admirer, de chérir les finesses de sa figure et les élégances de sa personne, et de chercher, et de trouver tout ce qui pouvait les faire valoir davantage, de découvrir les nuances imperceptibles qui rendaient sa grâce plus active et ses yeux plus étranges, à force de poursuivre tous les artifices qui la paraient pour elle-même, elle avait découvert naturellement tout ce qui pouvait le mieux plaire aux autres.
Plus belle et plus indifférente à sa beauté, elle n’aurait point possédé cette séduction précipitant vers l’amour presque tous ceux qui n’étaient point d’abord rebelles à la nature de sa puissance.
Un peu fatiguée bientôt de rester ainsi debout, elle dit à son image qui lui souriait toujours (et son image, dans la triple glace, remua les lèvres pour répéter) : « Nous allons bien voir, Monsieur ». Puis, traversant le cabinet, elle alla s’asseoir à son bureau.
Voici ce qu’elle écrivit :
« Cher Monsieur Mariolle, venez me voir demain, à quatre heures. Je serai seule, et j’espère que je vous rassurerai sur le danger imaginaire qui vous effraye.
Je me dis votre amie, et je vous prouverai que je le suis.