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Электронная книга - «Ces femmes du Grand Siècle». Краткое содержание книги:

Une vingtaine de portraits de femmes emblématiques et incontournables du règne de Louis XIV. Espionnes, maîtresses ou courtisanes, elles évoluent toutes dans l'ombre du Roi-Soleil.
Agent secret de Louis XIV, femme de lettres et de pouvoir, aventurière, rebelle, épouse bafouée, intrigante ou favorite... toutes les femmes réunies par Juliette Benzoni évoluent dans l'ombre du Roi-Soleil. Toutes sont des figures emblématiques et incontournables du Grand Siècle.
Alliant le souffle de l'aventure à la rigueur de l'histoire, Juliette Benzoni redonne vie à ces figures de femmes exceptionnelles, qu'elles soient espionnes, maîtresses ou courtisanes, qu'il s'agisse des sœurs Mancini, de la princesse des Ursins, de la Grande Mademoiselle, d'Henriette d'Angleterre, de la marquise de Sévigné, de Louise de La Vallière ou encore de Ninon de Lenclos...
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En entrant, Marie-Thérèse entendit les dernières phrases de son discours furibond.

— … et je voudrais bien savoir, en définitive, qui de vos deux fils Madame a épousé : si c’est le Roi ou si c’est moi !

Voyant entrer la Reine, le jeune duc s’arrêta net, un peu gêné, mais elle lui adressa un petit sourire plein de tristesse.

— Ne vous arrêtez pas, mon frère ! Moi aussi je viens me plaindre ! Moi aussi je viens demander secours. Je crois qu’on nous dédaigne beaucoup, vous et moi…

— La faute à qui ? coupa la reine mère, très mécontente de la tournure que prenait cette affaire. Vous vous laissez l’un et l’autre mettre à l’écart sans protester. Vous, mon fils, occupez-vous un peu moins de la décoration de vos demeures, de vos habits et de vos amis, Guiche et les autres, et arrangez-vous pour passer avec votre femme la majeure partie de votre temps. Vous, ma fille, essayez donc de montrer à votre époux moins de bouderies, moins de larmes – il les a en horreur –, moins d’amour dévotieux et plus de coquetterie.

— Une reine, coquette ? Oh !

— Madame s’en prive, peut-être ? Et elle est presque reine. Si vous voulez voir en elle une rivale, au moins battez-vous avec les mêmes armes !

— Allons donc ! coupa Monsieur. Comme si vous ne saviez pas, ma mère, comment s’y prend le Roi quand il veut être seul avec Madame. Il organise un petit quelque chose : une promenade, un concert privé, un médianoche, et il néglige tout bonnement de nous inviter, la Reine et moi. Quand, informés, nous nous présentons, nous trouvons « visage de bois » : la compagnie est partie, on ne sait où en général ! Non, je vous le dis, Madame, il faut que cela cesse !

Anne d’Autriche ne répondit pas. Elle savait bien que ces deux malheureux enfants avaient raison, que la conduite du Roi, comme d’ailleurs celle de Madame, était sans excuse et qu’il fallait prendre au sérieux la colère de Philippe. S’il se fâchait pour de bon, cela pouvait créer des troubles, comme au temps de Gaston d’Orléans, l’insupportable frère de feu Louis XIII.

— Rentrez chez vous l’un et l’autre, dit-elle enfin. Je vous promets de faire de mon mieux.

Faire de son mieux, cela consista à aller trouver la reine douairière d’Angleterre qui vivait toujours au Palais-Royal et à lui faire comprendre qu’elle eût à chapitrer sa fille si elle ne voulait pas voir celle-ci chassée par son époux.

Pendant ce temps, Monsieur mettait lui-même de l’ordre dans ses affaires. Le soir même, malgré un bal qui se préparait et la grande partie de campagne prévue pour le lendemain, il fit monter sa femme en carrosse et, en dépit de ses protestations, l’emmena passer quelques jours dans son château de Villers-Cotterêts, sous le prétexte qu’elle ne l’avait pas encore admiré.

Quand un ordre royal rappela le couple, quinze jours plus tard, le Roi, chapitré par sa mère, avait compris qu’il fallait faire quelque chose s’il ne voulait pas avoir une vie de famille intenable et Madame, qui avait eu affaire elle aussi à sa mère, partageait entièrement ce sentiment. Mais quel pouvait être ce quelque chose capable de les mettre à l’abri des fureurs jalouses de leurs époux respectifs tout en continuant leur tendre badinage, auquel ni l’un ni l’autre ne songeait un seul instant à renoncer ?

La première fois qu’ils purent s’isoler un moment dans le parc de Fontainebleau, ils en discutèrent sérieusement.

— Il est inutile de nous dissimuler, Sire, que nous faisons tous deux l’objet d’une surveillance parfaitement injurieuse lorsque nous sommes ensemble !

— Je partage votre avis mais comment nous voir sans que je vienne chez vous, sans nous promener ensemble, sans nous baigner ensemble, sans être l’un près de l’autre, enfin ? Nos jaloux ne s’estimeront satisfaits que par une totale séparation, et cela, je m’y refuse ! Je ne pourrais pas le supporter !

Madame sourit, émue. Il était si agréable d’entendre de telles choses proférées par une bouche royale ! Comment n’en être pas enivrée ? Son regard, tout de velours, caressa complaisamment le jeune Roi.

— Peut-être y a-t-il un moyen, Sire. Un moyen auquel je vous demande pardon d’avoir pensé mais qui pourrait être efficace.

— Voulez-vous dire que nous pourrions continuer à nous voir sans cesse… et sans que l’on puisse s’en inquiéter ?

— Je le crois mais, évidemment…

— Dites toujours !

— Pourquoi ne pas laisser supposer que vous fréquentez assidûment ma maison pour une autre que moi ?

— Vous avez raison, Henriette, votre moyen ne me plaît guère. C’est me supposer le goût bien mauvais ! Regarder une autre quand vous êtes là ? Quelle hérésie ! Et à qui donc penseriez-vous ?

— Je ne sais pas, moi ! Une fille d’honneur. J’en ai de charmantes. Presque toutes sont venues à la Cour pour entrer à mon service. Vous ne les connaissiez pas… En tout cas cela devrait calmer nos jaloux !

— Pour Monsieur j’en conviens. Mais la Reine ?

— La Reine ? Oh, elle est bien trop infante pour daigner se donner la peine d’être jalouse d’une simple fille d’honneur.

— Vous avez réponse à tout. Mais votre plan peut être bon. Voyons, à présent, qui vous allez me proposer ? Pas votre préférée, j’espère ? Pas Mademoiselle de Montalais ? Elle a des yeux si malins qu’elle me ferait peur. Je craindrais toujours qu’elle se moque de moi.

— Soit ! Mais pas davantage Mademoiselle de Tonnay-Charente.

— Pourquoi cela ? Elle est belle, il me semble ? Et de grande maison.

— Justement, elle l’est trop, fit Madame avec une logique bien féminine. Ce serait désobligeant pour moi. Non, laissez-moi faire : je crois que j’ai ce qu’il nous faut.

— Et qui donc ?

— La petite La Vallière. Elle est si discrète, si timide, que nous n’aurons pas à craindre de la voir tirer vanité de vos hommages et devenir insupportable. De plus elle est pauvre. Vous la doterez dans quelque temps et nous aurons ainsi servi notre amour tout en faisant du bien à une pauvre fille. Elle n’aura aucune peine à trouver un époux.

— Je ne sais même pas de qui vous voulez parler ! bougonna le Roi. Elle doit être en effet fort discrète. Mais va pour La Vallière ! Elle ou une autre, après tout…

Le plan fut mis immédiatement à exécution. Louis se plut à prendre pour cible de ses hommages, fort discrets pour commencer, une timide jeune fille aux doux cheveux d’un blond argenté, aux grands yeux bleus, au visage sans réelle beauté mais charmant. Toute sa personne n’était que grâce et tendresse et, pour l’avoir jugée insignifiante, il fallait que Madame n’eût sur la psychologie masculine que des données insuffisantes. Louise de La Vallière, boiteuse mais fraîche comme une fleur et d’une infinie délicatesse, avait déjà attiré les hommages de quelques seigneurs parmi lesquels l’ami de cœur de Monsieur, le très séduisant, très noble, très beau et très brave comte de Guiche, fils du maréchal duc de Grammont. Mais jusqu’à présent elle opposait à tous les hommages d’aimables et timides fins de non-recevoir. On la disait d’ailleurs fiancée à un certain vicomte de Bragelonne, qui servait dans l’armée.

Ce que tous ignoraient, c’était le secret du cœur de Louise, un secret qu’elle eût préféré mourir plutôt que d’avouer : depuis qu’elle avait vu le Roi pour la première fois, lorsque, se rendant en Espagne pour épouser l’infante, il s’était arrêté à Blois chez son oncle Gaston d’Orléans, Louise de La Vallière était passionnément éprise de son souverain.

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