La Mort dans une voiture solitaire
- Автор: Паган Хью
- Год: 1992
- Язык: французский
- Год: Éditions Payot & Rivages
- ISBN: 978-2-86930-568-7
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La Mort dans une voiture solitaire». Краткое содержание книги:
Plus proche de David Goodis que d'Ed McBain, Hugues Pagan lance le lancinant lamento des vies naufragées dont le blues se répercute à l'infini sur les cercles maléfiques faits de smogs et de volutes de brouillard à contretemps de la ville…
— On embarque tout ce joli monde, décida Schneider, les pouces dans la ceinture.
Ils se firent monter des sandwiches et des canettes de bière et des cigarettes — sauf Schneider qui avait une cartouche de Camel dans le tiroir. Ils avaient tombé la veste et s’étaient divisé la tâche : Viale et Charlie Catala avaient pour mission de passer Lionel Carminati au presse-citron, Schneider et Perrier avaient entrepris Maud Chevallier et Dumont se chargeait des recherches fichiers, en attendant que Sunil et sa patronne daignent se pointer pour porter le deuil.
Dehors, il pleuvait toujours, et dans les deux bureaux contigus où crépitaient des machines à écrire, ils avaient été forcés d’allumer la lumière.
Ça avait un caractère on ne peut plus ronronnant, somme toute.
C’était comme tous les jours de la semaine : ils faisaient du papier, encore du papier, toujours du papier. Seulement cette fois-ci, c’était pas pour expédier des saucissons, ou régler un différend entre concubins.
Ils avaient accroché quelque chose.
Viale et Catala n’en revenaient pas : ça rentrait comme dans du beurre. Le second avait plutôt l’habitude des petits marlous retors qui connaissaient le code aussi bien, sinon mieux que lui, et dont les déclarations évasives eussent aisément rendu des points aux plus édulcorées des déclarations officielles.
Voilà ce que Lionel, Gérard, Carminati, né le… à…, fils de Gérard-Paul et de Beaufort Suzanne, de nationalité française, divorcé de Luce, Marie, Diéterich, par décision du T.G.I. de Vesoul en date du 6 novembre 1976, sans enfant, actuellement sans profession, titulaire du C.A.P. de mécanique générale, exempté du service national actif, se disant jamais condamné et demeurant cité Mozart, bâtiment F 16, troisième étage, leur avait déjà déclaré sur les faits :
« … Je connais Maurice CHEVALLIER depuis le lycée technique, car nous avons présenté le C.A.P. en même temps, mais CHEVALLIER a été recalé et pendant un an il est parti à l’armée, ça fait qu’on s’était perdus de vue. Quand il est rentré, on s’est revus deux trois fois au Copacabana, ou dans des bistrots.
À ce moment-là, je travaillais en intérim et j’avais du fric parce que je faisais des chantiers extérieurs. Je gagnais environ cinq mille francs par mois. Petit à petit, on est devenus plus copains et on sortait ensemble le samedi soir dans les boîtes. Je crois pas que CHEVALLIER avait du boulot, mais je lui ai jamais demandé. Il avait quand même assez de fric pour régler des consommations. C’est pour ça que je lui ai rien demandé pour son boulot.
« CHEVALLIER avait quand même pas mal de fric, mais pas régulièrement et il lui est arrivé de craquer (sic) cinq mille balles dans une soirée. Je précise qu’il s’agit bien de cinq mille francs, et que c’était au Copa où il a payé le champagne pour tout le monde qu’on était.
« Vers septembre, il est venu pour me demander de pieuter chez moi. Je précise que c’était en septembre 1978. Il est resté un mois, et il est revenu vers la fin mars, à une date que je suis incapable de vous préciser davantage. Depuis mars, il a habité tout le temps chez moi. Il n’avait pas trop de fric, mais il faisait que dormir. Comme j’avais plus de boulot, je pouvais pas tellement lui fournir à manger, mais deux trois fois on est allé manger chez des copines à lui. Il avait presque rien, deux trois fringues, une radiocassette et son équipement de pêche qu’il voulait pas vendre. Je sais pas ce qu’il en a fait, mais je vous précise que c’est dans l’étui à cannes à pêche qu’il a amené les deux fusils que vous avez saisis dans mon véhicule.
« Maurice CHEVALLIER a amené ces deux armes, chez moi, dimanche vers quinze heures. On a discuté un moment, et il m’a dit qu’il fallait qu’il monte (sic) à PARIS, mais qu’il allait rentrer dans la nuit. C’est en discutant qu’on a pensé à attaquer la station SHELL–VERLAINE, que CHEVALLIER connaissait pour y avoir bossé quinze jours à la fin 1978. Tout au moins, c’est ce qu’il m’a dit : qu’il y avait travaillé mais que c’était pas un problème, parce qu’il pouvait avoir un casque de moto sans problème et qu’on pourrait pas le reconnaître.
« Il m’a remis les deux fusils, ainsi que deux boîtes de cartouches (calibre 7,62) et une boîte de .357, qui sont bien les deux boîtes que vous avez saisies dans mon véhicule Renault 8, immatriculé…, ceci en ma présence. Avant de me rendre à la station ce jour à neuf heures, j’ai emmené les deux armes dans le plaid pour pas me faire repérer, et j’ai utilisé pour braquer le pompiste l’arme dont le chargeur était rempli.
« C’est CHEVALLIER qui avait mis des cartouches dans la carabine, pour me montrer, parce que j’ai pas fait l’armée et que je sais pas comment ça marche. C’était d’accord qu’on devait y aller tous les deux et qu’il devait prendre l’autre arme, ou celle-là.
« Je lui ai pas demandé d’où provenaient ces armes. Il n’avait pas l’air d’avoir de fric, dimanche. Quand il est arrivé, je l’avais pas vu depuis jeudi matin, mais il avait pas de comptes à me rendre. Il m’a seulement dit qu’il avait pieuté dehors samedi et il avait l’air crevé, pas rasé ni rien.
« Je sais pas non plus où il comptait se procurer le casque.
« On a décidé de braquer la station un peu comme ça, mais surtout parce qu’il connaissait le coin et qu’avec les pistes, ça faisait quand même pas mal de fric dans la sacoche, même en enlevant les chèques.
« Je crois qu’il avait travaillé à l’entretien mécanique en 1978, mais c’est tout ce que je peux vous dire là-dessus.
« Je crois qu’il avait une petite amie, mais pas une régulière, et il m’a jamais dit qu’elle lui filait des ronds. À la réflexion, je crois quand même qu’elle devait lui en donner, mais pas pour rien. C’était pas du tout le genre de la fille, de donner du fric pour rien, même s’il couchait avec.
« Je me souviens pas son adresse, mais je pourrais certainement reconnaître l’endroit, si vous m’y emmenez. C’est sur la ZUP Est, un des trois grands immeubles qu’on appelle Les Barres. Elle habite au septième et ça donne sur les champs.
« Je sais pas si c’est à elle ou à son grand frangin, mais en effet elle a une moto, une grosse machine, dont je peux pas vous dire la couleur. Il faut dire que dans cette bande, ils ont tous des motos. Je crois pas qu’ils font des coups et je les connais pas assez pour savoir s’ils travaillent régulièrement. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’elle ne bosse plus depuis pas mal de temps. Avant, elle a fait des ménages aux Nouvelles Galeries, mais pas longtemps.
« Je ne sais pas comment ça marche, dans leur groupe. Je sais qu’ils font des concerts de hard et qu’ils zonent, mais c’est tout. Je connais pas le nom de la fille, mais je peux vous emmener, si vous voulez, là où elle habite.
« Je peux en effet vous donner son signalement : elle a dans les trente ans, elle est plutôt maigre. Elle a le visage triangulaire, les yeux marron et les cheveux noirs. Je vous précise qu’elle a des cheveux très longs, et que ça lui pose des problèmes pour le casque. Je crois que cette fille se fait appeler Nina Hagen par les autres, mais je suis pas sûr que c’est bien elle parce que je l’ai pas vue souvent. Je sais pas pourquoi elle utilise ce pseudonyme.
« Je vous confirme que la dernière fois que je l’ai vue, au début septembre de cette année, elle avait bien les cheveux noirs, foncés comme des cheveux d’extrême-orientale. Je l’ai jamais vue autrement qu’avec sa combinaison de moto et des grosses bottes de moto.
« S.I. : La fille qui se fait appeler Nina Hagen est macquée (sic) avec un type qui se fait appeler Jethro. Je l’ai vu une ou deux fois, parce qu’il était videur au Copacabana Bar, avenue Wilson. Je ne sais pas où il habite, mais je sais qu’il a une Honda 750 rouge. En ce moment, elle est en réparation chez le représentant Honda, parce qu’il a tapé (re-sic) jeudi matin. En tout cas, la moto était encore devant chez Honda ce matin, et ils n’avaient pas dû recevoir la pièce, parce qu’elle était toujours pas réparée.