Zazie dans le métro
- Автор: Queneau Raymond
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Zazie dans le métro». Краткое содержание книги:
L’action se déroule à Paris, sur 48 h, lors d’une grève de métro. En visite chez son oncle Gabriel, Zazie, jeune adolescente délurée et espiègle, et qui, pour n’avoir pas encore été socialisée, n’est guère embarrassée par les règles morales, se voit contrainte – grève oblige – de parcourir Paris à pied et en taxi. Cheminant d’un quartier à l’autre, elle fait de singulières rencontres, qui sont autant de prétextes à de savoureux échanges verbaux. Roman d’apprentissage, Zazie dans le métro est aussi une réflexion sur la contingence de l’existence humaine et sur la fuite du temps. À sa mère, qui lui demandera à l’issue de son séjour ce qu’elle a fait à Paris, Zazie, philosophe, répondra en trois mots: «J’ai vieilli.»
Ce roman, en apparence linéaire, est certainement, par son ton, le plus caractéristique des romans de la seconde période de Queneau, dite optimiste. Pourtant, en filigrane, le lecteur retrouve une écriture et une construction circulaires (de la gare d’Austerlitz à la gare d’Austerlitz), dans la lignée de Proust, de Joyce et de Faulkner. On peut également rattacher Zazie dans le métro aux premiers textes de Queneau par la prééminence accordée à l’oral sur l’écrit; prééminence qui ne porte pas atteinte à la langue mais, selon le mot de l’auteur, «la débarrasse d’un mal qui la ronge». Ainsi l’hapax initial «Doukipudonktan», les polysyllabes monophasées et la «célèbre clausule zazique», «mon cul», sont-ils représentatifs de la liberté de langage que prône l’auteur. Liberté qui n’a pas de répugnance pour les facilités de langage ou la langue que l’on dit vulgaire.
Premier grand succès de Queneau, récompensé par le Prix de l’Humour noir, Zazie dans le métro est adapté, l’année même de sa publication, au théâtre par Hussenot et, un an plus tard, au cinéma par Louis Malle.
– Je défendais tes intérêts, dit Turandot.
– Ce qu'elle est près de ses sous, remarqua l'Écossaise en pinçant l'oreille du cafetier et en s'éloignant aussitôt. J'en apporterai une grosse.
– Une grosse quoi? demanda Zazîe en se mêlant tout à coup à la conversation.
– I veut dire douze douzaines de bouteilles, espliqua Gabriel qui voit grand.
Zazie daigna s'occuper alors des nouveaux arrivants.
– Eh, l'homme au taxi, qu'elle dit à Charles, paraît qu'on se marie?
– Paraît, répondit succinctement Charles.
– En fin de compte, vous avez trouvé quelqu'un à vott goût.
Zazie se pencha pour regarder Madeleine.
– C'est elle?
– Bonjour, mademoiselle, dit aimablement Madeleine.
– Salut, dit Zazie.
Elle se tourna du côté de la veuve Mouaque pour l'affranchir.
– Ces deux-là, qu'elle lui dit en désignant du doigt les personnes en cause, ils se marient.
– Oh! que c'est émouvant, s'esclama la veuve Mouaque. Et mon pauvre Trouscaillon qu'est peut-être en train d'attraper un mauvais coup, par cette nuit noire. Enfin (soupir), il a choisi ce métier-là (silence). Ce serait comique si je devenais veuve une seconde fois avant même d'être mariée.
Elle eut un petit rire perçant.
– Qui c'est, cette dingue? demanda Turandot à Gabriel.
– Sais pas. Depuis staprès-midi, elle nous colle aux chausses avec un flicard qu'elle a récolté en chemin.
– Lequel c'est, le flicard?
– Il est allé faire un tour.
– Ça me plaît pas, cette compagnie, dit Charles.
– Oui, dit Turandot. C'est pas sain.
– Vous en faites pas, dit Gabriel. Vous vous inquiétez pour un rien. Tenez, via la bibine. Hourra! Gobergez-vous, amis et voyageurs, et toi, nièce chérie, et vous, tendres fiancés. C'est vrai! faut pas les oublier, les fiancés. Un tôste! Un tôste pour les fiancés!
Les voyageurs, attendris, chantèrent en chœur apibeursdè touillou et quelques serviteurs écossaises, émus, écrasèrent la larme qui leur aurait gâché leur rimmel.
Puis Gabriel tapa sur un verre avec un estracteur de gaz et l'attention générale aussitôt obtenue, car tel était son prestige, il s'assit à califourchon sur une chaise et dit:
– Alors, mes agneaux et vous mes brebis mesdames, vous allez enfin avoir un aperçu de mes talents. Depuis longtemps certes vous savez, et quelques-uns d'entre vous ne l'ignorent plus depuis peu, que j'ai fait de l'art chorégraphique le pis principal de la mamelle de mes revenus. Il faut bien vivre, n'est-ce pas? Et de quoi vit-on? je vous le demande. De l'air du temps bien sûr – du moins en partie, dirai-je, et l'on en meurt aussi – mais plus capitalement de cette substantifique moelle qu'est le fric. Ce produit mellifluent, sapide et polygène s'évapore avec la plus grande facilité cependant qu'il ne s'acquiert qu'à la sueur de son front du moins chez les esploités de ce monde dont je suis et dont le premier se prénomme Adam que les Élohim tyrannisèrent comme chacun sait. Bien que sa planque en Éden ne semble pas onéreuse pour eux aux yeux et selon le jugement des humains actuels, ils l'envoyèrent aux colonies gratter le sol pour y faire pousser le pamplemousse tandis qu'ils interdisaient aux hypnotiseurs d'aider la conjointe dans ses parturitions et qu'ils obligeaient les ophidiens à mettre leurs jambes à leur cou. Billevesées, bagatelles et bibleries de mes deux. Quoi qu'il en soit j'ai oint la jointure de mes genous avec la dite sueur de mon front et c'est ainsi qu'édénique et adamiaque, je gagne ma croûte. Vous allez me voir en action dans quelques instants, mais attention! ne vous y trompez pas, ce n'est pas du simple slip-tize que je vous présenterai, mais de l'art! De l'art avec un grand a, faites bien gaffe! De l'art en quatre lettres, et les mots de quatre lettres sont incontestablement supérieurs et aux mots de trois lettres qui charrient tant de grossièretés à travers le majestueux courant de la langue française, et aux mots de cinq qui n'en véhiculent pas moins. Arrivé au terme de mon discours, il ne me reste plus qu'à vous manifester toute ma gratitude et toute ma reconnaissance pour les applaudissements innombrables que vous ferez crépiter en mon honneur et pour ma plus grande gloire. Merci! D'avance, merci! Encore une fois, merci!
Et, se levant d'un bond avec une souplesse aussi singulière qu'inattendue, le colosse fit quelques entrechats en agitant ses mains derrière ses omoplates pour simuler le vol du papillon.
Cet aperçu de son talent suscita chez les voyageurs un enthousiasme considérable.
– Go, femme, qu'ils s'écrièrent pour l'encourager.
– Va hi, hurla Turandot qui n'avait jamais bu d'aussi bonne bibine.
– Oh! la bruyante, dit un serviteur écossaise.
Tandis que de nouveaux clients arrivaient par grappes, déversés par les autocars familiers de ces lieux, Gabriel brusquement, revenait s'asseoir, l'air sinistre.
– Ça ne va pas, meussieu Gabriel? demanda gentiment Madeleine.
– J'ai le trac.
– Coyon, dit Charles.
– C'est bien ma veine, dit Zazie.
– Tu vas pas nous faire ça, dit Turandot.
– Tu causes, tu causes, dit Laverdure, c'est tout ce que tu sais faire.
– Elle a de l'à-propos, cette bête, dit un serviteur écossaise.
– Te laisse pas impressionner, Gaby, dit Turandot.
– Imagine-toi qu'on est des gens comme les autres, dit Zazie.
– Pour me faire plaisir, dit la veuve Mouaque en minaudant.
– Vous, dit Gabriel, je vous emmerde. Non, mes amis, ajouta-t-il à l'intention des autres, non, c'est pas seulement ça (soupir) (silence), mais j'aurais tellement aimé que Marceline puisse m'admirer, elle aussi.
On annonçait que le spectacle allait commencer par une caromba dansée par des Martiniquais tout à fait chous.
XV
Marceline s'était endormie dans un fauteuil. Quelque chose la réveilla. Elle regarda l'heure d'un œil clignotant, n'en tira aucune conclusion spéciale et, enfin, comprit que l'on toquait à la porte, très discrètement.
Elle éteignit aussitôt la lumière et ne bougea pas. Ça ne pouvait pas être Gabriel parce que quand il rentrerait avec les autres, ils feraient naturellement un chabanais à réveiller le quartier. C'était pas non plus la police, vu que le soleil n'était pas encore levé. Quant à l'hypothèse d'un casseur convoitant les éconocroques à Gabriel, elle prêtait à sourire.
Il y eut un silence, puis on se mit à tourner la poignée. Ceci ne donnant aucun résultat, on se mit à trifouiller dans la serrure. Ça dura un certain temps. Il est pas trop calé, se dit Marceline. La porte finalement s'ouvrit.
Le type n'entra pas tout de suite. Marceline respirait si faiblement et astucieusement que l'autre ne devait pas pouvoir l'entendre.
Enfin il fit un pas. Il tâtonnait en cherchant le commutateur. Il parvint à le trouver et la lumière se fit dans le vestibule.
Marceline reconnut tout de suite la silhouette du type: c'était le soi-disant Pedro-surplus. Mais lorsqu'il eut allumé dans la pièce où elle se trouvait, Marceline crut s'être trompée car le personnage présent ne portait ni bacchantes ni verres fumés. Il tenait ses chaussures à la main et souriait.