La vermine du lion
- Автор: Карсак Франсис
- Язык: французский
- Год: EDITIONS FLEUVE NOIR
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La vermine du lion». Краткое содержание книги:
— Un miracle de plus, dit Téraï, sarcastique. Mais cette fois un miracle coûteux ! Torpillage magmatique à la bombe à fusion. Comme par hasard, le sanctuaire originel de Klon se trouve – se trouvait ! – juste entre les deux volcans. Il ne sera pas difficile d’expliquer que la colère de la déesse de la Terre a frappé le temple d’un faux dieu, Obmii peut numéroter ses abattis !
Le sol trembla à nouveau, violemment cette fois, et ils durent s’accrocher à un arbre pour ne pas être jetés à terre. Les troncs craquèrent, une pluie de branches mortes dégringola et, de derrière le mur du parc parvinrent des bruits d’écroulement et des cris d’épouvante. Le grondement souterrain se fit entendre à nouveau, puis s’atténua peu à peu. Stella, pâle, regarda Téraï.
— Degré 7 ou 8, dit-il calmement. Pas mal de dégâts probablement dans la ville basse. Il fallait s’y attendre. Quelque imbécile a joué à l’apprenti sorcier !
— Croyez-vous que cela risque de se reproduire ?
— Peux pas le dire. Je ne le crois pas. La zone où se trouve Kintan est habituellement stable, je veux dire que les séismes y dépassent rarement le degré 3. Mais en réveillant les volcans à coups de bombe H, on a pu changer tout cela. Bon sang, si seulement Laélé était rentrée !
— N’allez-vous pas la chercher ?
— Non ! Je ne puis quitter la maison avant de savoir ce qui se trame : j’ai plus de cent personnes, hommes, femmes et enfants, qui comptent sur moi pour les défendre.
— Vous avez peur qu’il ne lui soit arrivé malheur, n’est-ce pas ?
— Oui. Si elle n’a pas été tuée par le tremblement de terre, qui a dû faire pas mal de victimes déjà, elle risque d’avoir été enlevée par ces salauds de Béelbâtres !
— Ne croyez-vous pas qu’il serait prudent d’appeler votre associé à la rescousse ?
— J’ai essayé de lui parler ce matin, avant d’aller au palais impérial. Rien ne répond ! Et je n’implorerai certainement pas le secours des gens du BIM. Dieu sait ce qui est arrivé à Igricheff ! Allons, tout ceci sent très mauvais. Rentrons, allons voir si la maison a tenu le coup.
L’énorme édifice était seulement lézardé. Ils montèrent sur la terrasse. Dans le crépuscule tombant, des incendies poussaient de hauts piliers de flammes au sud, dans la ville basse.
— En temps ordinaire, je vous aurais conduite voir les pompiers à l’Œuvre. C’est curieux. Là aussi, les Kénoïtes ont le don de l’organisation. Aidez-moi à sortir deux mitrailleuses, nous en aurons probablement besoin bientôt.
A nuit close, les cinq hommes rentrèrent, sans Laélé. Téraï se rongeait d’inquiétude. Les serviteurs avaient parcouru tous les marchés, toutes les rues commerçantes. Une sorte de terreur semblait s’être abattue sur la ville, même avant le séisme, fermant les bouches. De-ci de-là on rencontrait les prêtres de Béelba circulant silencieusement, hautains. On ne voyait ni jeune fille ni jeune femme hors des maisons. Toute la cité était tendue, comme dans l’attente d’une catastrophe. Puis, après le tremblement de terre, qui chassa les habitants hors de chez eux, ce fut la panique, gênant soldats et pompiers qui déblayaient les ruines et luttaient contre le feu.
— On dit des choses, maître, murmura un des serviteurs, comme effrayé de parler.
— Ah oui ? Quoi ?
— Que tu as attiré la colère de la déesse en faisant entrer des sauvages dans la ville.
— Bon, cela se dessine. La manœuvre est dirigée contre moi, contre les Ihambés et contre le parti de la paix. Je suis resté trop longtemps absent, et maintenant je suis pris de court. Bah ! si seulement Laélé était retrouvée, je me moquerais du reste. Je puis les tenir en respect pendant un mois. D’ici là, quand ils verront que la protection de Béelba ne les empêche pas d’être fauchés par mes armes… Attendons, nous ne pouvons rien faire d’autre.
Stella resta seule sous les colonnades. Le parc était patrouillé sans relâche par les cinq Ihambés, armés de leurs arcs, ou par les serviteurs de Téraï, mitraillette au poing, grenades à la ceinture. Nul bruit ne montait plus de la ville et, sous une lune roussâtre dont elle avait oublié le nom, le silence était sinistre. Une ombre se dressa à côté d’elle. Elle sursauta, saisit son revolver, puis se détendit. Ce n’était qu’Eenko. Il se pencha vers elle et dit tout bas, en mauvais français.
— Vous, femme méchante. Si vous pas là, Laélé pas sortie seule. Si elle morte, toi morte aussi !
Il disparut comme un ombre.
— Ce n’est que moi, Stella, ne tirez pas !
Téraï vint s’adosser à une colonne à côté d’elle.
— Je ne sais que faire ! Je suis fou d’inquiétude ! Oh, bien sur, pour vous Laélé est une indigène, une non humaine ! Pour moi, depuis la mort de mes parents, elle a été toute la tendresse du monde ! Je n’ai qu’elle, et Léo. Igricheff… Igricheff doit être mort lui aussi, sans cela il aurait répondu à mon appel. Et Léo est resté au camp ihambé.
— Votre associé était peut-être absent lors de votre message ?
— Non, ce n’est pas possible. Où qu’il soit, mon appel lui serait parvenu. On a dû l’assassiner. C’est le grand coup qui se joue, et je n’y suis pas préparé. J’ai perdu du temps à faire le guide. Même si vous ne m’avez pas menti, vous avez fait le jeu du BIM, rien que par votre présence à mes côtés.
— Croyez bien, en tout cas, que je n’ai rien à voir avec cette religion sanglante qu’on essaye d’implanter ici !
— Vous pouvez n’être qu’un jouet, en effet. Que se passe-t-il, Kéron ?
— Des soldats à la porte, maître.
Stella le suivit sans même qu’il ne parût s’en apercevoir. La porte du parc était entrouverte, et, dans la lueur rouge de torches, Ophti-Tika attendait, à la tête de dix hommes. Sa présence sembla rassurer Téraï. La conversation fut brève. Le capitaine salua, tendit au Terrien un rouleau de parchemin. Téraï le déroula, s’approcha d’un porte-torche et lut, sans qu’un trait de son visage ne bougeât.
— Mauvais ?
— Peuh ! Un ordre de l’empereur. Les Ihambés doivent quitter la ville demain à l’aube. Il n’a pas osé m’expulser. Je ne demanderais pas mieux que d’obéir, de me retirer du piège dans lequel je suis si stupidement tombé, à l’aveugle. Mais à peine hors de cette enceinte nous serions attaqués et massacrés. Si seulement j’avais emmené Léo ! Je lui aurais confié un message pour Ohémi, et dans dix jours toute la confédération ihambé aurait été sous les murs de Kintan, en armes, et nous aurions alors pu discuter. Telles que sont les choses, je ne peux que refuser, c’est-à-dire déclarer la guerre à l’empire de Kéno. Si Laélé était ici, cela ne me ferait pas trop peur !
Il s’approcha de l’officier, lui parla en kénoaba. Tika fit un geste négatif de la tête, et d’un geste violent lança sa courte javeline qui se planta, vibrante, dans la porte. Puis il fit volter ses soldats, et ils partirent,
A peine avaient-ils passé le tournant de la rue que Téraï arracha l’arme, l’examina.
— C’est bien ce que je pensais. Officiellement, le geste veut dire : nous ne pouvons plus nous rencontrer que les armes à la main. Mais regardez !
De son couteau, il tranchait la poignée de cordelettes enroulées autour du fût Plaqué contre le bois, un morceau de papier apparut, portant les signes en patte d’oiseau de l’écriture kénoïte. Fébrilement, Téraï le déroula, et il se mordit les lèvres.
— Des nouvelles de Laélé. Mauvaises. Elle a été capturée par les prêtes de Béelba, et doit être sacrifiée demain à l’aube, avec six autres jeunes femmes, au temple rouge, sur la place d’armes. Elle est actuellement enfermée dans les souterrains du temple.