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Les fous de Baalbek

Электронная книга - «Les fous de Baalbek». Краткое содержание книги:

Malko n’osait plus bouger, même d’un millimètre. L’explosion pouvait se produire s’il tendait encore plus le fil. Mais la première tension pouvait aussi avoir été le système d’armement de la machine infernale, se déclenchant alors si on relâchait le fil…
Dans les deux cas, il était cloué au sol.
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Neyla se retrouva sur le plancher, le goût amer du sperme dans la bouche. Au bord de l’évanouissement. Ils se trouvaient sur les crêtes dominant Chouaïfat. Elle calcula qu’ils seraient à Beyrouth dans une demi-heure : son supplice allait prendre fin.

* * *

Malko, ballotté de droite et de gauche, ne quittait pas des yeux la Mercedes blanche. Il n’avait guère d’illusions sur le sort de Neyla. Pourvu seulement que ce ne soit pas trop abominable … Pour essayer de ne pas penser à ce qu’on faisait subir à la jeune chiite, il se concentra sur la suite de sa mission. Maintenant, il savait au moins ce que préparaient les Fous de Baalbek. Une attaque par ULM-suicide. L’attentat imparable. Les remparts de terre ou de béton n’avaient pas le pouvoir d’arrêter un ULM … Mais où voulaient-ils frapper ? Et surtout, où était leur base de départ à Beyrouth ?

Il avait encore un énorme travail. La trouver et la détruire avant qu’ils ne soient prêts.

Mission quasi impossible dans une ville où il ne disposait pratiquement d’aucun allié.

La voiture s’arrêta encore. Il commençait à avoir l’habitude des barrages. Mais, cette fois, il aperçut des bérets rouges, des tenues disparates, des hommes mal rasés : ce n’était plus l’armée syrienne. Des miliciens du PSP. Ils arrivaient à Beyrouth par la route du sud, celle qui permettait à Amal de se ravitailler en munitions, directement chez les Syriens. Il allait donc débarquer en plein territoire hostile …Pas bon, ça.

Les Syriens, on pouvait encore discuter avec eux. Les chiites d’Amal, analphabètes, désorganisés, anarchiques, pouvaient se montrer plus méfiants. Maintenant, sa tête était mise à prix par les Syriens, leurs alliés … La gorge serrée, il surveilla la descente sur Beyrouth dont on apercevait les lumières en contrebas. Les véhicules roulaient plus lentement, on distinguait une activité intense sur les bords de la route. Soudain, un homme se dressa dans le faisceau des phares et les deux voitures stoppèrent brusquement. Il entendit une explosion sourde et une gerbe de flammes rouges jaillit cent mètres devant eux.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il à son voisin.

— Ces salauds de phalangistes ! fit le Libanais. Un barrage d’artillerie !

C’était un comble : il risquait de se faire tuer par ses alliés ! Plusieurs autres obus tombèrent un peu plus loin. Puis les longues flammes de départ d’un « orgue de Staline » illuminèrent les pins, non loin de la voiture, et il réalisa qu’il était au beau milieu d’un point d’appui druze ! Une belle cible …

Heureusement, un milicien leur fit de grands signes et les deux voitures démarrèrent sur les chapeaux de roues, dévalant la route sinueuse comme au Rallye de Monte-Carlo …

Malko retenait sa respiration : un seul obus et ils étaient transformés en chair à pâté. Cinq cents mètres plus bas, ils arrivèrent sur un poste allumé et paisible. Tous les occupants de la voiture explosèrent en vociférations de soulagement.

Ils repartirent plus lentement et, un quart d’heure plus tard, stoppèrent en face d’un garage au milieu de maisons éventrées, dans un chemin boueux, mal éclairé. Tous sortirent de la vieille Mercedes, Malko le dernier. Il eut un choc : la limousine blanche avait disparu. Le faisceau d’une lampe électrique l’éblouit. Plusieurs hommes armés l’entouraient. On le tâta sur toutes les coutures puis, par gestes, on lui fit signe de mettre ses mains sur la tête. La torche éclaira fugitivement le portrait de l’imam Moussa Sadr cousu sur la manche d’un des miliciens.

Il était prisonnier d’Amal. Les complices des Fous de Baalbek.

Chapitre XIII

Le canon d’un Kalachnikov heurta douloureusement les reins de Malko. Les visages autour de lui arboraient toutes les expressions de la méfiance à la haine. S’il s’affolait, il était perdu. Imperturbablement, il brandit le laissez-passer délivré par Amal en répétant :

— Sahafi, sahafi[17] !

Ça n’avait pas l’air d’impressionner ses interlocuteurs. Tout en le rudoyant, ils le conduisirent vers leur permanence, une maison de deux étages entourée de barbelés et le firent entrer dans une pièce décorée des portraits en couleur de Moussa Sadr et des « martyrs » chiites, des jeunes gens à l’air angélique. Plusieurs miliciens l’encadrèrent, Kalachnikov braqués. Il ignorait même dans quel quartier de la banlieue sud il se trouvait. Un homme plus âgé, pas rasé, entra à son tour et demanda en mauvais anglais :

— Qui êtes-vous ?

— Un journaliste, dit Malko, voilà mes papiers.

L’autre les parcourut attentivement, les posa sur la table, et remarqua d’une voix chargée de sous-entendus :

— Vous travaillez pour une radio américaine. Ces hommes disent que vous êtes un espion sioniste. La route que vous avez empruntée est interdite à tous les étrangers, même les journalistes. Il y a des secrets militaires.

— Qui sont ceux qui m’ont arrêté ?

— Les miliciens d’Amal. Que faisiez-vous sur cette route ?

C’était un comble ! Malko essaya de garder son calme sous les regards hostiles et les visages fermés.

— On ne m’a pas demandé mon avis, dit-il, je voyageais avec Abu Chaki, le marchand de voitures. Je ne sais pas quelle route on a pris. Je ne conduisais pas.

— D’où veniez-vous ?

Dire la vérité ou pas ? S’il mentait, il se rendait aussitôt suspect. S’il la disait, cela risquait d’entraîner d’autres questions encore plus gênantes. Il se souvint à temps que le téléphone ne marchait pas entre Baalbek et Beyrouth. Ce qui lui donnait un léger avantage …

— De Baalbek, dit-il.

Le mot « Baalbek » provoqua un frémissement dans l’assistance. Son interrogateur demanda aussitôt :

— Que faisiez-vous à Baalbek ? C’est aussi une zone militaire interdite.

— Je suis allé voir Abu Chaki. Pour un problème de voiture.

— Pourquoi n’est-il pas avec vous ?

— Il ne doit pas être loin, dit Malko. Nous sommes arrivés ensemble. Avec la Mercedes blanche.

— Ce n’est pas à nous de le trouver, fit remarquer sèchement celui qui l’interrogeait, sorte de « commissaire politique ». Nous allons vous garder ici jusqu’à ce que votre cas soit éclairci …

C’était la catastrophe. Même si les communications étaient lentes avec Baalbek, ils finiraient par découvrir la vérité. La peau de Malko ne vaudrait alors pas cher. Ce salaud d’Abu Chaki avait filé pour profiter un peu plus de Neyla. Déjà, les miliciens l’entouraient, menaçants, essayant de le pousser dans un cagibi minuscule, sa cellule improvisée. Le bruit d’une altercation leur parvint de l’extérieur. Avec une voix de femme aiguë.

— Neyla ! cria Malko.

La porte s’ouvrit avec fracas sur la chiite, tirant derrière elle un jeune milicien qui essayait de l’empêcher d’entrer. Tout le monde s’immobilisa. Dans un arabe saccadé, la jeune femme entreprit de s’expliquer avec le « commissaire politique », lui tendant un bout de papier sur lequel il se pencha avec une attention sourcilleuse.

Nouvelle discussion en arabe. Malko demanda en anglais :

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Tout va s’arranger, assura Neyla. Abu Chaki nous attend …

Le « commissaire politique » replia le papier, perplexe, fit encore une longue palabre et enfin se tourna vers Malko :

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Journaliste !

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