Aux frais de la princesse
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #158
- Год: 1993
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-00016-7
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Aux frais de la princesse». Краткое содержание книги:
Eh bien ! figure-toi qu'il a disparu !
Volatilisé, le bouffeur de chagattes !
En même temps qu'une petite comédienne dont les « coups de chaleur » sont réputés à Paris et dans la France métropolitaine. En apprenant ça, tu te dis qu'ils sont allés enfiler le parfait amour dans un coin peinard ?
Zob, mon pote ! A côté de la plaque ! Quand tu sauras ce qui s'est passé, t'auras les roustons qui te gicleront des orbites !
Dans ce book, on y va à fond la caisse !
Emporte ton détachant pour les éclaboussures !
« — Jim ! Tu te chargeras de l’attaché-case. »
………
« — Hé ! le melon ! Tu aperçois cette boulangerie, sur la droite ? Tout de suite après, il y a une impasse, tu y pénétreras. »
…………
Le gosse vient de chuchoter que la boulangerie en question s’appelle « Au Pain doré ».
…………
La voiture vient de s’arrêter.
(Voix d’un des gars :)
« — Occupe-toi de Sidi-Bel-Abbes, Jim ! Je file devant avec Ducon. »
— Attends, le môme chuchote…
Mathias répète :
« — Renault 5 rouge, 2, 4, 7, 9, M, R, G, 7, 5. »
— Magnifique ! exulte Justin Coudebyte. On va pouvoir lancer une alerte générale.
Et ma pomme :
— Non, mon vieux. Si on fait ça, c’est foutu.
— Mais le garçon ?
Je ne réponds rien. Je pense à ma Félicie, la chère chérie. Si elle savait quels risques je fais courir à Toinet, elle croirait que j’ai perdu l’oraison, comme disait Bossuet.
Notre chauffeur fait chuter une poubelle intempestive. Des passants nous font le poing (et pas dans la poche !). Ça y est, voilà la rue du Bac ! La boulangerie d’où s’échappent d’embaumantes odeurs.
— Le contact est rompu ? interrogé-je.
— Le ravisseur d’Antoine a commencé une phrase dont je n’ai pas entendu la fin. Il a dit : « Tu sais que t’es belle avec ça ? » Je pense qu’il devait s’agir de la boucle d’oreille et qu’il la lui a arrachée !
— Merde !
— Alors, monsieur le directeur, l’alerte générale ? revient à la charge Justin Coudebyte.
Je soupire :
— Evidemment !
Il fait le nécessaire sans me quitter de son regard opprobrateur. Dans sa prunelle zébrée d’un trait de vinaigre, comme les œufs au plat de mon Dauphiné natal, je lis : « Si on ne retrouve pas le môme à temps, ce sera à cause de tes quelques minutes d’hésitation, grand bellâtre à la con ! »
Comme l’a prévu Mathias, le conducteur du taxi a bel et bien été contondé de première. On lui a gaufré la calebasse au moyen d’un outil d’acier car sa boîte crânienne a craqué et le pauvre Arbi va en avoir pour lurette avant de retrouver son volant, en admettant qu’on puisse lui colmater la coquille.
Le temps d’évaluer le désastre et on repart. Direction : Porte d’Italie. In my opinion, les tourmenteurs de mon « fils » se dirigent vers l’autoroute de l’Ouest. Pourtant, s’ils comptaient entreprendre un long trajet, se seraient-ils assurés le concours d’une petite voiture ? Quand on vole des tires (comme la Porsche de tout à l’heure par exemple) on n’a que l’embarras du choix.
Parvenus à l’embranchement, je renonce.
Ma gamberge emmêlée se débroussaille un chouïa. J’opère un raisonnement inverse. Ça ne rime rien, un long départ. Le rapt d’Antoine a été préparé très intelligemment. Si une voiture attendait le relais à Saint-Germain-des-Prés, c’est parce qu’elle n’avait plus très loin où aller. Sinon elle aurait été placée beaucoup plus près de l’hôtel, pour rendre la décarrade plus rapide.
Un grondement de torrent en crue emplit ma tête : c’est celui de mon cœur en folie. S’il continue de la sorte, je vais le dégueuler dans la tire de Coudebyte.
Trois quarts d’heure d’errements éperdus. Et brusquement, la nouvelle tombe :
— L’auto rouge a été retrouvée devant le 8 de la rue du Sergent-Barrayer, à Denfert-Rochereau.
Vide.
Le 8 concerne une construction de deux étages, passablement décrépite. Un Utrillo ! Paris qu’engloutit le béton conserve encore, de-ci, de-là, les pustules d’un passé où il était encore Paris. Maintenant qu’il pyramide du Louvre, qu’il arche de la Défense et colonne de Buren ; maintenant que les voies de grande circulation le fouillent, le forent, le torturent et que des gratte-ciel tentaculaires pour population tant acculée, le font ressembler à São Paulo, il n’est plus qu’un Paris de nécessité. Un jour viendra, je redoute, où les principaux monuments seront conservés sous d’immenses cloches de plexiglas pour être protégés des agressions gazeuses et mycologiques auxquelles l’homme, lui, aura su s’adapter.
Je t’en reviens à cet Utrillo. Sur le mur qui le protégeait (car il est en ruine), on peut encore lire « Octroi ». C’est devenu, depuis le temps des gapians, la crèche d’un fondeur en je ne sais quoi. Dans le jardin et la cour qui l’entourent, on voit une accumulation de choses en fonte : des bancs de square, des tables de jardin, des vasques pour bassins de châteaux, et une foule de ces énormes objets d’extérieur que ce con de Louis XIV a laissés derrière lui, pompeux étrons de son interminable règne.
Je pénètre dans la maison. C’est lépreux, silencieux ou presque (téloche), cela sent la misère survenue par inadvertance, lustre après lustre, presque à l’insu des locataires. Je finis par dénicher deux vieillards dans une pièce du bas. La vieillarde est au lit, dans une vaste cuisine où règne une chaleur tropicale. Calée par des hardes, elle regarde la téloche où est diffusé un reportage étourdissant sur la vie édifiante du wapiti, ce grand cervidé d’Amérique du Nord qui fait tant pour les joueurs de scrabble. Le vieillard, quant à lui, conserve encore suffisamment de mobilité pour pouvoir s’occuper de sa femelle. Il est étrangement accoutré d’un pantalon de velours, verdi sans jamais avoir été verdâtre, d’un polo de laine beige et surtout d’un gros tablier de cuir, reliquat d’une longue vie professionnelle qu’il ne se résout pas à abandonner.
Notre arrivée ne le surprend pas. Avant que j’aie eu le temps de me présenter, il dit :
— Derrière la maison, à droite de la cabane à outils.
Commako, sans se retourner.
Quelque peu interloqué, je demande :
— De quoi parlez-vous, cher monsieur ?
Pour la first fois, il me regarde. Lui qu’est surpris.
— Je pensais que vous cherchiez l’entrée…
— L’entrée de quoi, monsieur Montbourrin ? (Son nom est écrit sur la bande-adresse du journal France Debout auquel il est abonné mais qu’il ne lit plus depuis qu’il a cassé ses lunettes.)
— Ben, des catacombes !
Le mot m’a toujours fait frissonner. Ça remonte à ma petite enfance, quand bonne-maman me racontait des histoires vachement funèbres auxquelles ces anciennes carrières souterraines transformées en cimetière servaient de cadre.
Je réalise soudain que nous nous trouvons pile au-dessus de ces galeries peuplées d’ossements.
— Si ce n’est pas l’entrée des catacombes, qu’est-ce que vous cherchez ?
— Police ! réponds-je. Nous traquons des criminels dont la voiture stationne devant votre maison.
— Alors ils sont partis par les catacombes ; c’est pas la première fois que la chose se produit. Il y a pas mal d’entrées dans notre quartier.
— Merci ! fais-je en m’élançant.
— Hé ! pas si vite ! me hèle l’homme de Cro-Magnon. Vous connaissez le circuit ? Sinon, sans guide, vous vous perdez ! Des gens sont morts de s’être aventurés là-dessous sans connaître.
Il me stoppe.
Je me tourne vers Justin Coudebyte.
— Appelle à la Grande Boutique : qu’on mette quelqu’un à chacune des issues des catacombes.
— Ça va prendre du temps !
— On ne peut pas ne pas le faire ! Dis qu’on se grouille ! S’ils sont entrés dans ces galeries, ce n’est pas pour se « rendre quelque part », mais pour y « faire quelque chose ».
Je baisse la voix en disant cela, craignant que le « quelque chose » en question soit la « neutralisation », après interrogatoire poussé, de mon Toinet.