Chroniques
- Автор: Де Мопассан Ги
- Серия: L’œuvre de Guy de Maupassant #38
- Язык: французский
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Электронная книга - «Chroniques». Краткое содержание книги:
La pièce, présentée au Théâtre-Français, a été reçue à l’unanimité par le comité, et allait être jouée quand le ministre s’y est opposé.
Voilà qui est trop fort et trop bête ou trop couard ! L’homme, le citoyen quelconque, l’élu de je ne sais où qui est, aujourd’hui, ministre de l’Instruction publique veut-il par hasard nous faire croire qu’on n’a pas fusillé des prêtres et d’autres gens sous la Commune ? C’est .comme si on voulait nous insinuer que les Versaillais n’ont pas fusillé des communards et même aussi d’autres gens. De qui a-t-on peur ? De M. Coppée ? – Non. – Des spectateurs ordinaires du Théâtre-Français ? Quel étonnement ! – Non ! – Alors, de qui ? Des communards ? Mais ils ne sont pas encore en masse à la Comédie-Française. Ils n’y feront pas de bruit, soyez tranquilles. De qui donc a-t-on peur ? De qui ? Des communards qui sont au pouvoir, peut-être ?
Peur ! Voilà. On a peur. On a peur de tout le monde, et tout le monde a peur sous ce régime. Croyez-vous qu’ils ont des principes, des croyances, des convictions ou des idées ? Non, ils ont peur. Peur de l’électeur, peur des villes, peur des campagnes, peur des majorités, peur du papier, surtout du papier des votes, et de l’autre, celui des journaux ; peur de l’opinion, cette rouleuse ; peur de ce qu’ils disent, de ce qu’ils font, de ce qu’ils pensent et peur de leur ombre, c’est-à-dire de l’ombre des poltrons.
Quand un ministre craintif a tremblé au jour où M. Zola et M. Busnach allaient faire jouer Germinal sur un théâtre populaire, on a ri et on a protesté, mais on a compris que l’appréhension d’une bagarre pouvait faire hésiter cet illettré inquiet.
Quand le gouvernement, ému pour la réputation de l’armée, poursuit le livre de M. Descaves, nous protestons encore au nom du principe inviolable de la liberté de pensée ; cependant, nous sommes sans étonnement sur les défenseurs violents du prestige militaire.
Mais quand nous apprenons que le préposé à l’instruction nationale interdit de son autorité privée, de son autorité d’incompétent parvenu, la représentation d’une pièce de M. François Coppée reçue à l’unanimité par le comité de la Comédie-Française, nous crions : « C’est trop ridicule, à la fin : guerre à ces gens-là ! »
Ils prétendent, ces niais, qu’il y a péril pour la République ! Péril pour la République ! Un péril préparé, médité par M. Coppée, ce pétroleur – ou ce jésuite – car le danger peut venir de droite ou de gauche dans cette pièce où l’on parle en même temps de la Commune et de la religion ; un péril favorisé par M. Claretie, un péril auquel ont concouru sournoisement tous les sociétaires de la Comédie !
Dieu, est-ce bête ! C’est pour l’intelligence française et pour notre réputation de peuple libre et spirituel qu’il y a péril, qu’il y aura grand péril tant que nous serons entraînés à la dérive de leurs paniques par ces outres vides et flottantes des votes populaires.
A force d’être médiocres, ces hommes sont redoutables comme ces épidémies, bénignes au début, qui deviennent invincibles et chroniques ; à force d’amoindrir le pays, de le rapetisser à leurs idées, d’y semer leurs procédés, ils finiront par le détruire ; et si, en matière de gouvernement, l’indifférence pour la forme me paraît être un dogme de sage, pourvu que cette forme soit appliquée au mieux des intérêts matériels et intellectuels du pays, il n’en est point de même pour ceux qui détiennent le pouvoir en des mains maladroites, ignorantes ou trembleuses.
Les servantes
(Les types de Paris, 1889)
Le premier soleil printanier tombe tiède, vif et clair sur les grandes prairies normandes. La terre sue de la verdure, s’en couvre comme d’une bave verte. Les arbres s’enveloppent de feuilles, la plaine se cache sous l’herbe haute, drue, reluisante, et l’on voit entre les haies les filles de ferme aux jupes courtes tirer vers les pâturages les lourdes vaches dont les mamelles pendent ballotées entre leurs cuisses. Elles vont, la fille devant, la bête derrière, la fille traînant, la bête traînée, l’une pressée et l’autre lente, n’ayant l’une et l’autre au fond des yeux que les reflets verts des arbres et des herbes. A quoi pensent-elles ? A quoi songe la pauvre fille qui gagne douze francs par mois, qui couche sur la paille d’un grenier, s’habille de quatre loques, et sans avoir jamais lavé dans l’eau froide d’une rivière ou dans l’eau chaude d’une baignoire son corps nerveux, fort comme celui d’un homme, voudrait peut-être le parer pour plaire au charretier qui laboure là-bas au bout de la plaine, derrière la maigre charrue que traînent deux chevaux roux ? Dans son rêve animal et court passe la boutique ambulante du marchand de rubans, de bonnets et de fichus, qui rôde sur les routes en tentant les paysannes. Elle entend le grelot de l’âne, le jappement du chien, le cri de l’homme qui annonce ses marchandises ; et l’envie veille en son pauvre cœur de brute, l’envie d’être parée, par les belles matinées des dimanches, pour passer devant les garçons, en entrant à l’église.
Le premier soleil printanier tombe tiède, vif et clair, sur les grands arbres des Champs-Élysées.
De la place de la Concorde au rond-point, sous les marronniers en dôme, où piaillent les moineaux dans les feuilles, un peuple d’enfants joue sur le sable. Les tout-petits sont accroupis et maçonnent des buttes de leurs mains maladroites, d’autres plus grands roulent des cerceaux ou combinent des amusements en des conciliabules sérieux qui réunissent les garçons aux jambes nues et les fillettes en jupes courtes.
Les parents et les bonnes assis sur les bancs, sous l’ombre des verdures renaissantes, rêvassent, lisent ou tricotent et regardent d’un œil distrait couler vers le bois de Boulogne le fleuve luisant des roues qui tournent. C’est un flot noir, continu, roulant, de fiacres, de landaus, de victorias, et de chapeaux clairs, et d’ombrelles, et de livrées aux boutons brillants. Les fouets défilent innombrables, pareils aux lignes d’une armée de pêcheurs noyés qu’emporterait le courant. Mais sous les arbres les nourrices vont deux par deux, un enfant au bras, d’un pas lourd de bêtes laitières, berçant l’humanité nouvelle sur l’oreiller de chair de leurs molles et grandes mamelles. Elles parlent de temps en temps, avec l’accent de la campagne lointaine, avec des patois champêtres qui font rêver aux pesantes vaches brunes couchées dans les herbages.
Elles vont, les grosses femmes pleines de lait, en se balançant et se souvenant des prés, sans autres idées et sans autres désirs que ceux du pays délaissé, presque indifférentes aux rubans de soie rouges, bleus ou roses si larges, si longs, qui traînent dans leur dos, de leur nuque à leurs pieds, presque indifférentes au beau bonnet, léger comme une crème sur leur tête, presque indifférentes à toute cette élégance dont les mères les ont parées, les pauvres petites mères maigres et pâles qui habitent ces riches hôtels le long de la vaste avenue.