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Le vicomte de Bragelonne Tome III

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Contre moi?

– Non, contre moi.

– Bah! que ce soit lui ou que ce soit moi qui vous présente, puisque vous deviez être présenté, c’est la même chose.

– On devait me faire faire des habits.

– Les vôtres sont splendides.

– Oh! ceux que j’avais commandés étaient bien plus beaux.

– Prenez garde, le roi aime la simplicité.

– Alors je serai simple. Mais que dira M. Fouquet de me savoir parti?

– Êtes-vous donc prisonnier sur parole?

– Non, pas tout à fait. Mais je lui avais promis de ne pas m’éloigner sans le prévenir.

– Attendez, nous allons revenir à cela. Avez-vous quelque chose à faire ici?

– Moi? Rien de bien important, du moins.

– À moins cependant que vous ne soyez l’intermédiaire d’Aramis pour quelque chose de grave.

– Ma foi, non.

– Ce que je vous en dis, vous comprenez, c’est par intérêt pour vous. Je suppose, par exemple, que vous êtes chargé d’envoyer à Aramis des messages, des lettres.

– Ah! des lettres, oui. Je lui envoie de certaines lettres.

– Où cela?

– À Fontainebleau.

– Et avez-vous de ces lettres?

– Mais…

– Laissez-moi dire. Et avez-vous de ces lettres?

– Je viens justement d’en recevoir une.

– Intéressante?

– Je le suppose.

– Vous ne les lisez donc pas?

– Je ne suis pas curieux.

Et Porthos tira de sa poche la lettre du soldat que Porthos n’avait pas lue, mais que d’Artagnan avait lue, lui.

– Savez-vous ce qu’il faut faire? dit d’Artagnan.

– Parbleu! ce que je fais toujours, l’envoyer.

– Non pas.

– Comment cela, la garder?

– Non, pas encore. Ne vous a-t-on pas dit que cette lettre était importante.

– Très importante.

– Eh bien! il faut la porter vous-même à Fontainebleau.

– À Aramis.

– Oui.

– C’est juste.

– Et puisque le roi y est…

– Vous profiterez de cela?…

– Je profiterai de cela pour vous présenter au roi.

– Ah! corne de bœuf! d’Artagnan, il n’y a en vérité que vous pour trouver des expédients.

– Donc, au lieu d’envoyer à notre ami des messages plus ou moins fidèles, c’est nous-mêmes qui lui portons la lettre.

– Je n’y avais même pas songé, c’est bien simple cependant.

– C’est pourquoi il est urgent, mon cher Porthos, que nous partions tout de suite.

– En effet, dit Porthos, plus tôt nous partirons, moins la lettre d’Aramis éprouvera de retard.

– Porthos, vous raisonnez toujours puissamment, et chez vous la logique seconde l’imagination.

– Vous trouvez? dit Porthos.

– C’est le résultat des études solides, répondit d’Artagnan. Allons, venez.

– Mais, dit Porthos, ma promesse à M. Fouquet?

– Laquelle?

– De ne point quitter Saint-Mandé sans le prévenir?

– Ah! mon cher Porthos, dit d’Artagnan, que vous êtes jeune!

– Comment cela!

– Vous arrivez à Fontainebleau, n’est-ce pas?

– Oui.

– Vous y trouverez M. Fouquet?

– Oui.

– Chez le roi probablement?

– Chez le roi, répéta majestueusement Porthos.

– Et vous l’abordez en lui disant: «Monsieur Fouquet, j’ai l’honneur de vous prévenir que je viens de quitter Saint-Mandé.»

– Et, dit Porthos avec la même majesté, me voyant à Fontainebleau chez le roi, M. Fouquet ne pourra pas dire que je mens.

– Mon cher Porthos, j’ouvrais la bouche pour vous le dire; vous me devancez en tout. Oh! Porthos! quelle heureuse nature vous êtes! l’âge n’a pas mordu sur vous.

– Pas trop.

– Alors tout est dit.

– Je crois que oui.

– Vous n’avez plus de scrupules?

– Je crois que non.

– Alors je vous emmène.

– Parfaitement; je vais faire seller mes chevaux.

– Vous avez des chevaux ici?

– J’en ai cinq.

– Que vous avez fait venir de Pierrefonds?

– Que M. Fouquet m’a donnés.

– Mon cher Porthos, nous n’avons pas besoin de cinq chevaux pour deux; d’ailleurs, j’en ai déjà trois à Paris, cela ferait huit; ce serait trop.

– Ce ne serait pas trop si j’avais mes gens ici; mais, hélas! je ne les ai pas.

– Vous regrettez vos gens?

– Je regrette Mousqueton, Mousqueton me manque.

– Excellent cœur! dit d’Artagnan; mais, croyez-moi, laissez vos chevaux ici comme vous avez laissé Mousqueton là-bas.

– Pourquoi cela?

– Parce que, plus tard…

– Eh bien?

– Eh bien! plus tard, peut-être sera-t-il bien que M. Fouquet ne vous ait rien donné du tout.

– Je ne comprends pas, dit Porthos.

– Il est inutile que vous compreniez.

– Cependant…

– Je vous expliquerai cela plus tard, Porthos.

– C’est de la politique, je parie.

– Et de la plus subtile.

Porthos baissa la tête sur ce mot de politique; puis, après un moment de rêverie, il ajouta:

– Je vous avouerai, d’Artagnan, que je ne suis pas politique.

– Je le sais, pardieu! bien.

– Oh! nul ne sait cela; vous me l’avez dit vous-même, vous, le brave des braves.

– Que vous ai-je dit, Porthos?

– Que l’on avait ses jours. Vous me l’avez dit et je l’ai éprouvé. Il y a des jours où l’on éprouve moins de plaisir que dans d’autres à recevoir des coups d’épée.

– C’est ma pensée.

– C’est la mienne aussi, quoique je ne croie guère aux coups qui tuent.

– Diable! vous avez tué, cependant?

– Oui, mais je n’ai jamais été tué.

– La raison est bonne.

– Donc, je ne crois pas mourir jamais de la lame d’une épée ou de la balle d’un fusil.

– Alors, vous n’avez peur de rien?… Ah! de l’eau, peut-être?

– Non, je nage comme une loutre.

– De la fièvre quartaine?

– Je ne l’ai jamais eue, et ne crois point l’avoir jamais; mais je vous avouerai une chose…

Et Porthos baissa la voix.

– Laquelle? demanda d’Artagnan en se mettant au diapason de Porthos.

– Je vous avouerai, répéta Porthos, que j’ai une horrible peur de la politique.

– Ah! bah! s’écria d’Artagnan.

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