Les Larmes De Marie-Antoinette [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #8
- Год: 2006
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Les Larmes De Marie-Antoinette [fr]». Краткое содержание книги:
Elle habitait rue de l’Indépendance américaine, une de ces anciennes demeures de dignitaires, construites de briques et de pierres blanches afin d’être en harmonie avec un élément du château appelé l’aile des Princes qui, face au Grand Commun, occupait une partie de la rue. De ses fenêtres elle avait vue sur l’Orangerie, ce que beaucoup considéraient comme un privilège. Ceux tout au moins qui ne résidaient pas dans ce beau quartier du vieux Versailles, noyau de la ville royale, bâti entre la cathédrale Saint-Louis et le palais du Soleil couronné.
Laissant Adalbert tenir compagnie à Tante Amélie, Aldo et Marie-Angéline choisirent de s’y rendre à pied. Le temps était redevenu clément même si l’air bleuté restait un peu froid pour la saison. Tous deux appréciaient cette promenade d’environ un kilomètre à travers la noble cité. Lavé de frais, Versailles étincelait et embaumait la terre, l’herbe et les plantes mouillées mêlées à une légère senteur de bois brûlé évocatrice de flambées allumées dans les cheminées pour lutter contre l’humidité. Plan-Crépin adorait marcher. Quant à son compagnon, si le footing n’était pas son sport favori – bien qu’il fût capable de fournir de longues distances ! – il aimait déambuler – parfois sans but précis – lorsque quelque chose le tourmentait. Ce qui était le cas…
Lorsque Adalbert avait stoppé son bruyant moteur devant la maison de Karloff, l’écho d’un chant religieux prit sa place. Deux voix féminines – l’une frêle, l’autre grave – interprétaient en russe ce qui paraissait être un hymne à la douleur :
— On n’en est tout de même pas déjà aux funérailles ? marmotta-t-il.
Plus qu’inquiet, Aldo ouvrit la barrière du jardin et s’avança vers la maison redoutant de trouver ces femmes en train de chanter devant un corps étendu sans vie comme cela se faisait en Russie. La porte n’étant pas fermée à clef, il l’ouvrit mais son élan s’arrêta au seuil d’une pièce assez grande qui devait servir de salle à manger et de salon. Sur le mur du fond, plusieurs icônes étaient disposées autour de celle, nettement plus importante, de Notre-Dame de Kazan, le tout éclairé par une demi-douzaine de cierges, devant lesquelles deux femmes à genoux chantaient en pleurant. Deux femmes à peu près du même âge mais aussi différentes que leurs voix. L’une, taillée comme un grenadier dont elle possédait le timbre profond, dépassait d’une tête sa compagne fragile et délicate dont les cheveux blancs sortaient du fichu violet noué sous le menton. Celle-là très certainement était l’épouse du colonel même si l’autre pleurait plus fort qu’elle.
Il fallut attendre sans bouger que le cantique fût achevé puis une série de génuflexions et de signes de croix alternant avec ce qui avait l’air d’une litanie. Cela fait, la plus imposante aida sa compagne à se relever et la conduisit vers la table où fumait le samovar. À ce moment elles s’aperçurent qu’elle avaient des visiteurs.
— Vous voulez quoi ? demanda le « grenadier » sans s’encombrer de politesse superflue en croisant sur une poitrine généreuse des bras de lutteur.
— Voir Mme Karlova, répondit Aldo en s’inclinant devant la petite dame. Si toutefois elle y consent. Voici M. Vidal-Pellicorne de l’Institut et je me nomme Aldo Morosini. Nous sommes des amis du colonel et nous souhaitons…
La grande émit alors une sorte d’ululement et se tourna vers les images pieuses dans l’intention évidente de s’y précipiter pour entamer sans doute un nouveau lamento quand sa compagne l’arrêta d’un sec :
— Cela suffit, Marfa ! Le temps de la prière reviendra ! Pour le moment, je désire entendre ces messieurs qui apportent peut-être des nouvelles ! Je sais qui vous êtes, ajouta-t-elle en ébauchant un courageux sourire qu’elle ne put achever. Prenez place s’il vous plaît ! Et dites-moi si vous savez où est mon époux.
Elle leur désignait des sièges qu’ils prirent tandis que Marfa choisissait de se consacrer au samovar et sortait les tasses selon les rites de l’hospitalité russe.
— Nous espérions le trouver ici, madame, mais si je comprends bien il n’est pas rentré ?…
— Non… et c’est la première fois que le jour s’est levé sans que je sache où il est. Même quand il travaillait la nuit, il s’arrangeait pour me prévenir quand il devait s’attarder. Depuis hier où il m’a dit par téléphone qu’il rentrerait sans doute tard, je ne sais plus rien.
— Nous en savons à peine plus, madame, dit Adalbert. La dernière fois que nous l’avons vu il s’était garé près du théâtre Montansier afin de nous prêter main-forte au cas où il aurait fallu poursuivre le personnage mystérieux avec lequel nous avions rendez-vous près du bassin du Dragon et en compagnie de la police, d’ailleurs…
— Ce personnage s’est échappé et il l’a suivi ?
— Non. L’homme ne s’est pas présenté. Il n’y a donc pas eu de poursuite, mais quand nous avons voulu rejoindre le colonel, il avait disparu… Cependant, ne perdez pas l’espoir, je vous en supplie, ajouta Aldo en voyant s’assombrir les yeux bleus de Liouba Karlova. Vous le connaissez mieux que nous et vous devez savoir que lorsqu’il flaire une piste, il ne peut s’empêcher de la suivre. Peut-être a-t-il vu quelque chose pendant qu’il attendait et voulu en savoir plus ? Au fond, il n’est en retard que de quelques heures…
Il s’efforçait de la rassurer en essayant de se convaincre lui-même parce que, tout à coup, l’angoisse de cette femme âgée, qui avait dû être très belle et en gardait des traces, lui était insupportable. Il ne pouvait être arrivé malheur au bouillant colonel. Ce couple avait vécu l’enfer de la révolution d’Octobre. Il ne pouvait pas, ne devait pas être séparé. Pas déjà !… Avalant d’un trait le thé qu’on lui avait servi, il se leva, s’inclina en allumant son plus beau sourire :
— Nous allons, immédiatement, prévenir le commissaire Lemercier et nous mettre en chasse…
Tout en parlant, une idée lui venait, si simple qu’il s’en voulait de ne pas y avoir pensé plus tôt et qu’il livra à Adalbert dès qu’ils eurent repris la voiture :
— Le groom qui a apporté la lettre ! S’il l’avait suivi ?
— Pour quoi faire ? C’est à coup sûr l’un de ceux du Trianon… ou d’un autre hôtel, exécutant la commande d’un client qu’il n’a peut-être pas vu…
— On va quand même voir ce qu’en pense la police… et signaler la disparition du colonel…
Malheureusement, Lemercier enregistra le fait – avec agacement d’ailleurs, l’irascible chauffeur de taxi étant pour lui capable de faire n’importe quoi pour se rendre intéressant ! –, l’histoire du groom le mit aussitôt en colère :
— Que croyez-vous que je fasse de mon temps ? brailla-t-il. J’y ai pensé avant vous, mon cher monsieur ! Le gamin a été interrogé : c’est l’un de ceux du Palace, et hier, en venant prendre son service, il a trouvé dans la poche de son uniforme la lettre, un mot indiquant ce qu’il convenait d’en faire et un billet de banque. Le correspondant anonyme ajoutait qu’il en aurait autant une fois sa mission accomplie. Ce qui s’est passé… Alors laissez-moi travailler en paix !
Sachant pertinemment comment la question serait reçue, on se garda sagement de demander le nom du garçon.
— S’il l’a trouvé, j’y arriverai aussi ! assura Adalbert. Je vais m’en occuper pas plus tard que maintenant ! Va à ton Comité…