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Les montagnes de Majipoor [The Mountains of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les montagnes de Majipoor [The Mountains of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Majipoor est l’une des plus belles créations de Robert Silverberg. Il a exploré l’histoire et la géographie de cette planète géante dans trois de ses oeouvres les plus fameuses, Le château de Lord Valentin, Chroniques de Majipoor et Valentin de Majipoor.
Dans le quatrième volet de cette immense fresque, indépendant des précédents, il s’attache à suivre le destin du prince Harpirias. Ce jeune homme brillant et plein d’avenir a offensé par mégarde l’un des hommes les plus influents de Majipoor, et le voilà relégué dans une lointaine province à un obscur poste administratif qui le fait périr d’ennui. Son seul espoir de regagner un jour le Mont du Château passe par une mission dangereuse. Il lui faudrait, au péril de sa vie, s’aventurer chez des barbares mythiques qui peupleraient une vallée perdue tout près du pôle glacé pour négocier la libération de quelques savants. Flanqué de rudes Skandars à quatre bras et d’un interprète Métamorphe à la loyauté incertaine, il se risque sans enthousiasme loin du monde, loin de ce qu’il croit être la vie. Pour y apprendre le courage et y trouver, peut-être, l’amour.
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Harpirias se remémora la fable de la création que Korinaam lui avait racontée pendant le voyage – celle qui parlait du grand animal parcourant dans la solitude les montagnes du septentrion, cet unique habitant de la planète, qui avait donné naissance aux premiers Piurivars avec sa langue, en léchant un bloc de glace. Cette légende avait appris à Harpirias que les Piurivars croyaient que le pays des glaces était leur patrie d’origine, d’où s’étaient effectuées les migrations qui leur avaient permis de rayonner sur toute la surface de Majipoor.

Ces sauvages démons des glaces étaient-ils les derniers survivants de l’archaïque population Métamorphe, errant encore dans les paysages accidentés et tourmentés du territoire ancestral de leur race ?

Probablement pas, se dit Harpirias. Plus vraisemblablement, le mythe d’une origine nordique n’était rien d’autre qu’un mythe et il s’agissait d’un groupe oublié, parti chercher refuge dans le Grand Nord, à l’époque de la conquête de Majipoor par les humains. Qui avait simplement choisi depuis lors de rester dans ces contrées lointaines et dont l’existence était inconnue, même de leurs semblables, comme celle des Othinor qui, au long des siècles, n’avaient jamais été dérangés dans leur cirque de montagnes isolé par les neiges.

— Parle-moi encore, dit-il à la jeune fille. Dis-moi tout ce que tu sais d’eux.

Elle n’avait pas grand-chose à dire. Lentement, avec toute la patience dont il était capable, il tira d’elle tout ce qu’elle savait.

— Ce sont les Eililylal, dit-elle.

Harpirias supposa que c’était le nom que les Othinor leur donnaient ; puis il lui revint presque aussitôt en mémoire que c’était le mot que Toikella avait rugi dans sa fureur, le mot que Korinaam avait traduit par « ennemis… ennemis ». Peut-être ce mot avait-il une double signification en Othinor, l’autre étant le nom de la tribu abhorrée de Changeformes ; mais Korinaam ne pouvait pas le savoir.

Ivla Yevikenik lui fit comprendre que les Eililylal descendaient périodiquement de leur territoire inhospitalier pour s’attaquer aux Othinor, voler leurs réserves de viande séchée et piller les enclos des animaux. Dans le passé, une grande guerre avait opposé les Othinor et les Eililylal ; aujourd’hui encore, les Othinor avaient coutume de tirer à vue sur tous les Eililylal qu’ils rencontraient.

Et les Eililylal étaient revenus sur le territoire des Othinor. C’étaient eux, expliqua Ivla Yevikenik, qui avaient abattu les hajbaraks sacrés et précipité les corps au milieu du village, en manière de provocation. Nul ne savait pourquoi. Peut-être était-ce le début d’une nouvelle guerre entre les deux tribus. Le roi était très préoccupé par cette situation et son inquiétude avait été grandement accrue par l’apparition d’un groupe d’Eililylal sur les sommets, pendant la partie de chasse – un très mauvais présage. C’est pour cette raison qu’il avait mis fin à la chasse, dès qu’il avait trouvé un animal à sacrifier.

La jeune fille ne put rien lui apprendre d’autre.

Mais c’était déjà un bon début. Harpirias lui en était reconnaissant, et il le lui dit, aussi clairement qu’il le pouvait. Ivla Yevikenik comprit à l’évidence ce qu’il voulait dire et s’en montra ravie.

Harpirias se rendit compte qu’il en venait à beaucoup aimer la compagnie de la jeune fille et se félicita des circonstances qui avaient provoqué leur rencontre forcée. Ivla Yevikenik était non seulement une maîtresse avide et passionnée, mais une âme généreuse et affectueuse, un îlot de chaleur dans ce pays sinistre.

Dehors, un vent impétueux balayait l’esplanade en mugissant. Harpirias frissonna. Encore une belle nuit d’été chez les Othinor.

Il suivit affectueusement du bout des doigts le contour des joues de la jeune fille et laissa sa main s’attarder fugitivement sur l’éclat d’os ornemental qui perçait sa lèvre supérieure. Elle poussa un petit soupir d’aise et vint se nicher contre lui. Elle lui lécha le bout des doigts ; elle lui mordilla le menton ; elle lui prit les deux poignets et les serra avec une force surprenante.

Aussi étrange que cela puisse paraître, s’imagina-t-il en train de dire un jour au Coronal, il m’a paru opportun, pour des raisons diplomatiques, de devenir l’amant de la fille du roi Toikella. Mais il se trouva que la princesse barbare était jeune et belle, d’une sensualité ardente et débridée, versée dans les étranges pratiques amoureuses de son peuple…

Oui, oui. Sa Majesté aimerait certainement cet épisode du récit.

Mais il restait d’abord un petit problème à résoudre, celui du départ de ces montagnes et du retour au Mont du Château.

13

Le lendemain matin, quand Ivla Yevikenik, vêtue de ses fourrures, eut quitté la chambre, Harpirias partit à la recherche de Korinaam. Il avait quelques questions à lui poser sur les Métamorphes de la corniche. Mais Korinaam resta introuvable ; il n’était pas plus dans sa chambre qu’ailleurs dans le village Othinor.

— Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ? demanda Harpirias à Eskenazo Marabaud.

— Hier soir, répondit le capitaine des Skandars, à peu près à l’heure où on nous a apporté notre dîner.

— Vous a-t-il dit quelque chose, à ce moment-là ?

— Pas un mot. Il m’a regardé un moment, avec ce regard vide qu’ils ont… Vous voyez ce que je veux dire. Et puis il s’est éloigné dans le couloir pour entrer dans sa chambre.

Mais le Ghayrog Mizguun Troyzt, qui n’avait pas besoin de dormir, puisque ce n’était pas sa saison d’hibernation, fut en mesure de fournir des renseignements plus intéressants. À une heure avancée de la nuit, le Ghayrog s’était éloigné du village pour se rendre à l’endroit où ils avaient laissé les flotteurs, afin de huiler les rotors pour les protéger du froid et d’effectuer quelques travaux d’entretien sur les véhicules ; sur le chemin du retour, dans l’obscurité, juste avant l’aube, il avait aperçu le Changeforme qui traversait l’esplanade en direction du passage qui s’ouvrait derrière le palais royal.

Par pure curiosité, Mizguun Troyzt avait observé un moment Korinaam pendant qu’il se dirigeait vers l’arrière du palais, où il s’était fondu dans les ténèbres. Et puis, après tout, ce que manigançait le Changeforme ne le regardait en rien.

— Mizguun Troyzt avait regagné sa chambre pour attendre le lever du jour. Et il était apparemment le dernier à avoir vu Korinaam.

Qu’y avait-il derrière le palais royal ?

Eh bien, il y avait le début du sentier qui s’élevait à flanc de montagne pour rejoindre la chasse royale.

Bien sûr ! Bien sûr ! La situation devint aussitôt limpide pour Harpirias. Korinaam avait dû essayer d’entrer en contact avec ses frères récemment découverts sur les hauteurs dominant le village !

Ce qui était à la fois inquiétant et exaspérant. Malgré le temps qui s’était écoulé depuis leur arrivée, les négociations avec Toikella n’avaient pas encore réellement commencé. Le roi avait été beaucoup trop préoccupé ces derniers jours par l’incursion des Eililylal dans son territoire pour trouver le temps d’engager des discussions avec Harpirias.

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