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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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– Qu’on aille à l’instant me chercher le prince Farnèse…

L’entretien terminé, Belgodère fut conduit à une chambre du palais où il fut enfermé à double tour. Mais sans doute le bohémien s’attendait à cet emprisonnement qui, au surplus, était probablement consenti, car il ne témoignait ni surprise ni terreur.

* * * * *

Grâce aux soins de dame Gilberte qui l’avait déshabillée, couchée et frictionnée, Violetta revint à elle. Et lorsque maître Claude put rentrer dans la chambre, il trouva l’enfant les yeux grands ouverts, pensive, rêveuse, semblant réfléchir à des choses douloureuses et graves.

– À quoi songe-t-elle?

Claude, qui avait fait deux pas dans la chambre, en fit trois en arrière, et, tout pâle, frissonnant, avec un sourire d’une mortelle tristesse, murmura:

– Elle songe que je suis le bourreau!…

Il toussa comme pour prévenir Violetta de sa présence, et de loin, d’une voix humble et enrouée:

– Tâche de dormir; ne pense plus à tout cela; c’est fini, je te dis… Tu comprends, il faut que tu te reposes pour que demain à la première heure nous puissions partir… non, non, ne dis rien… tais-toi… ta voix me ferait trop de mal si… enfin… Sache seulement que lorsque nous serons loin de Paris, quand tu seras en sûreté… eh bien, tu seras libre de me voir ou de ne pas me voir…

Violetta voulut prononcer quelques mots… Mais déjà Claude avait disparu. Elle entendit seulement comme un soupir qui ressemblait à un sanglot.

Violetta ne s’endormit pas. Toute cette nuit, elle la passa les yeux ouverts, songeant toujours, immobile, ses petites mains pâles croisées sur sa poitrine, suivant l’une après l’autre les pensées qui évoluaient dans sa tête.

Lorsque les premiers rayons du soleil pénétrèrent dans la chambre, elle se leva, s’habilla et s’assit dans un fauteuil, les mains jointes, la tête penchée sur le sein. Ce fut à ce moment que maître Claude entra. Il était en habit de voyage. Il s’efforçait de montrer une sorte de gaieté, et souriait.

– Dans quelques minutes, dit-il, une bonne litière va venir. Tu y monteras avec dame Gilberte… Tu ne te souviens pas de dame Gilberte?… Suis-je bête! Tu ne l’as vue qu’une fois, et tu étais si petite… Enfin, tu voyageras avec elle. Moi, je serai à cheval, et, tu sais, ne va pas avoir peur… tiens, regarde-moi ces bons pistolets pour mettre dans les arçons… et cette dague… Malheur au premier qui…

– Avant de partir, je voudrais vous parler, balbutia Violetta avec une émotion qui la faisait trembler.

Claude pâlit.

– Ah!… tu voudrais me parler?…

Violetta fit oui de la tête.

«J’en étais sûr! gronda Claude en lui-même. Pardieu! C’eût été trop beau que cela finisse ainsi… Que veut-elle me dire?… que je lui fais horreur, c’est bien simple, et qu’elle aime encore mieux mourir que de s’en venir avec moi… Qu’est-ce que je vais devenir, moi?… Mourir?… Me tuer? Je n’ose pas!…Oh! j’ai peur!… Peur de ce qu’il y a derrière la mort!…»

Violetta, cependant, se taisait. Elle avait baissé les yeux, et continuait à trembler. Claude, par un suprême effort de désespoir, souriait.

– Voyons, dit-il d’une voix qu’il crut très naturelle et qui était en réalité une sorte de grondement inarticulé; voyons, parle, puisque tu as quelque chose à me dire… moi, vois-tu, je crois… je…

Brusquement, il tomba à genoux. Violetta frémit à voir cette face énorme bouleversée par une crise effrayante de désespoir.

– Écoute-moi, dit Claude dans un rugissement de sa douleur. Moi aussi, j’ai à te parler. Au fait, il vaut mieux que cela soit tout de suite… et que je t’explique… ou du moins, que je tâche… Tais-toi, ne bouge pas!… Eh bien, oui, j’ai tué… tué par ordre! Ne pâlis pas ainsi, je t’en supplie… écoute-moi jusqu’au bout… Tu sais ce que je t’ai dit, n’est-ce pas? que je ne te parlerai plus, que je ne t’approcherai plus si tu veux… je serai simplement le chien de garde qui veille à la porte d’une maison… Donc, ma petite Violetta, avant que la bonté du Seigneur ne t’eût mise dans ma vie comme un rayon de soleil, j’exerçais mon métier sans savoir. L’official venait ou m’envoyait un ordre. Tantôt à Montfaucon, tantôt en Grève, des fois à la Croix-du -Trahoir, ou ailleurs, j’allais… on me livrait le condamné, la condamnée… Est-ce que je savais, moi?… La corde ou la hache, pour moi, ce n’étaient que deux instruments; moi, j’étais le troisième instrument, voilà tout… Que veux-tu que je te dise? Mon père, mon grand-père, mon arrière-grand-père, tous avaient tué. J’ai fait comme eux. C’était le métier de la famille…

Violetta écoutait, dans un tel saisissement qu’il lui eût été impossible de faire un geste. Claude fronça violemment ses énormes sourcils comme pour rassembler ses idées. Il pleurait. Les larmes coulaient sur son visage sans qu’il parût s’en apercevoir.

– C’était ainsi, continua-t-il. Et voilà qu’un jour, je te pris, je te ramassai, toute frêle, toute petite, et si jolie… Tu ne sauras jamais ce qui s’est passé dans mon cœur à cette minute où tu tendais tes mains à la foule…

– Je tendais… mes mains… à la foule?… murmura Violetta.

– Bien sûr! Et c’est moi qui te pris, puisque tu n’avais pas de père…

– Pas de père! cria Violetta secouée d’un tressaillement éperdu.

– C’est vrai… tu ne sais pas… je t’ai toujours menti…

Et avec un soupir atroce, tandis que Violetta, les yeux agrandis, le sein palpitant, le regardait avec une sorte d’épouvante, Claude, humblement, prononça:

– Je ne suis pas ton père…

Violetta porta vivement ses mains à ses yeux comme pour les garantir d’une lumière trop vive et murmura:

– Ô Simonne, ma pauvre mère Simonne, ton agonie a donc dit la vérité…

Elle demeura ainsi, le visage caché dans ses mains, tandis que Claude reprenait:

– Voilà. Je ne suis pas ton père. Tu vois que tu peux me quitter quand tu voudras. Maintenant, écoute. Avant que tu ne fusses mienne, avant que je ne t’eusse ramassée, pauvre petite abandonnée (Violetta frissonna), j’ignorais ce que c’est que la vie. Avais-je un cœur, une âme? Je ne savais pas… Mais quand tu fus à moi, un jour, tout à coup, je m’aperçus que je n’étais plus le même… J’eus horreur de tuer… Il y avait en moi quelque chose qui n’y était pas auparavant… La vue d’un gibet me fit trembler… Déjà je songeais à ce que tu penserais, à ce que tu dirais, si jamais l’affreuse vérité t’était révélée… Je commençai à souffrir… Je vis des spectres qui me maudissaient… Je crus retrouver la paix en me faisant relever de mes horribles fonctions… Ah! bien, oui! Plus que jamais, les spectres rôdèrent autour de moi… En vain je multipliai les aumônes; en vain, je fus assidu aux offices; mon cœur portait dès lors une plaie qui jamais ne se guérira… Et ce n’est que près de toi, dans notre petite maison de Meudon, que je me sentais redevenir un homme… Alors, Violetta, quand tu me souriais, je n’étais plus le malheureux qui tremble et frissonne, qui a peur de s’aventurer la nuit dans une pièce sans lumières… Une extase m’envahissait… et… pardonne-moi… il y avait des moments où je me figurais que tu étais vraiment ma fille…

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