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Les Terriens [Earthborn - fr]

Электронная книга - «Les Terriens [Earthborn - fr]». Краткое содержание книги:

Bien des siècles se sont écoulés depuis l’épopée du retour sur terre. Les descendants de Nafaï ont fondé de multiples royaumes et cohabitent tant bien que mal avec les anges et les fouisseurs. Depuis son vaisseau en orbite, Shedemei, gardée en vie par le manteau de pilote stellaire et de nombreuses périodes d’hibernation, surveille le développement de la planète avec l’aide de Surâme, l’ordinateur-dieu qui les a guidés depuis le début. Mais il lui reste encore un mystère a élucider : pourquoi le Gardien de la Terre a-t-il ramené les Basilicains sur cette planète ? Qui est-il vraiment ? Pour l’obliger à abattre ses cartes, Shedemei choisit l’opposition frontale…
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Luet ? Akma ? Personne n’avait prononcé ces noms. On avait parlé d’Akmaro et de Chebeya, mais avait-on mentionné les noms des enfants ? Il n’était pas difficile de deviner que l’épouse de Ro-Akma voudrait baptiser son fils aîné Akma, comme son père, mais comment Edhadeya savait-elle que leur fille s’appelait Luet ?

Je le sais parce que la Gardienne continue à me parler à travers le même rêve, à travers mes souvenirs de ce rêve.

Simultanément, elle comprit qu’elle ne devait en faire part à personne. Cela passerait pour de l’outrecuidance. On croirait qu’elle cherchait à exploiter son triomphe et à régenter son entourage. Elle devait prendre soin de ne prétendre à un savoir privilégié venu de la Gardienne qu’avec parcimonie.

Mais qu’elle puisse ou non l’annoncer publiquement, la Gardienne avait un œil sur elle, communiquait avec elle, et elle aurait du mal à contenir la joie qu’elle en ressentait.

« Eh bien, qu’y a-t-il ? Cesse de te tortiller comme si tu avais envie de te soulager ! »

Edhadeya poussa un cri en entendant la voix d’Uss-Uss. Elle n’avait pas remarqué l’esclave fouisseuse.

« J’étais sous ton nez quand tu es entrée, jeune sotte, reprit Uss-Uss. Si tu n’avais pas été aussi énervée contre ton père, tu m’aurais vue.

— Je n’ai rien dit ! protesta Edhadeya.

— Ah non ? Tu n’as pas arrêté de marmonner dans ta barbe, comme quoi tu n’es pas aussi bête que Dudagu Dermo, que tu ne mérites pas qu’on te tienne à l’écart de tout, que Mon n’est pas fou de vouloir être un ange parce qu’après tout, pourquoi des pas-grand-chose comme la fille et le second fils du roi ne se voudraient-ils pas autres qu’ils sont…

— Ah, tais-toi ! fit Edhadeya, faussement irritée. Tu n’as pas le droit de te moquer de moi comme ça !

— Je t’ai déjà dit que se parler à soi-même n’était pas une bonne habitude. Des oreilles affûtées pourraient t’entendre.

— Oui, eh bien je n’ai pas parlé de filles de rois ni de seconds fils…

— Tu perds vraiment la tête, ma fille. Et je note, quand il est question de ce que toi et Mon souhaiteriez être, qu’il n’est à aucun moment question de vieux fouisseurs, ah !

— En imaginant que j’aie envie de devenir fouisseuse et de vivre le museau dans la terre, grinça Edhadeya, je ne voudrais sûrement pas être vieille !

— Puisse la Mère te pardonner, dit vivement Uss-Uss, et te laisser vivre malgré tes paroles imprudentes ! »

Edhadeya sourit de l’inquiétude d’Uss-Uss à son endroit. « La Gardienne ne va pas me foudroyer sur place parce que je dis des choses comme ça.

— Elle ne l’a pas fait jusqu’à présent, tu veux dire.

— Est-ce que la Gardienne te parle, Uss-Uss ?

— Par le bourdonnement des racines des arbres sous la terre, elle me parle.

— Et que dit-elle ?

— Malheureusement, je ne connais pas la langue des arbres ; je n’en ai donc pas la moindre idée. Quelque chose à propos de la stupidité des jeunes filles, voilà tout ce que je perçois.

— C’est très bizarre que la Gardienne me dise la vérité et ne te raconte que des mensonges. »

Uss-Uss caqueta avec ravissement à cette repartie – puis elle s’interrompit soudain. Edhadeya se retourna et vit son père à la porte.

« Père ! s’exclama-t-elle. Entre !

— Ai-je entendu une servante parler de la stupidité de sa maîtresse ? demanda-t-il.

— On plaisantait, répondit Edhadeya.

— Trop de familiarité avec les domestiques ne mène à rien de bon, qu’il s’agisse ou non de fouisseurs.

— Au moins, j’ai l’impression d’avoir une amie intelligente au monde, fit Edhadeya. Mais peut-être n’est-ce pas convenable aux yeux du roi.

— Pas d’insolence, Edhadeya. Je n’ai pas édicté les lois, j’en ai hérité.

— Et tu n’as rien fait pour les changer.

— J’ai envoyé une armée sur la foi de ton rêve.

— Seize hommes ! Et tu les as envoyés parce que Mon a dit que mon rêve était vrai.

— Ah, tu me condamnes parce que le Gardien t’a fourni une caution à l’appui de tes affirmations ?

— Père, jamais je ne te condamnerai. Mais il faut aller chercher Akmaro et sa famille. Tu ne comprends pas ? Tout ce qu’enseigne Akmaro – l’égalité de l’homme et de la femme, la joie qu’une famille doit ressentir à la naissance d’une fille autant qu’à celle d’un garçon…

— Comment sais-tu ce qu’il enseigne ?

— Je les ai vus, non ? répondit-elle d’un air de défi. Et je parie que la fille s’appelle Luet tandis que le fils porte le nom de son père. Sans la particule honorifique, naturellement. »

Motiak se renfrogna, mais elle sut à sa colère qu’elle avait raison, que c’étaient bien les vrais noms. « Te servirais-tu du don du Gardien pour faire ton intéressante ? dit son père raidement. Pour essayer de m’obliger à faire tes quatre volontés ?

— Père, pourquoi le prendre ainsi ? Pourquoi ne pas dire : Oh, Edhadeya, quel prodige que le Gardien te révèle tant de choses ! Quel prodige que le Gardien vive en toi !

— Quel prodige, fit-il. Et quel problème. Khideo est furieux de l’humiliation que je lui ai infligée en laissant ma fille s’exprimer si hardiment devant lui.

— Le pauvre ! Eh bien, qu’il retourne chez les Elemaki !

— C’est un véritable héros, Edhadeya, un homme de grand honneur, de l’espèce dont je ne voudrais pas pour ennemi !

— C’est aussi un intolérant de la plus belle eau, et tu le sais bien ! Il va falloir que tu installes ces gens dans un domaine à part, ou nous aurons des ennuis.

— Je ne l’ignore pas. Eux non plus, d’ailleurs. Il y a de la terre le long de la vallée du Jatvarek, là où il quitte le Gornaya, mais avant de pénétrer dans le plat pays. Aucun ange n’y habite à cause des jaguars et autres félins trop nombreux à la saison des pluies. Ça leur conviendra parfaitement.

— Là où s’installent les humains, les anges peuvent vivre en paix », dit Edhadeya. Pour se moquer, elle récitait la loi qu’il avait lui-même édictée, mais il ne mordit pas à l’hameçon.

« Un bon roi peut accepter une diversité raisonnable chez son peuple. Ça ne coûte rien aux gens du ciel d’éviter d’aller vivre parmi les Zenifi, du moment que ceux-ci les laissent passer librement et en toute sécurité, et respectent leur droit de commercer. Dans quelques générations…

— Je sais, dit-elle. Je sais que c’est un choix avisé.

— Mais tu es d’humeur discutailleuse.

— Oui, parce qu’à mon avis, tout ça n’a rien à voir avec les gens de mon rêve. Que deviennent-ils, eux, Père ?

— Je ne peux pas envoyer une nouvelle expédition à la recherche d’Akmaro.

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