Les Quarante-Cinq Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Год: 19
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Quarante-Cinq Tome II». Краткое содержание книги:
«Dieu a séparé le bon grain de l'ivraie.» Il y a dans l'Évangile: «Dieu séparera;» mais j'ai supposé, moi, comme il y a fort longtemps que l'Évangile est écrit, j'ai supposé que la chose était faite.
– Et le roi a eu connaissance de ce sermon? demanda Chicot.
– Il l'a entendu.
– Sans se fâcher?
– Tout au contraire, il a fort applaudi.
– Vous me stupéfiez, répondit Chicot.
– Il faut ajouter, dit l'officier, qu'on ne fait pas que courir le prêche ou la messe; il y a de bons repas au château, sans compter les promenades, et je ne pense pas que nulle part en France les moustaches soient plus promenées que dans les allées de Nérac.
Chicot venait d'obtenir plus de renseignements qu'il ne lui en fallait pour bâtir tout un plan.
Il connaissait Marguerite pour l'avoir vue à Paris tenir sa cour, et il savait du reste que si elle était peu clairvoyante en affaires d'amour, c'était lorsqu'elle avait un motif quelconque de s'attacher un bandeau sur les yeux.
– Ventre de biche! dit-il, voilà par ma foi des allées de cyprès et trois mille pas d'ombre qui me trottent désagréablement par la tête. Je m'en vais dire la vérité à Nérac, moi qui viens de Paris, à des gens qui ont des allées de trois mille pas et des ombres telles, que les femmes n'y voient point leurs maris se promener avec leurs maîtresses. Corbiou! on me déchiquetera ici pour m'apprendre à troubler tant de promenades charmantes.
Heureusement, je connais la philosophie du roi, et j'espère en elle. D'ailleurs, je suis ambassadeur; tête sacrée. Allons!
Et Chicot continua sa course.
Il entra vers le soir à Nérac, justement à l'heure de ces promenades qui préoccupaient si fort le roi de France et son ambassadeur.
Au reste, Chicot put se convaincre de la facilité des mœurs royales à la façon dont il fut admis à une audience.
Un simple valet de pied lui ouvrit les portes d'un salon rustique dont les abords étaient tout émaillés de fleurs; au-dessus de ce salon étaient l'antichambre du roi et la chambre qu'il aimait à habiter le jour, pour donner ces audiences sans conséquence dont il était si prodigue.
Un officier, voire même un page, allait le prévenir quand se présentait un visiteur. Cet officier ou ce page courait après le roi jusqu'à ce qu'il le trouvât, en quelque endroit qu'il fût. Le roi venait sur cette seule invitation, et recevait le requérant.
Chicot fut profondément touché de cette facilité toute gracieuse. Il jugea le roi bon, candide et tout amoureux.
Ce fut bien plus encore son opinion, lorsqu'au bout d'une allée sinueuse et bordée de lauriers-roses en fleurs, il vit arriver avec un mauvais feutre sur la tête, un pourpoint feuille-morte et des bottes grises, le roi de Navarre tout épanoui, un bilboquet à la main.
Henri avait le front uni, comme si aucun souci n'osait l'effleurer de l'aile, la bouche rieuse, l'œil brillant d'insouciance et de santé.
Tout en s'approchant, il arrachait de la main gauche les fleurs de la bordure.
– Qui me veut parler? demanda-t-il à son page.
– Sire, répondit celui-ci, un homme qui m'a l'air moitié seigneur, moitié homme de guerre.
Chicot entendit ces derniers mots et s'avança gracieusement.
– C'est moi, sire, dit-il.
– Bon! s'écria le roi en levant ses deux bras au ciel, monsieur Chicot en Navarre, monsieur Chicot chez nous, ventre saint-gris! soyez le bienvenu, cher monsieur Chicot.
– Mille grâces, sire.
– Bien vivant, grâce à Dieu.
– Je l'espère du moins, cher sire, dit Chicot, transporté d'aise.
– Ah! parbleu, dit Henri, nous allons boire ensemble d'un petit vin de Limoux dont vous me donnerez des nouvelles. Vous me faites en vérité bien joyeux, monsieur Chicot; asseyez-vous là.
Et il montrait un banc de gazon.
– Jamais, sire, dit Chicot en se défendant.
– Avez-vous donc fait deux cents lieues pour me venir voir, afin que je vous laisse debout? Non pas, monsieur Chicot, assis, assis; on ne cause bien qu'assis.
– Mais, sire, le respect.
– Du respect chez nous, en Navarre! tu es fou, mon pauvre Chicot, et qui donc pense à cela?
– Non, sire, je ne suis pas fou, répondit Chicot; je suis ambassadeur.
Un léger pli se forma sur le front pur du roi; mais il disparut si rapidement que Chicot, tout observateur qu'il était, n'en reconnut même pas la trace.
– Ambassadeur, dit Henri avec une surprise qu'il essaya de rendre naïve, ambassadeur de qui?
– Ambassadeur du roi Henri III. Je viens de Paris et du Louvre, sire.
– Ah! c'est différent alors, dit le roi en se levant de son banc de gazon avec un soupir. Allez, page; laissez-nous. Montez du vin au premier, dans ma chambre; non, dans mon cabinet. Venez avec moi, Chicot, que je vous conduise.
Chicot suivit le roi de Navarre. Henri marchait plus vite alors qu'en revenant par son allée de lauriers.
– Quelle misère! pensa Chicot, de venir troubler cet honnête homme dans sa paix et dans son ignorance. Bast! il sera philosophe!
XLV Comment le roi de Navarre devina que Turennius voulait dire Turenne et Margota Margot.
Le cabinet du roi de Navarre n'était pas bien somptueux, comme on le présume. Sa Majesté Béarnaise n'était point riche, et du peu qu'elle avait, ne faisait point de folies. Ce cabinet occupait, avec la chambre à coucher de parade, toute l'aile droite du château; un corridor était pris sur l'antichambre ou chambre des gardes et sur la chambre à coucher; ce corridor conduisait au cabinet.
De cette pièce spacieuse et assez convenablement meublée, quoiqu'on n'y trouvât aucune trace du luxe royal, la vue s'étendait sur des prés magnifiques situés au bord de la rivière.
De grands arbres, saules et platanes, cachaient le cours de l'eau sans empêcher les yeux de s'éblouir de temps en temps, lorsque le fleuve sortant, comme un dieu mythologique, de son feuillage, faisait resplendir au soleil de midi ses écailles d'or, ou à la lune de minuit, ses draperies d'argent.
Les fenêtres donnaient donc d'un côté sur ce panorama magique, terminé au loin par une chaîne de collines, un peu brûlée du soleil le jour, mais qui, le soir, terminait l'horizon par des teintes violâtres d'une admirable limpidité, et de l'autre côté sur la cour du château. Éclairée ainsi, à l'orient et à l'occident, par ce double rang de fenêtres correspondantes les unes avec les autres, rouge ici, bleue là, la salle avait des aspects magnifiques, quand elle reflétait avec complaisance les premiers rayons du soleil, ou l'azur nacré de la lune naissante.
Ces beautés naturelles préoccupaient moins Chicot, il faut le dire, que la distribution de ce cabinet, demeure habituelle de Henri. Dans chaque meuble, l'intelligent ambassadeur semblait en effet chercher une lettre, et cela avec d'autant plus d'attention, que l'assemblage de ces lettres devait lui donner le mot de l'énigme qu'il cherchait depuis longtemps, et qu'il avait, plus particulièrement encore, cherché tout le long de la route.
Le roi s'assit, avec sa bonhomie ordinaire et son sourire éternel, dans un grand fauteuil de daim à clous dorés, mais à franges de laine; Chicot, pour lui obéir, fit rouler en face de lui un pliant ou plutôt un tabouret recouvert de même et enrichi de pareils ornements.