Les Habits Noirs Tome V - Maman Léo
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome V - Maman Léo». Краткое содержание книги:
– Ah! saquédié! s’écria maman Léo, qui sauta sur ses pieds, les nobles ne passent pas pour des braves gens chez nous, mais vous êtes un cœur, vous, ou que le diable m’emporte!
Elle avait jeté ses deux bras autour du cou de la marquise un peu effrayée pour planter sur ses joues deux retentissants baisers.
– Bien des pardons, murmura-t-elle en se reculant confuse, mais il a fallu que ça parte; je n’ai pas pu m’en empêcher.
Mme la marquise d’Ornans riait en rajustant sa coiffure.
Samuel, le docteur en droit, et M. le baron de la Périère s’étaient rapprochés du prince, qui regardait cette scène avec attendrissement et murmurait:
– Le peuple! ah! le peuple français!
Le colonel Bozzo restait seul au coin de la cheminée.
– Il y a donc, reprit maman Léo, que je suis à vous, quoi! corps et âme, et que je me jetterai au feu, s’il le faut, pour vous être agréable.
Comme elle achevait, son regard, en quittant la marquise, rencontra les quatre paires d’yeux des Habits Noirs qui la guettaient fixement.
Elle ne broncha pas et fit la révérence en ajoutant:
– Comme de juste, je suis aussi toute au service de la compagnie. Voyons, usez de moi, que faut-il faire?
On entendit derrière le cercle la petite toux du bon vieux colonel et ceux qui le masquaient s’écartèrent aussitôt avec respect.
– Merci, mes amis, dit-il, j’aime à voir ceux à qui je parle, et vous me gêniez, car je n’ai plus ma voix de vingt ans. C’est moi qui ai eu la première idée de faire venir cette excellente Mme Samayoux, c’est moi, si vous le permettez, qui lui donnerai ses instructions.
Tous les hommes s’inclinèrent en silence, et la marquise dit dans la sincérité de sa foi:
– J’allais vous en prier, bon ami, car vous êtes notre meilleur conseil.
– Désormais, reprit le colonel Bozzo, il faut que les choses marchent vite, car la session des assises va s’ouvrir cette semaine. Pouvez-vous être à notre disposition toute la journée de demain, chère madame?
– Toute la journée de demain, répliqua la veuve, et toutes les autres journées, tant qu’on aura besoin de moi.
– C’est parfait, et nous trouverons bien moyen de vous témoigner notre reconnaissance sans blesser votre honorable fierté… Demain donc, à la première heure, vous vous rendrez au cabinet de M. le juge d’instruction, Perrin-Champein, qui est très matinal, et vous lui demanderez un permis pour voir le lieutenant Maurice Pagès, à la prison de la Force.
– Mais si le juge d’instruction me refuse…
– Soyez tranquille, on aura fait le nécessaire pour que le juge d’instruction ne vous refuse pas. Il passe pour un homme singulièrement habile, et je m’étonne que vous n’ayez pas encore été interrogée.
– Je ferais bien des lieues en temps ordinaire, dit la dompteuse, pour éviter cette opération-là; je n’aime ni les juges ni les huissiers, moi, c’est pas ma faute; mais j’irai tout de même, et si on m’interroge, je parlerai la bouche ouverte; quand j’aurai le permis, bien entendu, j’irai voir Maurice. Que faudra-t-il faire chez Maurice?
– À peu près ce que vous venez de faire chez Valentine. Vous parlerez au nom de Valentine, vous direz… Mais pourquoi vous faire la leçon? Nous avons pu vous apprécier; nous savons quelle affection délicate et profonde vous portez à ce malheureux jeune homme. Vous ne nous croiriez pas, madame, si nous prétendions partager cette tendresse; c’est un inconnu pour nous et un indifférent; il y a plus, s’il ne nous était pas nécessaire comme moyen de salut pour Mlle de Villanove, notre intérêt, notre devoir peut-être serait de l’écarter; mais nous aimons Valentine comme vous aimez Maurice; Valentine est le dernier espoir de notre bien-aimée marquise, cela suffit pour que rien ne nous coûte.
La dompteuse le regarda bonnement et dit:
– Ça fait plaisir de voir la franchise que vous avez, et le pauvre gars doit tout de même une belle chandelle au bon Dieu, qui lui a laissé des protections pareilles dans son malheur.
– Vous serez éloquente, poursuivit le colonel, nous n’avons aucune crainte à cet égard; mais appuyez bien sur cet argument tiré de l’arrêt prononcé par le Dr Samueclass="underline" «La vie de Valentine est entre les mains de Maurice; il peut à son gré la ressusciter ou la tuer.»
– Je l’ai dit, déclara solennellement Samuel, et je le répète, c’est ma conviction intime.
– Soyez tranquille, dit la veuve, je n’oublierai pas votre argument, mais il y en a un autre que je préfère pour ma part, c’est celui qui m’a été fourni par Mme la marquise. Quand Maurice va savoir qu’il peut espérer la main de Valentine…
Elle s’interrompit, et son regard interrogea Mme d’Ornans, qui murmura:
– Quand je devrais quitter la France et m’établir en pays étranger, je ne me dédis pas: je n’ai plus qu’elle sur la terre.
– Alors, s’écria maman Léo, tout est convenu; vous savez où me trouver pour que je vous rende compte de ma mission. À demain! et bonsoir la compagnie!
La marquise se leva et lui tendit la main.
– Où donc est M. Constant? demanda-t-elle.
– Il a repris son service, répondit le Dr Samuel.
– Je puis très bien, dit le baron de la Périère en s’avançant, reconduire la bonne Mme Samayoux.
– Bah! bah! fit la veuve, M. Constant, encore passe, mais un baron! Craignez-vous que je me perde! Voilà! si vous voulez que nous soyons tout à fait amis, il faut garder chacun notre place. Menez-moi seulement jusqu’à la porte du dehors, parce que je ne saurais pas retrouver ma route, mais une fois dans le chemin des Batailles, ne vous inquiétez pas de moi. Quand les rôdeurs et moi nous nous rencontrons, c’est moi qui fais peur aux rôdeurs.
Elle refusa le bras que le baron lui offrit galamment et sortit la première.
– Bonne amie, dit le colonel quand elle fut dehors, je crois que nous avons fait ce soir d’excellente besogne. Voulez-vous que je vous remette à votre hôtel en passant? Je tombe de sommeil.
Mme d’Ornans avait appuyé sa tête sur sa main.
– Vous êtes un des hommes les plus véritablement sages que j’aie rencontrés en ma vie, murmura-t-elle d’un air pensif; si vous n’étiez pas là, si je ne vous voyais mêlé à toutes ces aventures impossibles, je croirais que je rêve.
– Il me semble, dit M. de Saint-Louis, que je ne suis pas non plus un petit fou, madame…
– C’est vrai… pardonnez-moi, cher prince… Venez-vous avec nous?
– Non, répondit M. de Saint-Louis, qui évita le regard du colonel, j’ai à causer avec M. de la Périère.
– Moi, dit Portai-Girard, le docteur en droit, je suis comme un médecin qui, à bout de remèdes, aurait conseillé une fontaine miraculeuse ou des reliques: Mme la marquise ne me regarde plus depuis que j’ai ouvert l’avis de l’évasion.
– Puisque c’est l’unique ressource…, commença Mme d’Ornans.
Le colonel l’interrompit pour dire avec dignité:
– Le médecin qui avoue son impuissance est un honnête homme, monsieur Portai-Girard; on ne peut jamais rien reprocher de pareil aux charlatans. Vous nous avez mis dans la vérité de la situation et Mme la marquise vous en remercie.