Le fantôme de la rue Royale
- Автор: Паро Жан-Франсуа
- Год: 2001
- Язык: французский
- Год: Editions Jean-Claude Lattes
- Жанр: Исторические детективы
Электронная книга - «Le fantôme de la rue Royale». Краткое содержание книги:
— Et de surcroît, il feint l’ignorance ! Sachez, monsieur Le Floch, que je sors de ce pas du cabinet du lieutenant criminel. Qu’il vient de m’agonir d’un cours de procédure que j’ai dû subir dents serrées. Qu’il ne m’a pas ménagé son amphigouri[42]. Il a lourdement pâturé mes plates-bandes de peur que je ne l’entende point.
— Monsieur...
— Taisez-vous ! Habitué que vous êtes — et je ne suis que trop coupable d’avoir toléré cela, et même d’y avoir prêté la main — à des opérations extraordinaires en marge du formel, à des initiatives personnelles et aventurées, vous vous êtes jeté à corps perdu sans rime ni raison dans une enquête criminelle. Ah ! oui vraiment, que n’ai-je entendu : recel de cadavre, usurpation de procédure, ouverture inique d’un corps enlevé par des galefratiers[43] sans commission, initiative personnelle, menaces sur des bourgeois. Et tout cela pour servir de paravent à une enquête essentielle que je vous avais confiée ! Qu’avez-vous à répondre à cela ?
— Qu’il n’y a rien là qui puisse vous émouvoir, monsieur, et qu’assuré de votre bon droit et de la légitimité de l’action de vos mandataires, vous les avez, comme d’habitude, dûment défendus, opposant vos assurances contre les attaques de M. le lieutenant criminel. Au reste, je crois M. Testard du Lys trop honnête homme pour avoir longtemps résisté à votre benoîte et précise insistance.
M. de Sartine tendait la jambe et admirait la pointe de son soulier dont la boucle d’argent étincelait.
— Ah ! vraiment ? Ma benoîte et précise insistance ? Je suis fort aise du satisfecit que mes subordonnés me concèdent. Soit, ils bénéficieront de mon indulgence pour leur perspicacité. Avez-vous au moins avancé ? Point de discours, des faits, je vous écoute.
— Monsieur, le meurtre de la jeune femme est avéré, et un infanticide est probable. Les circonstances familiales sont extraordinaires et n’interdisent aucune hypothèse. Il serait fâcheux qu’une affaire engagée échappât à votre regard et que des mains maladroites et neuves ne viennent à gâter un début d’enquête prometteur.
— Qu’elle promette, et vite ! Et notre autre sujet d’intérêt ?
— J’avance, monsieur, et tout recoupe déjà ce que nous pressentions.
— Pressentez, pressentez. Je veux un rapport circonstancié demain soir à mon hôtel. J’irai coucher à Versailles où je verrai le roi dans ses petits appartements à l’issue de la messe. Vous m’accompagnerez, Nicolas. Sa Majesté est toujours heureuse de voir le petit Ranreuil[44].
Le lieutenant général de police assura sa perruque, virevolta et sortit avec sa dignité habituelle du bureau de permanence.
— Hon ! fit Nicolas. Je cours chez le lieutenant criminel, et ensuite je verrai mon tailleur.
V
AFFAIRES D’ÉTAT
« L’artifice se dément toujours et ne produit pas longtemps les mêmes effets que la vérité. »