Maigret et le voleur paresseux
- Автор: Сименон Жорж
- Серия: Maigret #9
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «Maigret et le voleur paresseux». Краткое содержание книги:
— Quand l'a-t-il vue pour la dernière fois ?
— Il ne peut pas préciser, mais il prétend qu'il n'y a pas longtemps, Voilà deux ou trois jours, quand le fils Wilton est venu faire le plein d'essence, elle n'y était plus.
— Mets ça dans ton rapport.
— Qu'est-ce qui va se passer, selon vous ?
Maigret, qui avait hâte d'en finir, se contenta de laisser tomber :
— Rien !
Il raccrochait. Il avait besoin de sommeil. Il était d'ailleurs presque sûr de ne pas se tromper.
Il n'arriverait rien !
Il imaginait l'air pincé du juge d'instruction si Maigret était allé lui dire :
— Honoré Cuendet, la nuit de vendredi à samedi, vers une heure, a pénétré dans l'hôtel particulier de Florence Wilton, née Lenoir, rue Neuve-Saint-Pierre.
— Comment le savez-vous ?
— Parce qu'il surveillait la maison depuis cinq semaines, d'une chambre de l'hôtel Lambert.
— Ainsi, parce qu'un homme prend une chambre dans un hôtel douteux, vous en concluez...
— Il ne s'agit pas d'un homme quelconque, mais d'Honoré Cuendet qui, depuis bientôt trente ans...
Il décrirait la manière de Cuendet.
— Vous l'avez déjà pris sur le fait ?
Maigret était bien obligé d'avouer que non.
— Il avait les clés de l'hôtel particulier ?
— Non.
— Des intelligences dans la place ?
— C'est peu vraisemblable.
— Et Mme Wilton était chez elle, ainsi que ses domestiques ?
— Cuendet ne s'introduisait jamais dans des maisons inoccupées.
— Vous prétendez que cette femme...
— Pas elle. Son amant.
— Comment savez-vous qu'elle a un amant ?
— Par une prostituée nommée Olga, qui, elle aussi, habite en face.
— Elle les a vus ensemble dans un lit ?
— Elle a vu la voiture.
— Et qui est cet amant ?
— Le fils Wilton.
Les images devenaient un peu incohérentes, puisque Maigret voyait le juge ricaner, ce qui seyait mal à son caractère.
— Vous insinuez que cette femme et son beau-fils...
— Le père et la belle-fille ont bien...
— Comment ?
Il raconterait l'histoire de Lida, qui avait été la maîtresse du père après avoir épousé le fils.
Voyons ! Est-ce que ces choses-là sont possibles ? Est-ce qu'un magistrat sérieux, appartenant à la meilleure bourgeoisie de Paris, peut un seul instant admettre...
— J'espère que vous avez d'autres preuves ?
— Oui, monsieur le juge...
Il devait dormir, rêver, car il se voyait lui-même, tirant de sa poche un petit sachet dans lequel se trouvaient deux fils à peine visibles.
— Qu'est-ce que c'est que ça ?
— Des poils, monsieur le juge.
Encore une indication que c'était un rêve, que ça ne pouvait être qu'un rêve : le magistrat prononçait, cette fois :
— Des poils de qui ?
— De chat sauvage.
— Pourquoi sauvage ?
— Parce que la couverture, dans l'auto, était en chat sauvage. Cuendet, pour une fois, après une si longue carrière, à dû faire du bruit, renverser un objet, donner l'alarme, et on l'a assommé.
« Les amants ne pouvaient pas appeler la police sans que...
Sans que quoi ? Ses idées n'étaient plus très claires. Sans que Stuart Wilton apprenne ce qui se passait, évidemment. Et Stuart Wilton, c'était l'argent...
Ni Florence ni son amant ne connaissaient cet inconnu qui avait fait irruption dans leur chambre. N'était-ce pas une sage précaution que de le défigurer ?
Il avait beaucoup saigné, obligeant le couple à tout nettoyer...
Puis l'auto...
Et là, il avait encore sali la couverture...
— Vous comprenez, monsieur le juge...
Il était là, penaud, avec ses deux poils.
— Et d'abord, qui vous dit que ce sont des poils de chat sauvage ?
— Un expert.
— Et un autre expert viendra se moquer de lui à la barre en affirmant que ce sont des poils de je ne sais quel animal...
Le juge avait raison. Cela se passerait ainsi. Il y aurait des éclats de rire.
Et l'avocat, dans un envol de manches :
— Voyons, messieurs, soyons sérieux... Qu'apporte-t-on pour nous accuser... Deux poils...
Cela pourrait se dérouler autrement, bien sûr. Maigret irait par exemple sonner chez Florence Wilton. Il lui poserait des questions, furèterait dans la maison, interrogerait les domestiques.
Il aurait aussi, dans le silence de son bureau, une longue conversation avec le jeune Wilton.
Seulement, tout cela n'était pas réglementaire.
— En voilà assez, Maigret. Oubliez ces fantaisies et emportez ces poils...
Il s'en fichait, d'ailleurs. Est-ce que, tout à l'heure, il n'avait pas adressé un clin d'œil à Fumel ?
L'inspecteur aux amours malheureuses, réussirait-il mieux avec Èveline qu'avec les autres femmes ?
En tout cas, la vieille, rue Mouffetard, ne s'était pas trompée.
— Je connais mon fils... Je suis sûre qu'il ne me laissera pas sans rien...
Combien d'argent y avait-il dans la...?
Maigret dormait profondément.
On ne le saurait jamais.
FIN
Noland, le 23 janvier 1961.