Si ma tante en avait
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2012
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-266-22653-0
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Si ma tante en avait». Краткое содержание книги:
Voilà, brièvement résumé, ce qui se serait passé si ma tante en avait eu.
En outre, si ma tante en avait eu, on l'aurait appelée « mon oncle », pas vrai ?
Heureusement, ma tante n'en avait pas.
Par contre Santantonio et Béru, eux, en avaient.
Et des grosses comme ça, viens voir !
— Trouvez un matelas et apportez-le ici, ordonné-je à Le Guennec et Maumau.
Je soulève une paupière de la Vieillerie. C’est blanc. D’un blanc jauni par des rébellions hépatiques.
— Pinaud, tu m’entends ? lui chuchoté-je à l’oreille.
Rien.
Redoublement des sanglots du violon béruréen.
— Mon Pinuche ! Not’ pote ! Not’ vieillasse ! Not’ radoteur chéri ! Not’ vieille guenille ! Not’ saloperie ! Not’ vieux con ! Tu vas pas m’crever d’vant, dis, ordure ! J’t’interdis, boug’ d’dégueulasserie ! Ah ! m’fais pas le coup, ’spèce de larve, qu’autrement sinon j’t’cause plus jamais de ce qui s’appelle jamais ! Mais r’gardez-moi, ce nom d’Dieu de bastringue de merde qui nous lâche ! Mais y va l’faire, l’salaud pourri ! Y l’est cap’, j’vous dis ! Mont’ton palpitant, mon bijou : ouf ! ça breloque encore. Tiens bon la rampe, ma Pine. Laisse-toi pas glisser, vieux frivole. On en reboirera des pots ensemb’… J’t’interdis de canner, moi et San-A. Hein, San-A, que tu lu défends formel ? T’entends, la Pine ? Y t’défend, le commissaire de mes deux ! Essaie un peu, et tu voiras ce qu’t’encours, vieux Nougat ! Pote ou pas, tu la sentireras passer, promis, bourrique ! Retiens-toi, quoi ! Qu’est-ce t’as dit ? T’as pas dit ? Il a pas dit ? Qu’est-ce vous dites ? C’tait un pet ? Juste un pet ? Ben c’est qu’y eguesiste alors ! J’ai jamais entendu péter un mort ! Si, vous pensez qu’ça arrive ? L’air des poumons qui s’en va par l’trou duc ? Ecoute, Pinuche, arrête ta mauvaise tête. Bon, t’agonises, et alors ? T’vas pas n’s’en chier des pendules ! Soye sérieux, César. Coule pas à pic. Maintiens-toi, merde ! Mont’ que t’en as dans le futal. Y a plein d’gonzesses encor’ à brosser ! Tu craches pas dessus, vieille seringue. J’ai jamais trouvé un plus viceloque qu’ta pomme. Av’c ton air con et ta vue basse t’embourbais les frangines d’première. Oh, pas du surchoix, pas d’la fraîcheur angélique, mais les bons vieux fourneaux qu’ont l’fion comm’ des portes de grange. T’mettais dix minutes à t’dégainer Coquette d’au travers tes maillots, longs calcifs et pans d’limace, mais quand t’avais estrapolé ta rapière, l’aminche, fallait t’voir monter en danseuse ! T’as pas le mahousse chibroque impressionnant, comme disons moi, de c’lui qui fait siffler les dames d’admirance, ou bien qui les tourmente de son ampleur, vu qu’t’as des gerces que l’mari les ouvrage à la pointe Bic. Mais t’ent’ dans la catégorie des gonziers qu’ça n’a pas d’importance, la dimension. Des ceuss qui compensent la moyenneté d’leur paf par une technique vigoureuse. Toi, ta spécialité, c’est la l’vrette, et pour un larron d’ton carat, chapeau ! J’sais pourquoi qu’tu prédictionnes pour la l’vrette, Bébé rose : ça t’permet de limer en conservant ton mégot et ton chapeau. T’as tes marottes.
« J’m’rappelle la vieille douarière ritale, qu’t’embourbais à la paresseuse après l’avoir retroussée comm’ un pébroque. Tu l’enfournais par la poupe, saligaud, et t’avais les bras croisés su’ son dos, comme tu t’serais trouvé à visionner Napoli du balcon d’ton hôtel. Le bord d’ton vieux bada était rabattu, et on ne voiliait qu’ton sourire béat autour d’ton mégot. Ta force, c’est qu’tu peux varloper pendant des plombes sans fatiguer. Tu pars pas à dame tout d’suite. T’as une haute r’tenue, Pinuche. Comme si tu pens’rais à aut’chose ; à des trucs qu’ont rien à voir et qui t’font rigoler. T’es l’seul commak. Dieu sait si j’en ai visionné, des mecs en train d’bien faire. Tous, c’qu’est frappant, c’est le comment y sont préoccupés par le tagada. Soucieux, on dirait, ronchons, même. Toi, jamais. La marrade ! Le grand sourire délicieux. Comme chez l’photographe. Bonsoir mesdames, bonsoir mesdemoiselles, bonsoir messieurs. Vive la France ! Alors j’veux encore t’voir bavouiller, frangin ! J’t’emmènerai dans des claques qu’j’sais, où y a des d’moiselles d’la bonne société. Ecoute, j’te prêterai Berthe, si l’cœur t’en dira. Ouais, mon drôle, j’irai jusqu’à là pour ta régalade. Tout, mais j’veux pas que tu crèves. Meurs pas, j’t’enverrai des caisses de muscadet sur lie ; je t’achèterai la tévé couleur. On bouffera encore l’foie gras de la Barrière Poquelin. On s’fera sucer, Pinaud, je te garantis. Enfin, Seigneur, quoi : une bonne pipe, ça vaut l’coup d’pas clamser, non ? Tu mourriras plus tard, quand’j’s’rai vioque. Qu’on aura l’âge d’se faire des raisons. Qu’on aura plus b’soin les uns de l’aut ; qu’on s’ra d’venus égoïss et qu’aura plus qu’nos bobos pour nous préoccuper. Bon, allez, c’est dit, tu vis.
Le Gros lève sur moi la face la plus sublime qu’il m’ait été donné de rencontrer.
— Il va vivre, me dit-il en souriant à travers ses larmes. J’le connais — il va vivre !
— Avez-vous remarqué une chose, monsieur le commissaire ? murmure Le Guennec.
Pinuche est allongé sur un matelas, nous avons étalé une couverture sur sa chétive carcasse. Il continue ses râleries éprouvantes. Bérurier lui tient la main. Continue de lui parler, et reparler, à en déparler, comme si les mots contenaient l’irréparable à distance, comme s’ils insufflaient de la vie à notre cher vieux copain.
— Remarqué quoi, Le Guennec ?
— Le poste de radio.
J’avoue que seul Pinuche a capté mon attention jusqu’alors. Je balance un coup de périscope à l’appareil, lequel continue de fonctionner. Et je tressaille (ou bien sourcille, si tu estimes que ça fait plus sobre). Il ne s’agit pas d’un poste à transistor ordinaire, mais d’un appareil récepteur-émetteur. Pour l’instant il est branché sur les ondes de la Marine Nationale et on ne perçoit que des converses échangées à travers l’espace, avec des noms de code, des chiffres, des termes abscons pour les non initiés. Je branle le chef (je suis le chef, j’ai le droit).
— Votre ami sait se servir d’un appareil émetteur ? me demande mon collaborateur.
Je sursaute (ou re-sourcille, si vraiment ça te paraît mieux approprié).
Tiens ; c’est vrai que Pinuche a des dons de sans-filiste, comme il le dit lui-même dans son vieux langage de boy-scout d’un autre âge.
— En effet, il sait.
— C’est à se demander ce qu’il fabriquait sur cette île, hein ? lâche hypocritement Le Guennec.
Oui : c’est à se le demander. Car, visiblement, Pinaud était « installé » dans ce bungalow. Son pardingue est accroché au portemanteau, et son veston posé sur le dossier de sa chaise. Il buvait du calva en manœuvrant le poste. Il était en communication avec qui ? Donc, sa carte de représentant en bandocheries lui servait de façade ?
Mais pour qui travaillait-il, ce bougre de cachotier ?
Je rafle la boutanche et me téléphone un grand coup de raide dans les profondeurs afin d’y apporter la paix.
La Pinasse râle de plus en plus fort. Béru lui exprime des choses de plus en plus tendres. Le Guennec devient de plus en plus dubitatif. Et Santonio de plus en plus perplexe. Il se dit des machins, l’Antonioniote. Que, par exemple, il est troublant qu’ils soient mutés dans un bled, lui et Béru, dont le sous-préfet n’est autre que le Vieux. Troublant qu’il tombe sur un représentant de commerce qui n’est autre que César Pinaud. Et plus troublant encore qu’il se mette à se passer des événements comme il n’y en eut jamais à Ploumanac’h Vermoh : l’explosion du phare, le meurtre du gardien, l’assassinat d’un patron pêcheur ; l’assassinat d’une îlote ; le retour au pays d’un gibier de potence, dynamiteur patenté. Oh ! mais tu sais que ça fait beaucoup ? Que ça fait trop ? N’en jetez plus, la cour est pleine.
Pour qui sans-filait Pinaud ?
Qui l’a massacré ?