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Intrigue à Giverny

Электронная книга - «Intrigue à Giverny». Краткое содержание книги:

Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l'œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit.
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— C’est gai ! Ça me plaît cette histoire.

— Clemenceau, sans hésiter, a pris sur la table de la cuisine une nappe de cretonne à fleurs, celle qui était toujours là, il l’a mise lui-même sur le cercueil, et Monet est parti enroulé dans sa nappe. On ne l’a pas retirée au cimetière, elle est descendue dans son caveau, on a jeté la terre dessus. Il avait interdit les fleurs, pour qu’on ne dévaste pas son jardin en l’honneur de ses funérailles, il aura eu pour son dernier voyage les fleurettes de sa nappe de cuisine, et tous ceux qui ont raconté cela ont trouvé que c’était beau… »

Ici la boucherie, la boulangerie, le bistrot sont devenus des galeries qui vendent des croûtes avec en vitrine dans l’une d’elles cette magnifique inscription « médaille de vermeil — artiste peintre impressionniste — juin 2010 » —, il était temps ! Une boutique spécialisée dans le savon parfumé — le meilleur rapport entre le coût de production et le prix de vente — s’intitule « Autour du savon ». Ici, le gogo, on le voit venir.

Ils se sont installés devant l’hôtel Baudy, qui dispose des tables dehors, pour prendre un café. Deux ou trois couples sont déjà assis, un visiteur isolé, au fond, regarde le champ voisin. Les premiers cars de touristes ne sont pas encore là.

« Et tu leur as raconté quoi à tes collègues du Mobilier national, qu’après Monaco, tu avais besoin d’une journée à la campagne ?

— J’ai appelé la secrétaire ce matin pour dire que j’avais la crève depuis trois jours, elle m’a dit de rester bien au chaud, je réapparaîtrai lundi avec une écharpe et tout le monde sera très gentil avec moi…

— Étrange ce que tu as appris chez Dechaume. Et sa femme, il faut qu’elle soit jalouse pour débouler comme ça…

— Elle est d’une éternelle jeunesse, elle fait du sport, elle danse, je l’ai trouvée sympathique, je n’avais pas l’intention de lui voler son mari, tu sais… J’espère bien être comme ça à son âge, une lionne. Je ne sais pas ce qu’il a cherché à me dire. Il pense que Monet s’est enrichi considérablement, et qu’il ne le devait pas qu’à sa peinture.

— C’est fou, le plus grand peintre français n’aurait peint que pour couvrir ses vraies activités…

— Reste à savoir ce qu’il faisait.

— Trafic de boutons de roses ? Oignons de tulipes ?

— La spéculation sur les tulipes, c’était au XVIIe siècle. Monet laissait de grosses sommes chez Truffaut, mais pas à ce point-là…

— Truffaut existait déjà ? Le magasin de plantes de Tolbiac ? C’est bien une chaîne de grands magasins de plantes vertes, c’est ça ?

— À l’époque c’est Georges Truffaut, le pépiniériste, le créateur de l’entreprise, qui descend d’un Truffaut qui était déjà jardinier à Trianon.

— Mais tu es incollable sur le jardinage, ma petite Péné, je vais te donner une chronique historique régulière ! »

Wandrille envisage, avec méthode, plusieurs possibilités. Claude Monet se déplace, beaucoup, presque toujours seul. Ses voyages n’obéissent en apparence à aucune logique. Il peint par crises, il brosse ses toiles plutôt vite — entre-temps, que fait-il ? Qu’est-ce qui l’attire à Monaco, à Londres, à Rouen, à Venise, au fin fond de la Norvège ?

Antonin Dechaume a peut-être lancé Pénélope sur cette piste pour qu’elle fasse éclater elle-même un scandale que lui ne peut pas exposer au grand jour : un Monet un peu escroc, affairiste, maniant des paquets d’actions… Trafique-t-il des diamants, de l’or, de la fausse monnaie ?

« Tu crois que les diamants sont encore cachés quelque part à Giverny ? Dans une poutre, dans le moulin à café ? Ça expliquerait l’intrusion de l’autre nuit, la veille de la disparition des deux femmes à Marmottan… »

C’est alors qu’ils ont entendu une voix suraiguë, désagréable et saccadée. Un petit homme en imperméable noir, celui qui était assis le plus loin d’eux et leur tournait le dos, élevait le ton. Il massacrait la malheureuse serveuse qui n’était pas arrivée assez vite.

« On vous a gardée, vous êtes la pire. Quand on travaille comme ça, chez moi on est renvoyé. Si au moins vous étiez jolie. Tournez-vous, même pas, allez, ma pauvre fille, dégagez. »

Wandrille, qui ne supporte pas qu’on parle mal aux serveuses dans les restaurants, d’un mouvement chevaleresque, veut intervenir.

Pénélope qui le connaît par cœur l’arrête en posant sa main sur son bras. L’homme vient de se taire, de se retourner, elle a vu son visage, elle chuchote :

« Celui qui s’énerve, c’est l’homme qui, à Paris, jouit d’une réputation inégalée de zénitude et de bienveillance, l’incarnation de la sagesse japonaise, le maître de ces lieux, Kintô Fujiwara. Il a accueilli ici même voici quelques mois l’empereur du Japon, le fils du Ciel. Ce n’est pas lui que tu es venu voir ? »

Car cette fois, c’est Wandrille qui a pris l’initiative. Il a téléphoné en se présentant comme le rédacteur en chef de Jardins Jardins, Fujiwara a accepté bien sûr de le recevoir et de tout leur montrer. Wandrille a même annoncé qu’il viendrait avec une de ses journalistes qui ferait un premier repérage photo. Le vieux sage ne les attend que dans vingt minutes. Ils le regardent partir en vociférant. Les gens ne sont pas toujours ce qu’on croit — mais ce n’est pas une raison pour faire de lui un suspect.

8

Pourquoi il n’est pas si facile d’enlever un bureau à cylindre

Giverny, samedi 25 juin 2011

Vingt minutes plus tard, c’est le grand Kintô Fujiwara, le maître des nuages, qui les accueille à l’entrée — pour leur éviter d’attendre avec les visiteurs, signe d’une exquise politesse. Son visage est désormais marqué par une paix intérieure admirable et il arbore la veste en velours côtelé qui suggère un amoureux de la nature et des jardins. Un sécateur dépasse d’une poche de côté.

Pénélope est fascinée par la visite de la maison. Dans le salon-atelier du rez-de-chaussée, elle s’empare de la feuille qui est mise à la disposition des visiteurs et joue à repérer, parmi les copies qui couvrent les murs, des Monet qu’elle connaît : la cathédrale de Rouen qu’elle a aperçue au musée Marmottan, des nymphéas, des tableaux qu’elle n’a jamais vus en vrai, qui sont à Washington ou à Cleveland. C’est l’univers de Monet avant le big bang du marché de l’art, quand tous les chefs-d’œuvre étaient concentrés dans ce noyau en fusion, dense et lourd, avant de partir aux extrémités de l’univers. Une photographie encadrée, en évidence sur une console, montre Monet debout, dans cette pièce, cigarette au coin des lèvres, épanoui. C’est à partir de ce cliché et de quelques autres qu’on a pu restituer l’accrochage des répliques.

« Mais le grand tableau du fond, ce n’est pas le même… Sur la photo ce sont des nymphéas…

— Oui, explique Fujiwara, en s’inclinant un peu, je vois que le rédacteur en chef du grand magazine des jardins aime aussi la peinture. Vous avez raison, il y avait là Nymphéas bleus, c’est celui pour lequel l’autorisation de faire une réplique ne nous a pas été donnée par le collectionneur, il n’y a rien eu à faire. Du coup on a mis ces femmes en barque, En canot sur l’Epte, c’est le titre, du musée Assis de Chateaubriand de São Paulo, parce qu’il avait à peu près les mêmes dimensions et les mêmes teintes. À Versailles, on dirait que c’est “un équivalent”, j’en ai beaucoup parlé avec mon amie Béatrix, la directrice des collections du château : quand on place une commode de Marie-Antoinette à Saint-Cloud entre deux fenêtres dans ses appartements, parce qu’on ne peut pas copier la vraie commode qui est en Angleterre. Et puis, à Versailles, on ne fait pas de copies…

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