La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Lettre 19. Ursule, à Fanchon.
[Elle continue à lui rendre compte de toute sa conduite, qui marque bien de la coquetterie!].
8 mars.
Comme je ne fais guère mes lettres qu’en cachette, ma chère sœur, afin de pouvoir parler plus librement, j’écris par petits intervalles, et il n’est pas dit que tu auras cette lettre à trois jours de la date, comme cela pourrait être, si je la finissais aujourd’hui. Je t’accuse d’abord la réception de la lettre que m’écrivit mon frère; elle est fort courte, et je te la copie:
Lettre d’Edmond.
Je pars pour S**, ma bonne amie, sur une lettre du cher aîné, qui me mande l’heureux accouchement de son épouse, notre sœur aussi tendre, que si elle était du même sang. Je craignais ce moment; on craint toujours pour ce qu’on chérit: et c’est doublement que j’aime Fanchon Berthier, pour elle-même, et à cause de mon frère, qui sentirait beaucoup plus qu’elle tout ce qui pourrait arriver de mal à son aimable moitié. Ainsi, réjouis-toi, avec nous, chère sœurette, de ce qu’elle va bien, et représente-toi la joie qu’on doit avoir eue, chez nous, à la venue de ce nouveau-né, issu de deux personnes si méritantes, si chéries, et si dignes de l’être. Je ne t’en marquerai pas davantage à ce sujet; car je pars: je ne fermerai pas non plus ma lettre, sans dire un mot de notre déesse, et de sa charmante sœur. La première a sur moi des droits inaliénables; ils sont étayés par tout ce qui peut les éterniser: et quant à la seconde, elle m’occupe déjà bien plus qu’on ne croit! Fais-leur ma cour à toutes deux, surtout à l’aînée, qui tient mon sort dans sa main, et celui de ce que j’ai de plus cher, de ma sœur. Adieu, bonne amie. Je pars, et je serai chez nous, auprès de nos chers parents, demain à deux heures et demie: c’est l’heure où tu recevras ma lettre, et sûrement je leur parlerai de toi, et de ce que je te dis ici en finissant.
Il n’y a qu’amitié, tendresse, bonne intelligence dans la famille où tu es entrée, et que tu rends aujourd’hui si heureuse, chère Fanchon; je suis sûre que tous nos frères et sœurs écriraient à ton sujet, comme Edmond vient d’écrire là, s’ils étaient à même de le faire. Je vais à présent te parler de la lettre de notre respectable et digne père à Mme Parangon, au sujet de Mlle Fanchette: je crois que tu l’as vue; mais dans le doute, je te la vais copier, comme celle de mon frère.
Madame,
Cette-ci est pour avoir l’honneur de vous demander une grâce, mais déjà octroyée par votre respectable père, mon digne ami, chez lequel je me suis transporté le jour même de la naissance de l’enfant dont est accouchée ma bru, femme de mon fils aîné, à celle fin de faire représenter Mlle Fanchette, votre aimable sœur, comme marraine dudit enfant, par Christine, l’une de mes filles: j’espère, madame, obtenir de vous le même agrément, ainsi que de Mlle votre sœur, vous suppliant de me faire un mot de votre main, qui m’autorise à me glorifier de votre consentement à toutes deux. Je ne traite point d’autre matière dans cette lettre, madame, cette-ci étant assez importante pour la remplir seule: si ce n’est pourtant, que je vous fais mes très humbles remerciements de vos incomparables bontés pour ma fille que vous avez par devers vous: agréez-les, je vous en supplie, madame, à raison de leur parfaite humilité, et du profond respect avec lequel j’ai l’honneur d’être, madame,
Votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.
E. R**.
Mme Parangon, dès qu’elle eut achevé de lire cette lettre, vint à nous, la joie dans les yeux, et demanda l’agrément de sa jeune sœur, qui le donna de la manière la plus obligeante, demandant même s’il fallait partir: sa sœur l’embrassa en souriant, et me dit de rendre témoignage des dispositions de sa chère Fanchette; et elles se félicitèrent toutes deux de ce que tu portais le même nom que ta petite commère: ce qui fait qu’elles espèrent que vous aurez fait appeler l’enfant Edmond-François. Mme Parangon mit aussitôt la main à la plume, pour écrire ce que voici: (mais il faut te prévenir que la lettre que vous avez reçue n’est pas la moitié de ce qu’elle avait écrit: c’est pourquoi je vais te la remettre ici en entier, car elle m’en a laissé le brouillon):