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Dexter dans de beaux draps [Dexter by Design - fr]

Электронная книга - «Dexter dans de beaux draps [Dexter by Design - fr]». Краткое содержание книги:

Il ne fait pas bon être un touriste à Miami. Un tueur particulièrement inspiré s’est mis en tête de transformer les saisonniers en paniers garnis, prenant bien soin de mettre les tripes de côté. Excellente remise en jambe pour Dexter. Les choses se corsent lorsque Deborah apprend le péché mignon de son frère avant d’être poignardée et qu’une vidéo sur You Tube menace de révéler la véritable nature de Dexter…
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Au bout d’un moment, Coulter se racle la gorge.

— Bon, d’accord, dit-il. (Je hausse poliment les sourcils.) Il faut qu’on discute de ta déposition.

— Laquelle ?

— Celle qui concerne l’agression de ta sœur. Deux, trois trucs collent pas.

— D’accord.

— Bon, alors… euh… redis-moi ce que tu as vu.

— J’étais assis dans la voiture.

— À quelle distance ?

— Disons quinze mètres.

— Mmm, mmm. Comment ça se fait que tu l’aies pas accompagnée ?

— Eh bien, expliqué-je en songeant que ça ne le regarde pas du tout, je n’ai pas vu l’intérêt de le faire.

— Tu aurais pu l’aider, dit-il après un silence. Empêcher le mec de la poignarder.

— Peut-être.

— Tu aurais pu agir comme un équipier. (D’évidence, cette histoire de lien sacré le travaille toujours. Je me retiens de répondre, et il reprend, après un autre silence :) Donc, la porte s’ouvre, et, boum, il la plante ?

— La porte s’ouvre, et Deborah montre son badge, corrigé-je.

— Tu en es sûr ?

— Oui.

— Mais tu étais à quinze mètres ?

— J’ai de bons yeux, dis-je, en me demandant si tous mes visiteurs de la journée ont décidé de jouer à celui qui sera le plus pénible.

— O.K. Et ensuite ?

— Ensuite, raconté-je, revivant les faits dans un ralenti saisissant, Deborah tombe. Elle essaie de se relever, n’y arrive pas, et je me lance à son secours.

— Et ce mec, là, Dankawitz ou je sais pas quoi, il bouge pas ?

— Si. Il est rentré, mais il ressort juste quand j’arrive auprès de Deborah.

— Mmm, mmm… Combien de temps il a disparu ?

— Dix secondes maxi. En quoi c’est important ?

Coulter sort le cure-dents de sa bouche et l’observe. Apparemment, même lui trouve ce spectacle atroce, car il le jette dans ma corbeille. Qu’il manque, bien entendu.

— Voilà le problème : les empreintes sur le couteau sont pas les siennes.

Il y a un an, je me suis fait enlever une dent de sagesse et le dentiste m’a administré du protoxyde d’azote. L’espace d’un instant, j’ai éprouvé la même sensation d’étourdissement hébété qui me gagne à présent.

— Les… hum… empreintes ?

— Ouais, dit-il avant de prendre une petite lampée de soda. On les a prises quand on l’a écroué. Naturellement. (Il s’essuie les lèvres d’un revers de main.) Et on les a comparées à celles du couteau. Eh bien, elles correspondent pas. Alors là, je me dis, merde. C’est pas possible !

— Naturellement.

— Du coup, je me suis dit qu’ils étaient peut-être deux, parce que, sinon, ça peut pas coller, pas vrai ? (Il hausse les épaules et, hélas pour tout le monde, sort un autre cure-dents de sa poche de chemise et entreprend de le mâchouiller.) C’est pour ça que je suis venu te redemander ce que tu avais vu.

Il pose sur moi un regard d’abruti forcené qui m’oblige à fermer les yeux pour pouvoir réfléchir. Je me repasse mentalement la scène : Deborah sur le seuil, la porte qui s’ouvre. Deborah qui montre son badge et qui s’effondre brusquement. Sauf que je vois seulement le type de profil, sans plus de précision. La porte s’ouvre, Deborah montre son badge, le profil. Non, rien de plus. Pas d’autre détail. Cheveux noirs et chemise claire, mais la moitié des gens sont comme ça, y compris le Doncevic que j’ai assommé peu après.

Je rouvre les yeux.

— Je crois que c’est le même type, dis-je. (Malgré mes réticences, je poursuis. Après tout, même s’il est repoussant, c’est le représentant de la Vérité, de la Justice et de l’Américanité.) Mais, pour être honnête, je ne peux pas en être totalement sûr. Tout s’est passé trop vite.

Coulter mord son cure-dents. Je le vois s’agiter au coin de ses lèvres un moment, le temps qu’il se rappelle comment on fait pour parler.

— Donc, ils auraient pu être deux.

— Je suppose, oui.

— Le premier la poignarde, s’enfuit en paniquant, l’autre panique aussi, sort voir, et tu lui en colles une.

— C’est possible.

— Deux, répète-t-il.

Ne voyant pas l’intérêt de répondre deux fois à la même question, j’attends en regardant le cure-dents tressauter. Si j’ai éprouvé tout à l’heure un vague sentiment de malaise, ce n’est rien à côté du tourbillon qui s’agite en moi. Si les empreintes de Doncevic ne sont pas celles du couteau, c’est qu’il n’a pas poignardé Deborah ; élémentaire, mon cher Dexter. Et s’il n’a pas poignardé Deborah, il était innocent et j’ai commis une très grosse erreur.

Cela ne devrait pas me tracasser. Dexter fait ce qu’il doit faire et sa seule raison d’agir contre ceux qui le méritent est le Code de Harry. Pour le Passager noir, je pourrais choisir les victimes au hasard. Nous serions tout aussi agréablement repus. Ma manière de choisir repose simplement sur la logique glaciale du couteau imposée par Harry.

Mais il est possible que la voix de Harry soit plus enracinée encore en moi que je ne le pense, car l’idée que Doncevic puisse être innocent me fait déraper. Et, avant même que je réussisse à reprendre le contrôle de cette déplaisante situation, je m’aperçois que Coulter me dévisage.

— Oui…, dis-je, sans bien savoir ce que cela signifie.

Coulter balance à nouveau son cure-dents mutilé dans la corbeille. Qu’il manque de nouveau.

— Alors où est l’autre mec ? demande-t-il.

— Je n’en sais rien, réponds-je.

Mais j’ai vraiment envie de le découvrir.

16

J’ai parfois entendu mes collègues déclarer qu’ils avaient le « bourdon » et je me suis toujours considéré comme béni de ne pas pouvoir être victime d’une affection dotée d’un nom aussi peu séduisant. Mais les dernières heures de ma journée de travail ne peuvent être décrites d’aucune autre manière. Dexter le Découpeur, Dexter le Duc destructeur, Dexter le Dur, le Vif et le Totalement Dénué d’Âme - Dexter a le bourdon. C’est désagréable, évidemment, mais en raison de la nature même de cet état je n’ai pas l’énergie de réagir. Je reste à mon bureau à bousiller des trombones en regrettant de ne pas pouvoir faire disparaître aussi aisément les images qui défilent dans ma tête : Deborah qui tombe, mon pied frappant la tempe de Doncevic, le couteau brandi, la scie que j’abaisse…

Le bourdon. C’est à la fois idiot, gênant et débilitant. O.K., dans les faits, Doncevic était en quelque sorte innocent. J’ai commis une malencontreuse petite erreur. Et alors ? Personne n’est parfait. Pourquoi prétendre que je le suis ? Vais-je vraiment m’imaginer que je m’en veux d’avoir pris la vie d’un innocent ? Ridicule. Et puis, qui est innocent, après tout ? Doncevic s’amusait avec des cadavres et a coûté au tourisme et au budget de la ville des millions de dollars. Des tas de gens à Miami auraient été ravis de le tuer, ne serait-ce que pour arrêter cette hémorragie financière.

Le seul problème, c’est que l’une de ces personnes n’est pas moi.

Je ne suis pas grand-chose, je le sais. Je n’ai jamais prétendu posséder de véritable humanité et je ne me répète pas que ce que je fais est juste simplement parce que mes compagnons de jeu sont taillés dans la même étoffe. En fait, je suis relativement sûr que le monde se porterait bien mieux sans moi. Notez bien, je n’ai jamais été très pressé d’améliorer le monde de ce côté-là non plus. Je tiens à rester en vie le plus longtemps possible, parce que, quand on meurt, soit tout s’arrête pour de bon, soit une brûlante surprise attend Dexter. Et l’alternative ne paraît pas très séduisante.

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