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Электронная книга - «La route de l'espoir 2». Краткое содержание книги:

La route de l'espoir 2
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Joffrey, qui s'enchantait de sa beauté et lui faisait beaucoup de frais, n'avait pas plus de succès. Cependant, elle savait être curieuse, observait autour d'elle, mais les humains, leurs voix, leurs gestes n'attiraient pas plus son attention que le reflet du soleil ou le brillant d'un objet. On aurait dit qu'elle ne cessait d'écouter en elle-même le chœur des anges.

Rarement, se mettait-elle en colère. Mais, lorsque son jumeau donnait le branle, elle le suivait aussitôt avec une conviction et une vigueur qui, heureusement, n'avaient rien d'éthéré.

Ensemble, ils redressèrent la tête pour jeter un regard par-dessus les bords du berceau, ensemble ils se cramponnèrent d'une main, puis s'assirent.

Le jeune Raimondeau, une fois assis, se tenait fort droit et refusait, avec une force insoupçonnée, de s'étendre de nouveau. Il déroutait le jugement populaire qui aime à s'exprimer en opinions catégoriques, sans appel, traduisant un avis général que personne ne conteste. On dit d'un enfant, « il est beau ! Il est laid ! » Or, il offrait les caractéristiques d'être à la fois laid et beau.

Lorsque l'on surprenait dans son visage allongé, mais qu'il soutenait avec une fierté d'infant espagnol, le regard impérieux de ses prunelles sombres, ni noires ni marron, « couleur de café brûlant plein de mousse brune », disait Honorine, il était beau. L'on ne voyait plus que ce regard et sa petite bouche bien modelée, impérieuse elle aussi.

À d'autres moments, comme s'il avait été ramené subitement à la conscience de son état chétif de miraculé-ressuscité, il reprenait une apparence souffreteuse et, sous son crâne rond toujours peu garni, son nez se révélait ridiculement pointu, son visage encore plus étroit et blafard. Il était laid.

Mais à six mois, l'on se prononça pour la beauté : ses joues se remplissaient.

*****

Par les nuits de fort gel, on entendait les loups et Honorine se tenait éveillée.

Depuis que Cantor lui avait fait écouter le concert des loups, elle avait toujours été traversée de pitié par les hurlements de ces pauvres loups cherchant pitance, et souvent elle restait assise sur sa couchette, rêvant de leur apporter des tombereaux de belle viande. Eux l'attendaient dehors avec espoir, en rond devant la porte et la regardaient de leurs beaux yeux d'or obliques. Elle les faisait entrer dans le fort.

Quand elle restait ainsi sans trouver le sommeil dans son petit lit à écouter, au loin, l'appel des loups, il arrivait que soudain il fût là, à son chevet, son père. Il lui disait :

– Ne t'inquiète pas. Les loups ne sont pas malheureux. C'est le sort des loups de ne pas manger tous les jours à leur faim, de chercher pâture, de franchir l'hiver. Pour qu'ils n'aient jamais faim, il faudrait les asservir. Ils ne demandent pas tellement d'être nourris que d'être libres. Pour les loups, pour les bêtes, la chasse c'est un jeu. Poursuivre et être poursuivis, c'est un jeu et s'ils perdent et meurent, cela fait partie du jeu... Ils ne savent pas qu'ils sont vaincus. Seulement qu'ils ont bien mené leur vie de loup. Tu préfères avoir faim que d'être en prison, n'est-ce pas ? Les loups ne sont pas moins courageux que les hommes...

Il savait qu'il ne la consolerait pas ainsi, la drôle de petite fille qui était blessée par la souffrance des êtres innocents, qui portait en elle un sens aigu, inguérissable de tous les abandons, de toutes les répudiations. Elle était tout instinct. Et ses raisonnements d'une logique implacable cachaient une profonde méfiance pour les explications des « grandes personnes ».

Mais, par sa venue à son chevet, il posait un baume momentané sur ses blessures. Son attention la comblait et pour lui faire plaisir elle voulait bien faire semblant de le croire, de le croire un peu. « Les loups n'étaient pas malheureux. » Il l'avait dit. Il devait le savoir, lui qui savait tout.

Elle se laissait border par lui, le grand seigneur qui commandait à la mer et aux Iroquois, et qui faisait éclater le tonnerre en gerbes rouges, blanches et bleues. Et qui était son père.

Et elle fermait les yeux avec un air de sagesse très composé et très inhabituel chez elle qui le faisait sourire de tendresse.

Les alternatives de l'hiver : jours de tempête, ensevelissement, retour du soleil dont il fallait profiter pour dégager portes et fenêtres et creuser des tranchées à travers la cour, jours de gel qui vous poignait jusqu'aux os dès qu'on mettait le nez dehors, puis de nouveau l'annonce des tempêtes, rythmaient la vie quotidienne. Les veillées prenaient une grande importance. Et les livres.

Les navires d'Europe amenaient chaque année un nombre considérable de livres en langues française, anglaise, espagnole ou néerlandaise.

De mystérieux colis préparés d'avance attendaient à Cadix le navire d'Erikson, groupant des productions venues de Londres ou de Paris, souvent via Amsterdam qui était le centre d'éditions clandestines d'ouvrages interdits dans leur pays d'origine pour subversion religieuse ou politique.

Plus ouvertement, Florimond avait pu commencer de leur faire l'envoi de ces multiples brochures, romans en prose ou en vers, qui paraissaient et se vendaient comme des « petits pains » et comblaient les aspirations de rêve, de féerie, de méditation et d'avidité à s'instruire d'une société qui était sortie totalement inculte de cent ans de guerres de religion, mais avait pris goût à travers les disputes théologiques aux exercices de l'esprit.

En France, éditeurs et libraires faisaient fortune. Bourgeois, petits-bourgeois, artisans étaient avides de s'évader par l'imagination des âpretés de la vie quotidienne et jusque chez les miséreux. À la cour des Miracles, Angélique avait vu d'anciens scribes ou professeurs de Sorbonne déchus par l'ivrognerie ou autre malchance lire à haute voix des romans que gueux et garces écoutaient en pleurant.

Honorine demandait souvent à M. Jonas de lire dans sa bible l'histoire d'Agar. Elle s'y intéressait en souvenir de la petite Rôm qu'elle avait rencontrée à Salem, qui se parait de fleurs et se nommait Agar.

Dans le récit biblique, la lâcheté et pour tout dire la veulerie et la médiocrité des grands hommes de la Bible, comme cet Abraham entre autres qui chassait au désert sa servante Agar et son jeune fils parce que sa vieille épouse était jalouse de l'enfant Ismaël, ne la choquaient pas outre mesure.

M. Jonas, par sa voix solennelle et dévote, essayait d'en faire un héros admirable, mais la jeune Honorine n'était pas dupe.

Qu'attendre d'autre des adultes ?

Mais elle aimait la scène du désert, la vérité du récit dont elle partageait mot à mot les étapes, l'angoisse de la soif, la fatigue de la mère et de l'enfant, l'ombre courte d'un palmier compatissant qui ne pouvait être le salut à lui seul, et l'humanité des sentiments de la pauvre Agar, folle de la plus grande douleur des femmes : la mort de leur enfant, fuyant, en se tordant les bras sous le soleil, l'intolérable, l'insoutenable épreuve, celle d'assister à l'agonie du bel Ismaël chéri, injustement rejeté et condamné... L'intervention de l'ange la rendait rêveuse.

– Il aurait pu venir un peu plus tôt, l'ange, disait-elle.

– Ce n'est pas le rôle des anges, expliquait M. Jonas.

– Ils arrivent toujours presque trop tard, j'ai remarqué...

– In extremis dit-on. Ainsi, l'intervention du Très-Haut est plus éclatante.

In extremis. Honorine retint l'expression.

Elle regardait les jumeaux s'ébattre dans leur bercelonnette et se montrer leurs menottes l'un à l'autre d'un air ravi.

Eux aussi avaient eu des anges qui étaient venus les sauver in extremis. Elle se souvenait de ce qu'elle avait entendu répéter à Salem dans la maison de Mrs Cranmer : « In extremis ! In extremis. »

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