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Электронная книга - «Le Horla (1887)». Краткое содержание книги:

Le Horla est une nouvelle fantastique de Guy de Maupassant parue en 1886, puis dans une seconde version en 1887.
Le Horla trouve son origine dans une courte nouvelle de Maupassant, Lettre d'un fou, publiée sous le pseudonyme de Maufrigneuse, en 1885 dans le quotidien Gil Blas, qui développe déjà la même histoire, sans que le nom de « Horla » n'y soit mentionné.
Maupassant reprend ensuite les principaux éléments de Lettre d'un fou pour écrire deux autres versions de l'histoire sous le titre Le Horla. La première version du Horla est publiée en 1886 dans Gil Blas. La seconde version, plus connue et plus longue, paraît en 1887 dans un recueil de nouvelles homonyme1.
Les trois versions de l'histoire se présentent sous trois formes littéraires différentes : Lettre d'un fou, comme son titre l'indique, est un courrier fictif, la première version du Horla est un récit-cadre et la deuxième version prend la forme d’un journal intime inachevé qui laisse craindre que son propriétaire n’ait sombré dans la folie ou ne se soit suicidé.
La rédaction du Horla coïncide avec les prémices de la folie de Maupassant, de plus en plus victime d'hallucinations et de dédoublement de la personnalité à cause de la syphilis qu'il a contractée. Il tentera lui aussi de se suicider en 1892.
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Leurs maris étaient retournés à Paris dans l’après-midi, les laissant seules sur cette petite plage déserte qu’ils avaient choisie pour éviter les rôdeurs galants des stations à la mode. Absents cinq jours sur sept, ils redoutaient les parties de campagne, les déjeuners sur l’herbe, les leçons de natation et la rapide familiarité qui naît dans le désœuvrement des villes d’eaux. Dieppe, Étretat, Trouville leur paraissant donc à craindre, ils avaient loué une maison bâtie et abandonnée par un original dans le vallon de Roqueville, près Fécamp, et ils avaient enterré là leurs femmes pour tout l’été.

Elles étaient grises. Ne sachant qu’inventer pour se distraire, la petite baronne avait proposé à la petite comtesse un dîner fin, au champagne. Elles s’étaient d’abord beaucoup amusées à cuisiner elles-mêmes ce dîner ; puis elles l’avaient mangé avec gaieté en buvant ferme pour calmer la soif qu’avait éveillée dans leur gorge la chaleur des fourneaux. Maintenant elles bavardaient et déraisonnaient à l’unisson en fumant des cigarettes et en se gargarisant doucement avec la chartreuse. Vraiment, elles ne savaient plus du tout ce qu’elles disaient.

La comtesse, les jambes en l’air sur le dossier d’une chaise, était plus partie encore que son amie.

— Pour finir une soirée comme celle-là, disait-elle, il nous faudrait des amoureux. Si j’avais prévu ça tantôt, j’en aurais fait venir deux de Paris et je t’en aurais cédé un…

— Moi, reprit l’autre, j’en trouve toujours ; même ce soir, si j’en voulais un, je l’aurais.

— Allons donc ! À Roqueville, ma chère ? Un paysan, alors.

— Non, pas tout à fait.

— Alors, raconte-moi.

— Qu’est-ce que tu veux que je te raconte ?

— Ton amoureux ?

— Ma chère, moi je ne peux pas vivre sans être aimée. Si je n’étais pas aimée, je me croirais morte.

— Moi aussi.

— N’est-ce pas ?

— Oui. Les hommes ne comprennent pas ça ! Nos maris surtout !

— Non, pas du tout. Comment veux-tu qu’il en soit autrement ? L’amour qu’il nous faut est fait de gâteries, de gentillesses, de galanteries. C’est la nourriture de notre cœur, ça. C’est indispensable à notre vie, indispensable, indispensable…

— Indispensable.

— Il faut que je sente que quelqu’un pense à moi, toujours, partout. Quand je m’endors, quand je m’éveille, il faut que je sache qu’on m’aime quelque part, qu’on rêve de moi, qu’on me désire. Sans cela je serais malheureuse, malheureuse. Oh ! Mais malheureuse à pleurer tout le temps.

— Moi aussi.

— Songe donc que c’est impossible autrement. Quand un mari a été gentil pendant six mois, ou un an, ou deux ans, il devient forcément une brute, oui, une vraie brute… Il ne se gêne plus pour rien, il se montre tel qu’il est, il fait des scènes pour les notes, pour toutes les notes. On ne peut pas aimer quelqu’un avec qui on vit toujours.

— Ça, c’est bien vrai…

— N’est-ce pas ?… Où donc en étais-je ? Je ne me rappelle plus du tout.

— Tu disais que tous les maris sont des brutes !

— Oui, des brutes… tous.

— C’est vrai.

— Et après ?…

— Quoi, après ?

— Qu’est-ce que je disais après ?

— Je ne sais pas, moi, puisque tu ne l’as pas dit ?

— J’avais pourtant quelque chose à te raconter.

— Oui, c’est vrai, attends ?…

— Ah ! J’y suis…

— Je t’écoute.

— Je te disais donc que moi, je trouve partout des amoureux.

— Comment fais-tu ?

— Voilà. Suis-moi bien. Quand j’arrive dans un pays nouveau, je prends des notes et je fais mon choix.

— Tu fais ton choix ?

— Oui, parbleu. Je prends des notes d’abord. Je m’informe. Il faut avant tout qu’un homme soit discret, riche et généreux, n’est-ce pas ?

— C’est vrai.

— Et puis, il faut qu’il me plaise comme homme.

— Nécessairement.

— Alors je l’amorce.

— Tu l’amorces ?

— Oui, comme on fait pour prendre du poisson. Tu n’as jamais pêché à la ligne ?

— Non, jamais.

— Tu as eu tort. C’est très amusant. Et puis c’est instructif. Donc, je l’amorce…

— Comment fais-tu ?

— Bête, va. Est-ce qu’on ne prend pas les hommes qu’on veut prendre, comme s’ils avaient le choix ! Et ils croient choisir encore… ces imbéciles… mais c’est nous qui choisissons… toujours… Songe donc, quand on n’est pas laide, et pas sotte, comme nous, tous les hommes sont des prétendants, tous, sans exception. Nous, nous les passons en revue du matin au soir, et quand nous en avons visé un nous l’amorçons…

— Ça ne me dit pas comment tu fais ?

— Comment je fais ?… mais je ne fais rien. Je me laisse regarder, voilà tout.

— Tu te laisses regarder ?

— Mais oui. Ça suffit. Quand on s’est laissé regarder plusieurs fois de suite, un homme vous trouve aussitôt la plus jolie et la plus séduisante de toutes les femmes. Alors il commence à vous faire la cour. Moi je lui laisse comprendre qu’il n’est pas mal, sans rien dire bien entendu ; et il tombe amoureux comme un bloc. Je le tiens. Et ça dure plus ou moins, selon ses qualités.

— Tu prends comme ça tous ceux que tu veux ?

— Presque tous.

— Alors, il y en a qui résistent ?

— Quelquefois.

— Pourquoi ?

— Oh ! Pourquoi ? On est Joseph pour trois raisons. Parce qu’on est très amoureux d’une autre. Parce qu’on est d’une timidité excessive et parce qu’on est… comment dirai-je ?… incapable de mener jusqu’au bout la conquête d’une femme…

— Oh ! Ma chère ! … Tu crois ?…

— Oui… oui… J’en suis sûre…, il y en a beaucoup de cette dernière espèce, beaucoup, beaucoup… beaucoup plus qu’on ne croit. Oh ! Ils ont l’air de tout le monde… ils sont habillés comme les autres… ils font les paons… Quand je dis les paons… je me trompe, ils ne pourraient pas se déployer.

— Oh ! Ma chère…

— Quant aux timides, ils sont quelquefois d’une sottise imprenable. Ce sont des hommes qui ne doivent pas savoir se déshabiller, même pour se coucher tout seuls, quand ils ont une glace dans leur chambre. Avec ceux-là, il faut être énergique, user du regard et de la poignée de main. C’est même quelquefois inutile. Ils ne savent jamais comment ni par où commencer. Quand on perd connaissance devant eux, comme dernier moyen… ils vous soignent… Et pour peu qu’on tarde à reprendre ses sens… ils vont chercher du secours.

Ceux que je préfère, moi, ce sont les amoureux des autres. Ceux-là, je les enlève d’assaut, à… à… à… à la baïonnette, ma chère !

— C’est bon, tout ça, mais quand il n’y a pas d’hommes, comme ici, par exemple.

— J’en trouve.

— Tu en trouves. Où ça ?

— Partout. Tiens, ça me rappelle mon histoire.

« Voilà deux ans, cette année, que mon mari m’a fait passer l’été dans sa terre de Bougrolles. Là, rien… mais tu entends, rien de rien, de rien, de rien ! Dans les manoirs des environs, quelques lourdauds dégoûtants, des chasseurs de poil et de plume vivant dans des châteaux sans baignoires, de ces hommes qui transpirent et se couchent par là-dessus, et qu’il serait impossible de corriger, parce qu’ils ont des principes d’existence malpropres.

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