Tarass Boulba
- Автор: Гоголь Николай Васильевич
- Язык: французский
- Жанр: Русская классическая проза
Электронная книга - «Tarass Boulba». Краткое содержание книги:
Tarass Boulba est un Cosaque ukrainien, fier, vaillant, belliqueux – un Cosaque pour qui seules comptent sa foi orthodoxe, sa terre et la lutte immémoriale contre les Polonais. Il accueille ses deux fils, Ostap et Andreï, qui rentrent de Kiev, ayant terminé leurs études à l’université, et les conduit très vite à la Setch, le campement militaire des Cosaques. Mais Andreï, le cadet, tombe amoureux d’une belle Polonaise et passe à l’ennemi! Incapable de supporter cette trahison, son père le tue de ses mains. L’aîné, Ostap, est fait prisonnier. Dès lors Tarass Boulba n’a plus qu’une idée: le venger… Gogol écrit la première version de Tarass Boulba à vingt-six ans et met toute la fougue de sa jeunesse dans cette superbe exaltation du peuple cosaque qu’il a connu dans l’enfance: avec Tarass Boulba, on chevauche au vent de la steppe, on se bat avec héroïsme et férocité, on ripaille, on chante, bref on découvre la truculence de l’épopée à la russe, immortalisée au cinéma par Yul Brunner et Harry Baur.
Tarass ordonna à ses serviteurs de déballer un des chariots, qui se trouvait à l'écart. C'était le plus grand et le plus lourd de tout le camp cosaque; ses fortes roues étaient doublement cerclées de fer, il était puissamment chargé, couvert de tapis et d'épaisses peaux de bœuf, et étroitement lié par des cordes enduites de poix. Ce chariot portait toutes les outres et tous les barils du vieux bon vin qui se conservait, depuis longtemps, dans les caves de Tarass. Il avait mis ce chariot en réserve pour le cas solennel où, s'il venait un moment de crise et s'il se présentait une affaire digne d'être transmise à la postérité, chaque Cosaque, jusqu'au dernier, pût boire une gorgée de ce vin précieux, afin que, dans ce grand moment, un grand sentiment s'éveillât aussi dans chaque homme. Sur l'ordre du polkovnik, les serviteurs coururent au chariot, coupèrent, avec leurs sabres, les fortes attaches, enlevèrent les lourdes peaux de bœuf, et descendirent les outres et les barils.
– Prenez tous, dit Boulba, tous tant que vous êtes, prenez ce que vous avez pour boire; que ce soit une coupe, ou une cruche pour abreuver vos chevaux, que ce soit un gant ou un bonnet; ou bien même étendez vos deux mains.
Et tous les Cosaques, tant qu'il y en avait, présentèrent l'un une coupe, l'autre la cruche qui lui servait à abreuver son cheval; celui-ci un gant, celui-là un bonnet; d'autres enfin présentèrent leurs deux mains rapprochées. Les serviteurs de Tarass passaient entre les rangs, et leur versaient les outres et les barils. Mais Tarass ordonna que personne ne bût avant qu'il eût fait signe à tous de boire d'un seul trait. On voyait qu'il avait quelque chose à dire. Tarass savait bien que, si fort que soit par lui-même un bon vieux vin, et si capable de fortifier le cœur de l'homme, cependant une bonne parole qu'on y joint double la force du vin et du cœur.
– C'est moi qui vous régale, seigneurs frères, dit Tarass Boulba, non pas pour vous remercier de l'honneur de m'avoir fait votre ataman, quelque grand que soit cet honneur, ni pour faire honneur aux adieux de nos compagnons; non, l'une et l'autre choses seront plus convenables dans un autre temps que celui où nous nous trouvons à cette heure. Devant nous est une besogne de grande sueur, de grande vaillance cosaque. Buvons donc, compagnons, buvons d'un seul trait; d'abord et avant tout, à la sainte religion orthodoxe, pour que le temps vienne enfin où la même sainte religion se répande sur le monde entier, où tout ce qu'il y a de païens rentrent dans le giron du Christ. Buvons aussi du même coup à la setch, afin qu'elle soit longtemps debout, pour la ruine de tous les païens, afin que chaque année il en sorte une foule de héros plus grands les uns que les autres; et buvons, en même temps, à notre propre gloire, afin que nos neveux et les fils de nos neveux disent qu'il y eut, autrefois, des Cosaques qui n'ont pas fait honte à la fraternité, et qui n'ont pas livré leurs compagnons. Ainsi donc, à la religion, seigneurs frères, à la religion!
– À la religion! crièrent de leurs voix puissantes tous ceux qui remplissaient les rangs voisins. À la religion! répétèrent les plus éloignés, et jeunes et vieux, tous les Cosaques burent à la religion.
– À la setch! dit Tarass, en élevant sa coupe au-dessus de sa tête, le plus haut qu'il put.
– À la setch! répondirent les rangs voisins.
– À la setch! dirent d'une voix sourde les vieux Cosaques, en retroussant leurs moustaches grises; et, s'agitant comme de jeunes faucons qui secouent leurs ailes, les jeunes Cosaques répétèrent: À la setch! Et la plaine entendit au loin les Cosaques boire à leur setch.
– Maintenant un dernier coup, compagnons: à la gloire, et à tous les chrétiens qui vivent en ce monde.
Et tous les Cosaques, jusqu'au dernier, burent un dernier coup à la gloire, et à tous les chrétiens qui vivent en ce monde. Et longtemps encore on répétait dans tous les rangs de tous les kouréni: «À tous les chrétiens qui vivent dans ce monde!»
Déjà les coupes étaient vides, et les Cosaques demeuraient toujours les mains élevées. Quoique leurs yeux, animés par le vin, brillassent de gaieté, pourtant ils étaient pensifs. Ce n'était pas au butin de guerre qu'ils songeaient, ni au bonheur de trouver des ducats, des armes précieuses, des habits chamarrés et des chevaux circassiens; mais ils étaient devenus pensifs, comme des aigles posés sur les cimes des montagnes Rocheuses d'où l'on voit au loin s'étendre la mer immense, avec les vaisseaux, les galères, les navires de toutes sortes qui couvrent son sein, avec ses rivages perdus dans un lointain vaporeux et couronnés de villes qui paraissent des mouches et de forêts aussi basses que l'herbe. Comme des aigles, ils regardaient la plaine à l'entour, et leur destin qui s'assombrissait à l'horizon. Toute cette plaine, avec ses routes et ses sentiers tortueux, sera jonchée de leurs ossements blanchis; elle s'abreuvera largement de leur sang cosaque, elle se couvrira de débris de chariots, de lances rompues, de sabres brisés; au loin rouleront des têtes à touffes de cheveux, dont les tresses seront emmêlées par le sang caillé, et dont les moustaches tomberont sur le menton. Les aigles viendront en arracher les yeux. Mais il est beau, ce camp de la mort, si librement et si largement étendu. Pas une belle action ne périra, et la gloire cosaque ne se perdra point comme un grain de poudre tombé du bassinet. Il viendra, il viendra quelque joueur de bandoura, à la barbe grise descendant sur la poitrine, ou peut-être quelque vieillard, encore plein de courage viril, mais à la tête blanchie, à l'âme inspirée, qui dira d'eux une parole grave et puissante. Et leur renommée s'étendra dans l'univers entier, et tout ce qui viendra dans le monde, après eux, parlera d'eux; car une parole puissante se répand au loin, semblable à la cloche de bronze dans laquelle le fondeur a versé beaucoup de pur et précieux argent, afin que, par les villes et les villages, les châteaux et les chaumières, la voix sonore appelle tous les chrétiens à la sainte prière.
CHAPITRE IX
Personne, dans la ville assiégée, ne s'était douté que la moitié des Zaporogues eût levé le camp pour se mettre à la poursuite des Tatars. Du haut du beffroi de l'hôtel de ville, les sentinelles avaient seulement vu disparaître une partie des bagages derrière les bois voisins. Mais ils avaient pensé que les Cosaques se préparaient à dresser une embuscade. L'ingénieur français était du même avis. Cependant, les paroles du kochévoï n'avaient pas été vaines; la disette se faisait de nouveau sentir parmi les habitants. Selon l'usage des temps passés, la garnison n'avait pas calculé ce qu'il lui fallait de vivres. On avait essayé de faire une nouvelle sortie, mais la moitié de ces audacieux était tombée sous les coups des Cosaques et l'autre moitié avait été refoulée dans la ville sans avoir réussi. Néanmoins les juifs avaient mis à profit la sortie; ils avaient flairé et dépisté tout ce qu'il leur importait d'apprendre, à savoir pourquoi les Zaporogues étaient partis et vers quel endroit ils se dirigeaient, avec quels chefs, avec quels kouréni, combien étaient partis, combien étaient restés, et ce qu'ils pensaient faire. En un mot, au bout de quelques minutes, on savait tout dans la ville. Les colonels reprirent courage et se préparèrent à livrer bataille. Tarass devinait leurs préparatifs au mouvement et au bruit qui se faisaient dans la place; il se préparait de son côté: il rangeait ses troupes, donnait des ordres, divisait les kouréni en trois corps, et les entourait de bagages comme d'un rempart, espèce de combat où les Zaporogues étaient invincibles. Il ordonna à deux kouréni de se mettre en embuscade; il couvrit une partie de la plaine de pieux aigus, de débris d'armes, de tronçons de lances, afin qu'à l'occasion il pût y jeter la cavalerie ennemie. Quand tout fut ainsi disposé, il fit un discours aux Cosaques, non pour les ranimer et leur donner du courage, il les savait fermes de cœur, mais parce que lui-même avait besoin d'épancher le sien.