Le rêve de Galilée
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cité
- ISBN: 978-2-258-08480-3
- Переводчик: Дэвид Камю
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le rêve de Galilée». Краткое содержание книги:
Venise, en 1609. La science est en pleine expansion. Philosophes et mathématiciens mènent leurs recherches à l’ombre de l’Eglise, qui veille à ce que leurs découvertes ne soient surtout pas trop audacieuses. C’est à cette époque que Galilée rencontre un étranger qui l’aide à mettre au point un télescope révolutionnaire. Cette invention va lui ouvrir les portes du monde dont est justement originaire cet homme : Europe, la deuxième lune de Jupiter, en 3020.
Galilée va désormais naviguer entre le XVIIe siècle et le 4e millénaire, rapportant de ses voyages dans le futur de quoi alimenter de nouvelles découvertes. Celles-ci ne tardent pas à lui valoir des accusations d’hérésie. Fusion étonnante d’histoire et de science-fiction, ce roman ambitieux dresse un portrait fouillé et passionnant d’un Galilée plus vrai que nature, tout en redonnant vie au bouillonnement intellectuel et aux controverses du XVIIe siècle.
Tout le système se réduisait à une affaire de cercles tournant dans d’autres cercles. Copernic avait vu juste. Son système impliquait que Vénus connaisse des phases, et c’était bien le cas ; alors que la théorie de Ptolémée, dont les péripatéticiens se faisaient les avocats, rejetait précisément ces phases, puisque Vénus était censée tourner autour de la Terre, comme le Soleil, et tous les autres corps célestes. Les phases de Vénus étaient une sorte de preuve, ou du moins un indice particulièrement parlant. La formulation ébouriffante et malcommode de Tycho Brahe, selon laquelle les planètes tournaient autour du Soleil tandis que le Soleil tournait autour de la Terre, faisait également état de ces apparitions particulières, mais c’était une explication ridicule à tous les autres points de vue, notamment au regard du principe d’économie. Non, c’était Copernic qui expliquait le mieux les phases de Vénus. Elles étaient le signe le plus criant que Galilée ait jamais vu – pas précisément une preuve, mais un point incroyablement convaincant. Toutes ces années à Padoue, il avait enseigné Aristote et Copernic, et même Tycho, en pensant qu’ils se contentaient tous de tourner autour du pot sans expliquer en aucune façon ce qui se passait. La vision copernicienne exigeait que la Terre fut en mouvement, ce qui paraissait faux. Et le plus virulent avocat de Copernic, Kepler, tenait des propos tellement alambiqués et tirés par les cheveux qu’il ne pouvait espérer convaincre personne. Et pourtant c’était là, les faits dans toute leur réalité – le cosmos révélé d’un seul coup comme étant d’une façon plutôt que d’une autre. La Terre sous ses pieds tournait sur elle-même, et elle était en orbite autour du Soleil. Des cercles dans des cercles.
Galilée vibrait comme une cloche. Sa chair bourdonnait comme le bronze, ses cheveux se dressaient sur sa tête. La manière dont l’univers marchait… ça devait être ça ; et il vibrait. Il dansait. Il faisait des tours autour de son occhialino comme la Terre tournait autour du Soleil, virevoltant en un lent pas de quatre alors qu’il décrivait sa petite orbite sur l’altana, les bras tournoyant, les doigts dirigeant la musique des sphères, qui, malgré la folie de Kepler, paraissait tout à coup plausible. En vérité, un chœur audible tintait maintenant en silence dans ses oreilles.
C’est alors qu’on frappa à la porte, juste en dessous. Il interrompit sa danse dans un brusque sursaut et regarda au pied de l’escalier qui courait à l’extérieur de la maison.
Cartaphilus se tenait devant la grille d’entrée, une lanterne sourde à la main, les yeux rivés sur Galilée. Celui-ci dévala vivement les marches et leva le poing comme pour le frapper.
— Qu’y a-t-il ? demanda-t-il d’une voix furieuse, retenue. Il est revenu ?
Cartaphilus hocha la tête.
— Il est là.
5
L’Autre
Lorsqu’elle vit que ce n’était pas que je me refusais à parler, mais que, frappé de stupeur, je ne le pouvais point, elle posa doucement sa main sur mon sein et dit : « Ce n’est rien de grave, un simple accès d’amnésie, le mal ordinaire des esprits égarés. Il s’est un moment oublié lui-même, mais il se reconnaîtra bientôt lorsqu’il m’aura reconnue.
Pour que ce soit plus facile pour lui, je vais effacer de ses yeux un peu du nuage aveuglant du monde. »