Vol au-dessus d'un lit de cocu
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #96
- Год: 1978
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-00657-2
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Vol au-dessus d'un lit de cocu». Краткое содержание книги:
Le Monde.
Elle a été tellement déçue, tellement déchue, que même elle a plus voulu rempiler dans l’enseignement. Apprendre le k, u, ku aux générations montantes ? Tiens, chope ! Elle a préféré la bonne odeur de sirop des Vosges de la forêt finnoise, que si ce con de Strauss l’avait connue, la forêt viennoise pouvait se l’arrondir pour ce qui est du tala lalala valsé ! Elle a marié un Nestor du coin, aux bras musclés, qui brossait dans le style misérabilisme, mais du moins se lavait les pinceaux avant de se pieuter.
C’était devenu une sage, Ianora. Elle rêvait de procréer ; la pérennité de l’espèce et les grands sapins rois des forêts qui recouvrent 65 % du sol finlandais, v’là ses idéaux. Elle songeait seulement plus au cinoche, non plus qu’aux pafs danois qui font le tour du monde sur papier couché (bien entendu) malgré qu’ils fussent franchement pas excitinges, les malheureux, blafards, tordus, pointus et si mal portés par des emmanchés à gueules de dégénérés. Les Vikinges ? Tu parles ! Sont restés sur les lieux de leurs conquêtes. Les Danois, maintenant, c’est plus que des foutriquets maussades que t’en voudrais seulement pas, madame, pour te claper le frifri.
Oui, il explique bien tout, la reconversion de sa fifille, le père Tanktuuvouudraä. La voix du cœur. Et puis au moment qu’elle virait fermière, à élever du gallinacé surchoix et à préparer des bocaux d’harengs baltes, voilà que le Seigneur la rappelle à Lui, sans crier gare, merde !
Au plus qu’il jacte, au plus que ça chougnasse au rayon des dames, dans la tribu. La maman surtout, à tel point que le gars Béru l’a prise dans ses bras et lui fourrage le bustier pour la consoler, qu’elle reprenne du poil de la vie.
Il raffole des big mémères bien lardées, l’Infâme. Quand ses grosses paluches violeuses peuvent s’engouffrer dans des replis, il s’accomplit pour de bon, Alexander-Benoît ! C’est le consolateur type pour les dondons dodues. Il devient fraternellement incestueux. Vlout, l’entre-nichemard ! Et vzong, le taste-moulasse. Il raffole des minouches bien en chair, Césarin. Lui faut des triples zéros, comme gabarit de moules. Pas de la fine Bouchot mais de la belle bestiole façon espanche. Et je te console Mme Tanktuuvouudraä, à tire-larigot sans arracher les touffes.
Nous, très bien, Chaglaate et moi, comprenant qu’on n’a plus rien à tirer que des larmes et des jérémiades, on décide de lever le siège. Le moustachu se cramponne. Les visites sont rares par ici, à l’exception d’une fois Davy Croquette qu’avait enjambé le détroit de Béringe par erreur… Alors il en profite. Son flacon d’akvavit est raide et lui est nazebrock, le scieur de long (à ne pas confondre avec le sieur Delon). Sa voix fadinge. Il veut reraconter son malheur. Mais nous, ça va, merci, on a du lait sur le feu, on doit rentrer, avec ça que notre hydravion n’a pas ses phares pour la nuit. Il répond que la nuit tombera seulement dans quatre mois, on n’a pas besoin de se biler. Si on veut, on peut rester à dîner. Une omelette aux œufs de hareng et quelques harengs grillés au barbecul, ce sera vite liquidé. Sa femme est experte. Elle fera même une tarte aux harengs, comme dessert. Tiens, au fait, où est-elle passée ?
Elle n’est plus dans la pièce. Il va ouvrir la porte de la chambre. On entend la furia d’un sommier qu’on a mis au banc d’essai et qui turbine à cinq mille tours. Alexandre-Benoît qui lui calce Ninette, au moustacheux. Ça n’émeut pas ce dernier. Ses grands-parents sont esquimaux d’origine et il est de bon ton de prêter sa mousmé aux visiteurs. Il y voit une marque de courtoisie. Ça le flatte. Il nous dit en jubilant que notre excellent ami se cogne sa rombière. Me propose sa seconde fille, une grande asperge rousse-blonde (décidément ils sont bicolores dans cette famille). Je décline pour ne pas froisser Chaglaate. Je fais comme le plombier auquel la dame sinistrée proposait la botte et qui préférait un coup de rouge. Moi, je préfère une rincelette d’akvavit si ça ne le dérange pas. Sa petite greluse boude. Tant pis, quoi, on ne peut pas baiser la terre entière ! Tu vois, je te raconte tout bien. Le sommier se fait féroce. Content, le mari va rejeter un coup d’œil. Il ignorait que c’était possible, cette chevauchée héroïque. Il secoue sa main comme pour l’égoutter en mimiquant comme quoi, pardon, c’est du grand art, de la troussée comme y en a jamais eu au-delà du 55e parallèle Nord. Allons, il n’espérait pas que sa journée nordique se terminerait si bien.
On patiente un peu. Dans la pièce voisine, le bruit a cessé. Ça discutaille. Monologue plutôt vu que je n’imagine pas, entre Mme Tanktuuvouudraä et le Gros des possibilités de communication autres que celle qu’ils viennent de mettre au point.
Le Mastar fait sa réapparition en rajustant sa braguette à boutons, ses gros doigts brutaux n’ayant pu apprivoiser oncque fermeture Eclair.
— Y a la maman qu’est pas près à courir le cent mèt’, prophétise-t-il ; c’te pauv’ daronne, si j’vous dirais qu’elle avait le greffier pas plus large qu’une pièce de dix balles.
Il tapote l’épaule herculéenne du mari.
— T’as beau déguiser les arbres en sandwiches, mon pote, t’es monté comme un p’tit page. Cette fois, tu vas pu reconnaît’ le centre d’accueil à ta bergère. Tu verras qu’l’golf miniature à madame s’est transformé en vélodrome ! La prochain’ fois qu’tu vas la chibrer, t’auras l’sentiment d’courir les six jours d’Grenob’.
L’autre ne pige pas, mais, confiant dans la jovialité du ton, acquiesce d’enthousiasme.
— Brèfle, enchaîne Bérurier, c’est pas l’tout. Sana, faut qu’j’te montre quéqu’chose.
Il me présente un cadre de bois ciselé joliment. A l’intérieur se trouve une photographie en couleurs représentant une jeune fille (ou femme) blonde rousse, grands yeux clairs comme le lac dans le friselis du vent.
— T’sais qui qu’c’est ? ricane l’Enfoirure.
— Pas la moindre idée.
— C’est la dénommée Ianora.
Un brin d’instant, je demeure sans vraiment piger. Puis je traduis en anglais pour Chaglaate. Et Chaglaate émet un bruit qui évoque l’appel de la renn (femelle du renne, c’est marrant, mais c’est comme ça, chez ces ongulés de frais, c’est le mâle qui prend un « e ») en gésine.
Vitement, elle brandit le portrait sous les yeux akvavitreux de papa Tanktuuvouudraä.
— C’est elle, votre Ianora, qui fut Miss Finlande ?
— Vuïï ! répond le papa éploré ; ce qui signifie « oui ». Je sors fébrileusement la photo contretypée par Nicéphore Péloche.
— Et cette fille, vous la connaissez ?
— Nuïï ! répond le papa éploré ; ce qui signifie « non ».
Je place les deux images bord à bord. Effectivement, il existe une certaine ressemblance. C’est-à-dire que l’une comme l’autre de ces filles possédaient au plus haut point les caractéristiques du type balte. En outre, les deux clichés furent pris alors qu’elles devaient avoir sensiblement le même âge.
— C’est insensé ! tonné-je.
Béru couve son triomphe comme un coucou les œufs que sa femelle a pondus dans le nid d’un zoiseau moins feignasse que lui.
— J’ai du chou, non ? il me nargue. C’est tandis que je m’ablutionnais zézette après la jupe de la maman. Mon r’gard est tombé su’c’te souris.
« C’est toi au temps des griottes sauvages ? » qu’j’lu ai d’mandé. Elle a pigé l’sens d’ma question, non qu’é causasse français, mais parce que j’sais articuler av’c les étrangers. Puis z’elle m’a fait “Nuïï, nuïï : Ianora !” J’l’ai fait répéter. Ianora ! Tu t’rends compte ? »