Le Fauteuil Hanté
- Автор: Леру Гастон
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «Le Fauteuil Hanté». Краткое содержание книги:
Dans Le Fauteuil hanté, Gaston Leroux, le père de Rouletabille, se moque de l'illustre Académie et, après bien des aventures, nous révèle un mystère incroyable!
– Et s'il possède le secret de Toth! surenchérit M. Lalouette, en éclatant de rire et en se frappant joyeusement les cuisses de la paume de ses mains… Mais faut-il, madame Lalouette, que les gens soient bêtes!…
– C'est tout bénéfice pour les autres, monsieur Lalouette.
– Moi, quand j'ai eu vu sa figure dans les «illustrés» et sa photographie aux devantures, je me suis dit tout de suite:
Voilà une tête qui n'a jamais assassiné personne!
– C'est comme moi!… Sa tête est plutôt rassurante; elle est belle et noble et les yeux sont très doux…
– Avec un peu de malice, madame Lalouette… oui, il y a un peu de malice dans les yeux.
– Je ne dis pas non. Quand il apprendra qu'il a tué trois personnes, il rira bien!…
– Mais qui donc le lui apprendrait, madame Lalouette? Il ne correspond qu'avec sa mère qui, seule, a son adresse, m'a-t-elle dit. Sa mère, dont l'existence est ignorée même de la police, ne sait rien de ce qui se passe à Paris et je n'ai eu garde de le lui apprendre. Enfin, Eliphas est retiré du monde, au fond, tout au fond du Canada.
Mme Lalouette répéta, comme un écho:
«Au fond, tout au fond du Canada…» Dans leur bonheur, ils s'étaient pris les mains qui étaient chaudes de la douce fièvre du succès… Tout à coup, comme ils répétaient en souriant tous les deux: «Au fond, tout au fond du Canada», leurs mains se crispèrent, et, de chaudes qu'elles étaient, devinrent glacées.
M. et Mme Gaspard Lalouette venaient d'apercevoir derrière leur vitrine, arrêtée sur le trottoir et regardant dans leur boutique, une figure…
Cette figure était à la fois belle et noble et les yeux, très doux, en étaient spirituels. Un double cri d'horreur s'échappa de la gorge de M. et Mme Lalouette. Ils ne pouvaient se tromper. Ils reconnaissaient cette figure-là… cette figure qui les regardait, à travers les vitres… qui les fascinait… C'était Eliphas! Eliphas, lui-même… Eliphas de Saint-Elme de Taillebourg de La Nox!
L'homme, sur le trottoir, ne remuait pas plus qu'une statue. Il était élégamment vêtu d'un complet jaquette sombre; il avait une canne à la main; un pardessus beige replié flottait négligemment sur son bras. Un nœud de cravate, dit lavallière, agrémentait le plastron de sa chemise; un chapeau rond, de feutre mou, était posé sur ses cheveux blonds, qui bouclaient un peu, et jetait une ombre douce sur un profil digne des fils de Pallas Athênê.
M. et Mme Lalouette sentaient trembler leurs genoux. Ils ne se soutenaient plus. Tout à coup, l'homme bougea. Il s'en fut d'un pas paisible à la porte de la boutique et appuya sur le bec-de-cane.
La porte s'ouvrit; il entra.
Mme Lalouette tomba comme un paquet sur un fauteuil.
Quant à M. Gaspard Lalouette, il se jeta carrément à genoux, et il cria:
– Grâce!… Grâce!…
C'est tout ce qu'il put dire, dans le moment.
– M. Gaspard Lalouette, c'est bien ici? demanda l'homme sans paraître nullement étonné de l'effet que produisait son apparition.
– Non! non! ça n'est pas ici! répondit spontanément
M. Lalouette, toujours prosterné.
Et il mit à son mensonge un tel accent de vérité qu'il s'y fût trompé lui-même, tant il était sincère!
L'homme eut un tranquille sourire et referma, toujours avec son calme suprême, la porte. Puis, il s'avança jusqu'au milieu du magasin.
– Allons! monsieur Lalouette! relevez-vous! fit-il, et remettez-vous!… et présentez-moi à Mme Lalouette. Que diable! Je ne vais pas vous manger!
Mme Lalouette jeta à la dérobée sur le visiteur un rapide et désespéré regard. Elle eut une seconde l'espoir qu'une affreuse ressemblance les avait trompés, elle et son mari. Et, domptant sa terreur elle parvint à dire, la voix chevrotante:
– Monsieur! Il faut nous excuser… vous ressemblez… comme deux gouttes d'eau… à un de nos parents qui est mort l'an dernier…
Et elle gémit, accablée de l'effort…
– J'ai oublié de me présenter, fit l'homme, de sa voix claire et bien posée. Je suis M. Eliphas de Saint-Elme de Taillebourg de La Nox.
– Ah! mon Dieu! s'écrièrent les deux Lalouette en fermant les yeux.
– J'ai appris que M. Lalouette se présentait au fauteuil de Mgr d'Abbeville…
Le couple sursauta.
– Ça n'est pas vrai! pleurnicha M. Lalouette, qui est-ce qui vous a dit ça?
Et, dans son âme épouvantée, il se disait: «C'est un véritable sorcier! Il sait tout!» L'homme sans s'émouvoir de toutes ces dénégations continuait:
– J'ai tenu à l'en venir féliciter moi-même.
– C'était pas la peine de vous déranger! affirma M. Lalouette. On vous a menti!
Mais Eliphas promena son regard souverain dans tous les coins de la pièce.
– En même temps, dit-il, je n'aurais pas été fâché de dire un petit mot à M. Hippolyte Patard… Où est-il, M. Hippolyte Patard?
M. Gaspard Lalouette se releva livide: devant la situation nouvelle, il avait pris son parti… son parti de vivre puisqu'il n'était pas encore mort.
– Ne tremblez pas, Eulalie, mon épouse… Nous allons nous expliquer avec monsieur, dit-il en s'essuyant le front d'une main tremblante… M. Hippolyte Patard, connais pas!
– Alors, on m'a trompé à l'Académie?
– Oui, oui, on vous a trompé à l'Académie, déclara M. Lalouette d'une voix péremptoire. On vous a tout à fait trompé. «Il n'y a rien de fait!» Ah! Ils auraient été bien contents que je me présente!… que je m'asseye dans leur fauteuil!… que je prononce leur discours!… et puis quoi encore?… Moi, ça ne me regarde pas! je suis un marchand de tableaux… moi!… je gagne honnêtement ma vie, moi!…
Tel que vous me voyez, M. Eliphas, je n'ai jamais rien pris à personne…
– A personne! appuya Mme Lalouette…
– …Et ce n'est pas aujourd'hui que je commencerai!… Ce fauteuil est à vous, M. Eliphas… vous seul en êtes digne… Gardez-le, je n'en veux pas!
– Mais moi non plus, je n'en veux pas! fit Eliphas de son air supérieurement négligent, et vous pouvez bien le prendre si ça vous fait plaisir!…
M. et Mme Lalouette se regardèrent. Ils examinèrent le visiteur. Il paraissait sincère. Il souriait. Mais il se moquait peut-être encore d'eux.
– Vous parlez sérieusement, monsieur? demanda Mme Lalouette.
– Je parle toujours sérieusement, fit Eliphas.
M. Lalouette sursauta.
– Nous vous croyions au Canada, monsieur!… dit-il en recouvrant un peu de sang-froid, madame votre mère…
– Vous connaissez ma mère, monsieur?
– Monsieur avant de me présenter à l'Académie…
– Vous vous présentez donc?
– C'est-à-dire qu'ayant l'intention de me présenter, je voulais être bien sûr que cela ne vous dérangerait pas. Je vous ai cherché partout. Et, ainsi, j'ai eu l'honneur de me trouver un jour en face de madame votre mère qui m'a appris que vous étiez au Canada…
– C'est exact! J'en arrive…
– Ah!… vraiment… Et quand, monsieur Eliphas, êtes-vous arrivé du Canada? demanda Mme Lalouette, qui recommençait à prendre goût à la vie.
– Mais ce matin, madame Lalouette… ce matin, même… j'ai débarqué au Havre. Il faut vous dire que je vivais là-bas comme un sauvage et que j'ai parfaitement ignoré toutes les âneries qui se sont débitées en mon absence à propos du fauteuil de Mgr d'Abbeville.
Le couple reprenait des couleurs. Ensemble, M. et Mme Lalouette dirent:
– Ah! oui…
– J'ai appris les tristes événements qui ont accompagné les dernières élections chez un ami qui m'avait offert à déjeuner ce matin; j'ai su que l'on m'avait cherché partout… et j'ai résolu immédiatement de tranquilliser tout le monde en allant voir cet excellent M. Hippolyte Patard.