Zéro pour la question [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1968
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Zéro pour la question [fr]». Краткое содержание книги:
« Dans un sous-marin, ça se pas comme ça ».
Je répondrai à ces pisse-froid que, dans mon sous-main à moi, ça se passe comme ça. La preuve, j'y étais ! Je connais aussi des esprits non moins chagrins qui me diront :
« Au pôle Sud, ça se pas comme ça ».
Je répondrai à ces autres pisse-froid que, dans mon pôle Sud à moi, ça se comme ça. La preuve, c'est que nous y étions, Béru et moi ! Allez lui demander, vous verrez ce qu'il vous répondra. Mais, de toute façon, pour les incrédules et le ci-dessus mentionnés : Zéro pour la question !
— Vous n'avez pas pu effectuer la remontée ! balbutié-je.
— Si.
— Bérurier ?
— Sur la terre ferme.
— Alors ?
— Comme on ne vous voyait pas émerger, nous avons pris peur, alors je suis venue aux nouvelles !
Ah ! la brave enfant ! La courageuse fille de France ! La nature d'élite ! L'être d'exception !
Je l'aide à descendre jusqu'à moi et lui ouvre grand mes bras. Nos combinaisons ne facilitent guère les échanges épidermiques, mais les battements des cœurs généreux se perçoivent même à travers des armures !
— Dominique ! Et dire que j'ai commis l'infamie de vous suspecter !
— Nous parlerons de cela plus tard ! Pourquoi n'êtes-vous pas sorti de l’Impitoyable ?
Je lui explique. Elle hausse les épaules.
— Un sas a pour mission de rendre possible la sortie d'un homme lorsque le sous-marin est immergé, tout en préservant son étanchéité. Cette fois, il suffit d'entrouvrir le couvercle supérieur et d'attendre que l’Impitoyable soit plein d'eau pour en sortir, puisqu'aussi bien, désormais, il est perdu.
Sa tranquillité me confond.
— Vous êtes certaine, Dominique, que ?…
Elle va à la porte fermant le local où prend le sas.
— Cette porte est étanche. On n'aura pas trop longtemps à attendre. Vous allez voir.
Elle rit et dit avant de rajuster son masque.
— Vos connaissances en physique m'ont l'air un peu limitées, commissaire. Alors, si je n'étais pas venue vous récupérer, vous auriez attendu la mort dans votre trou ?
— Je crois bien que oui, penaudé-je. A quelle profondeur sommes-nous ?
— Une trentaine de mètres tout au plus. Préparez-vous !
Elle retourne dans le conduit et se met à déverrouiller sa partie extérieure. La cataracte opère (alors que d'habitude elle est opérée, aux Quinze-Vingt de préférence). L'eau s'abat sur nous en bouillonnant. Le niveau grimpe le long de mes jambes. Il m'arrive à la ceinture, à la poitrine, au niveau de la bouche…
A mon tour je m'engage dans le tube.
La pression de l'eau m'est une forte caresse rassurante[13]. Je commençais à faire de la claustrophobie dans ma boîte à défunts. Quel cauchemar, ma douleur !
Les bras tendus vers le ciel lointain, la tête droite, je me faufile à travers l'onde comme un suppositoire dans le rectum d'un géant[14]. Je bats doucement des palmes. La remontée s'opère bien. Près de moi, Dominique ressemble à une naïade. Ses cheveux châtains, plaqués sur son visage, captent d'étranges clartés sous-marines. Chère môme, va ! Se repiquer un plongeon pour venir prendre de mes nouvelles ! C'est quelque chose, non ? Vous pouvez les compter sur votre auriculaire les sœurs capables de faire ça ! On se connaît à peine, je la traite comme une meurtrière de grande volée, et, au lieu de me vouer une haine à grand spectacle, elle vient me sauver. Car elle m'a sauvé. D'accord, c'était l'œuf de Christophe Colomb, mon problème : n'empêche (à la sardine) que je ne le résolvais pas. Je voyais le submersible[15] écrasé par les flots, avec bibi plaqué contre une cloison comme un papillon dans la boîte d'un contractuel.
On s'élève… Dix mètres de franchis à peu près. Tout à coup, que se passe-t-il ? Dominique porte la main à son embout. Elle est affolée. Je comprends qu'elle étouffe. Effectivement, il ne sort plus de bulles de l'appareil. Au cours de ces allées et venues elle a vidé sa boutanche. Et comme des pommes, nous n'avons pas eu l'idée de la lui changer à bord de l’Impitoyable. Elle arrache son embout. Je vois son visage convulsé. San-Antonio, à toi de jouer ! Je me précipite contre elle. J'aspire une grande goulée d'air et je lui présente mon propre embout.
Comme dirait ma Félicie : « Demandez à un aveugle s'il veut y voir clair ! ». Ça tombe à pic, cette cuillerée d'oxygène. Elle tète éperdument, la petite goulue. C'est émouvant, cette becquée dans l'eau. Elle a pigé. On va opérer la remontée avec ma seule bouteille. On est étroitement enlacés. Un coup pour toi, un coup pour moi. Je sors l'embout de sa bouche pour le placer dans la mienne, et vice versa. Nous continuons de la sorte à grimper. L'eau devient de plus en plus claire.
Bientôt nous jaillissons de l'onde et nous sommes dans la lumière bénie, à respirer un air qui n'est plus de conserve.
Voilà le travail, les gars !
Qu'on se le dise !
DEUXIEME AVERTISSEMENT
Je sais des géographes, des explorateurs, des découvreurs, des faiseurs-de-conférences-avec-projections-en-couleurs, des missionnaires, des permissionnaires, des démissionnaires, des commissionnaires, des rien-que-la-vérité, et des plus consencores qui déclareront qu'au pôle Sud ça ne se passe pas comme ça.
Afin de mettre les choses au point, ou les poings aux choses, je déclare à ces emplâtres usagers, à ces saboteurs d'idéal, à ces rapporteurs frelatés qu'ils peuvent aller se faire considérer de ma part dans les îles grecques, car dans mon livre, au pôle ça se passe comme ça !
Et pas autrement !
Au pôle Sud, du moins.