Vie De J?sus
- Автор: Ренан Эрнест Жозеф
- Язык: французский
- Жанр: История
Электронная книга - «Vie De J?sus». Краткое содержание книги:
Cette pratique était le baptême ou la totale immersion. Les ablutions étaient déjà familières aux Juifs, comme à toutes les religions de l'Orient [287]. Les Esséniens leur avaient donné une extension particulière [288]. Le baptême était devenu une cérémonie ordinaire de l'introduction des prosélytes dans le sein de la religion juive, une sorte d'initiation [289]. Jamais pourtant, avant notre baptiste, on n'avait donné à l'immersion cette importance ni cette forme. Jean avait fixé le théâtre de son activité dans la partie du désert de Judée qui avoisine la mer Morte [290]. Aux époques où il administrait le baptême, il se transportait aux bords du Jourdain [291], soit à Béthanie ou Béthabara [292], sur la rive orientale, probablement vis-à-vis de Jéricho, soit à l'endroit nommé Ænon ou «les Fontaines [293],» près de Salim, où il y avait beaucoup d'eau [294]. Là des foules considérables, surtout de la tribu de Juda, accouraient vers lui et se faisaient baptiser [295]. En quelques mois, il devint ainsi un des hommes les plus influents de la Judée, et tout le monde dut compter avec lui.
Le peuple le tenait pour un prophète [296], et plusieurs s'imaginaient que c'était Élie ressuscité [297]. La croyance à ces résurrections était fort répandue [298]; on pensait que Dieu allait susciter de leurs tombeaux quelques-uns des anciens prophètes pour servir de guides à Israël vers sa destinée finale [299]. D'autres tenaient Jean pour le Messie lui-même, quoiqu'il n'élevât pas une telle prétention [300]. Les prêtres et les scribes, opposés à cette renaissance du prophétisme, et toujours ennemis des enthousiastes, le méprisaient. Mais la popularité du baptiste s'imposait à eux, et ils n'osaient parler contre lui [301]. C'était une victoire que le sentiment de la foule remportait sur l'aristocratie sacerdotale. Quand on obligeait les chefs des prêtres à s'expliquer nettement sur ce point, on les embarrassait fort [302].
Le baptême n'était du reste pour Jean qu'un signe destiné à faire impression et à préparer les esprits à quelque grand mouvement. Nul doute qu'il ne fût possédé au plus haut degré de l'espérance messianique, et que son action principale ne fût en ce sens. «Faites pénitence, disait-il, car le royaume de Dieu approche [303].» Il annonçait une «grande colère,» c'est-à-dire de terribles catastrophes qui allaient venir [304], et déclarait que la cognée était déjà à la racine de l'arbre, que l'arbre serait bientôt jeté au feu. Il représentait son Messie un van à la main, recueillant le bon grain, et brûlant la paille. La pénitence, dont le baptême était la figure, l'aumône, l'amendement des mœurs [305], étaient pour Jean les grands moyens de préparation aux événements prochains. On ne sait pas exactement sous quel jour il concevait ces événements. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il prêchait avec beaucoup de force contre les mêmes adversaires que Jésus, contre les prêtres riches, les pharisiens, les docteurs, le judaïsme officiel en un mot, et que, comme Jésus, il était surtout accueilli par les classes méprisées [306]. Il réduisait à rien le titre de fils d'Abraham, et disait que Dieu pourrait faire des fils d'Abraham avec les pierres du chemin [307]. Il ne semble pas qu'il possédât même en germe la grande idée qui a fait le triomphe de Jésus, l'idée d'une religion pure; mais il servait puissamment cette idée en substituant un rite privé aux cérémonies légales, pour lesquelles il fallait des prêtres, à peu près comme les Flagellants du moyen âge ont été des précurseurs de la Réforme, en enlevant le monopole des sacrements et de l'absolution au clergé officiel. Le ton général de ses sermons était sévère et dur. Les expressions dont il se servait contre ses adversaires paraissent avoir été des plus violentes [308]. C'était une rude et continuelle invective. Il est probable qu'il ne resta pas étranger à la politique. Josèphe, qui le toucha presque par son maître Banou, le laisse entendre à mots couverts [309], et la catastrophe qui mit fin à ses jours semble le supposer. Ses disciples menaient une vie fort austère [310], jeûnaient fréquemment et affectaient un air triste et soucieux. On voit poindre par moments la communauté des biens et cette pensée que le riche est obligé de partager ce qu'il a [311]. Le pauvre apparaît déjà comme celui qui doit bénéficier en première ligne du royaume de Dieu.
[287] Marc, VII, 4; Jos., Ant., XVIII, v, 2; Justin, Dial. cum Tryph., 17, 29, 80; Epiph., Adv. hær., XVII.
[288] Jos., B. J., II, viii, 5, 7, 9, 13.
[289] Mischna, Pesachim, VIII, 8; Talmud de Babylone, Jebamoth, 46 b; Kerithuth, 9 a; Aboda Zara, 57 a; Masséket Gérim (édit. Kirchheim, 1851), p. 38-40.
[290] Matth., III, 1; Marc, I, 4.
[291] Luc, III, 3.
[292] Jean, I, 28; III, 26. Tous les manuscrits portent Béthanie; mais, comme on ne connaît pas de Béthanie en ces parages, Origène (Comment, in Joann., VI, 24) a proposé de substituer Béthabara, et sa correction a été assez généralement acceptée. Les deux mots ont, du reste, des significations analogues et semblent indiquer un endroit où il y avait un bac pour passer la rivière.
[293] Ænon est le pluriel chaldéen Ænawan, «fontaines.»
[294] Jean, III, 23. La situation de cette localité est douteuse. La circonstance relevée par l'évangéliste ferait croire qu'elle n'était pas très-voisine du Jourdain. Cependant les synoptiques sont constants pour placer toute la scène des baptêmes de Jean sur le bord de ce fleuve (Matth., III, 6; Marc, I, 5; Luc, III; 3). Le rapprochement des versets 22 et 23 du chapitre ni de Jean, et des versets 3 et 4 du chapitre IV du même évangile, porterait d'ailleurs à croire que Salim était en Judée, et par conséquent dans l'oasis de Jéricho, près de l'embouchure du Jourdain, puisqu'on trouverait difficilement, dans le reste de la tribu de Juda, un seul bassin naturel qui puisse prêter à la totale immersion d'une personne. Saint Jérôme veut placer Salim beaucoup plus au nord, près de Beth-Schéan ou Scythopolis. Mais Robinson (Bibl. Res., III, 333) n'a pu rien trouver sur les lieux qui justifiât cette allégation.
[295] Marc, I, 5; Josèphe, Ant., XVIII, v, 2.
[296] Matth., XIV, 5; XXI, 26.
[297] Matth., XI, 14; Marc, VI, 15; Jean, I, 21.
[298] Matth., XIV, 2; Luc, IX, 8.
[299] V. ci-dessus, note 275.
[300] Luc, III, 45 et suiv.; Jean, I, 20.
[301] Matth., XXI, 25 et suiv.; Luc, VII, 30.
[302] Matth., loc. cit.
[303] Matth., III, 2.
[304] Matth., III, 7.
[305] Luc, III, 11-14; Josèphe, Ant., XVIII, v, 2.
[306] Matth., XXI, 32; Luc, III, 12-14.
[307] Matth., III, 9.
[308] Matth., III, 7; Luc, III, 7.
[309] Ant., XVIII, v, 2. Il faut observer que, quand Josèphe expose les doctrines secrètes et plus ou moins séditieuses de ses compatriotes, il efface tout ce qui a trait aux croyances messianiques, et répand sur ces doctrines, pour ne pas faire ombrage aux Romains, un vernis de banalité, qui fait ressembler tous les chefs de sectes juives à des professeurs de morale ou à des stoïciens.
[310] Matth., IX, 14.
[311] Luc, III, 11.