Les Bienveillantes
- Автор: Литтел Джонатан
- Год: 30
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Bienveillantes». Краткое содержание книги:
Son état d'ailleurs se dégradait rapidement; lorsque je rappelai quelques jours plus tard pour avoir de ses nouvelles, sa secrétaire m'informa qu'il ne prenait pas d'appels. Je passai quelques coups de ficlass="underline" on le disait dans le coma, à deux doigts de la mort. Je trouvais étrange qu'une inflammation du genou, même rhumatoïde, en arrive à ce point-là. Hohenegg, à qui j'en parlai, n'avait pas d'opinion. «Mais s'il rend l'âme, ajouta-t-il, et qu'on me laisse l'autopsier, je vous dirai ce qu'il avait». Moi aussi, j'avais d'autres chats à fouetter. Le soir du 30 janvier, les Anglais nous infligèrent leur pire raid depuis ceux de novembre; je perdis de nouveau mes vitres, et une partie de mon balcon s'effondra. Le lendemain, Brandt me convoquait et m'informait, aimablement, que la SS-Gericht avait demandé au Reichsführer la permission d'enquêter sur moi à propos du meurtre de ma mère. Je rougis et bondis hors de mon siège: «Herr Standartenführer! Cette histoire est une infamie née dans le cerveau malade de policiers carriéristes. Je suis prêt à accepter une enquête pour laver mon nom de tout soupçon. Mais dans ce cas, je demande à être mis en congé jusqu'à ce que je sois innocenté. Il serait inacceptable que le Reichsführer garde dans son état-major personnel un homme soupçonné d'une telle horreur». – «Calmez-vous, Obersturmbannführer. Aucune décision n'a encore été prise. Racontez-moi plutôt ce qui s'est passé». Je me rassis et lui narrai les événements, m'en tenant à la version que j'avais donnée aux policiers. «C'est ma visite à Antibes qui les a rendus fous. Il est vrai que ma mère et moi avons longtemps été en froid. Mais vous savez quelle blessure j'ai reçue à Stalingrad. D'être aussi près de la mort, ça fait réfléchir: je me suis dit qu'il fallait régler nos histoires une fois pour toutes. Hélas, c'est elle qui est morte, d'une manière atroce, inouïe». – «Et comment pensez-vous que ce soit arrivé?» – «Je n'en ai aucune idée, Herr Standartenführer. J'ai commencé à travailler pour le Reichsführer peu de temps après, et je ne suis pas retourné là-bas. Ma sœur, qui s'est rendue à l'enterrement, m'a parlé de terroristes, d'un règlement de comptes; mon beau-père fournissait de nombreux articles à la Wehrmacht». – «C'est malheureusement tout à fait possible. Ce genre de choses arrive de plus en plus souvent, en France.» Il pinça les lèvres et pencha la tête, faisant jouer la lumière sur ses lunettes. «Écoutez, je pense que le Reichsführer souhaitera vous parler avant de prendre une décision. En attendant, permettez-moi de vous suggérer de rendre visite au juge qui a formulé la demande. Il s'agit du juge Baumann, de la cour de la SS et de la polic e de Berlin. C'est un homme tout à fait honorable: si vraiment vous êtes la victime d'une malveillance particulière, peut-être pourrez-vous l'en convaincre vous-même».
Je pris tout de suite rendez-vous avec ce juge Baumann. Il me reçut dans son cabinet de travail à la cour: c'était un juriste d'un certain âge, en uniforme de Standartenführer, avec un visage carré et un nez de travers, un air de lutteur. J'avais mis mon meilleur uniforme et toutes mes médailles. Après que je l'eus salué, il m'invita à m'asseoir. «Merci de m'avoir reçu, Herr Richter», dis-je en me servant de l'adresse d'usage plutôt que de son grade SS. – «Je vous en prie, Obersturmbannführer. C'est la moindre des choses». Il ouvrit une chemise sur son bureau. «J'ai demandé votre dossier personnel. J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur». – «Pas du tout, Herr Richter. Permettez-moi de vous dire ce que je compte dire au Reichsführer: je considère ces accusations, qui me touchent dans une question si personnelle, comme odieuses. Je suis prêt à coopérer avec vous par tous les moyens possibles pour qu'elles soient entièrement réfutées». Baumann toussota: «Vous comprenez bien que je n'ai pas encore ordonné une enquête. Je ne puis le faire sans l'accord du Reichsführer. Le dossier dont je dispose est bien mince. J'ai fait la demande sur la base d'une requête de la Kripo, qui affirme disposer d'éléments probants que ses enquêteurs souhaiteraient approfondir». – «Herr Richter, j'ai parlé deux fois à ces enquêteurs. Tout ce qu'ils m'ont fourni en matière d'éléments étaient des insinuations sans preuves et sans fondements, une construction -excusez-moi – délirante de leur esprit». – «C'est en effet possible, dit-il plaisamment. Je vois ici que vous avez fait d'excellentes études. Si vous aviez continué le droit, nous aurions pu finir collègues. Je connais très bien le Dr. Jessen, votre ancien professeur. Un très bon juriste». Il continua à feuilleter le dossier. «Pardonnez-moi, mais votre père ne se serait-il pas battu avec le Freikorps Rossbach, en Courlande? Je me souviens d'un officier nommé Aue». Il dit le prénom. Mon cœur se mit à battre violemment. «C'est effectivement le nom de mon père, Herr Richter. Mais je ne sais rien de ce que vous me demandez. Mon père a disparu en 1921, et je n'ai eu aucune nouvelle depuis. Il est possible que ce soit le même homme. Savez-vous ce qu'il est devenu?» – «Malheureusement, non. Je l'ai perdu de vue pendant la retraite, en décembre 19. Il était encore vivant, à ce moment-là. J'ai aussi entendu dire qu'il avait participé au putsch de Kapp. Beaucoup de Baltikumer en étaient». Il réfléchit. «Vous pourriez faire des recherches. Il existe toujours des associations de vétérans des Freikorps». -
«Oui, Herr Richter. C'est une excellente idée». Il toussota de nouveau et se carra dans son fauteuil.
«Bon. Revenons si vous le voulez bien à votre affaire. Que pouvez-vous me dire à ce sujet?» Je lui fis le même récit qu'à Brandt. «C'est une histoire épouvantable, fit-il finalement. Vous avez dû être bouleversé». – «Bien entendu, Herr Richter. Et je l'ai été encore plus par les accusations de ces deux défenseurs de l'ordre public qui n'ont jamais, j'en suis sûr, passé un jour au front et qui se permettent de diffamer un officier S S». Baumann se gratta le menton: «Je peux comprendre à quel point tout cela est blessant pour vous, Obersturmbannführer. Mais peut-être la meilleure solution serait-elle de faire la pleine lumière sur cette affaire». – «Je n'ai rien à craindre, Herr Richter. Je m'en remettrai à la décision du Reichsführer». – «Vous avez raison». Il se leva et me raccompagna jusqu'à la porte. «J'ai encore quelques vieilles photos de Courlande. Si vous voulez, je peux regarder, voir s'il n'y en a pas une de cet Aue». – «Herr Richter, j'en serais ravi». Dans le couloir il me serra la main: «Ne vous en faites pas, Obersturmbannführer. Heil Hitler!» Mon entretien avec le Reichsführer eut lieu dès le lendemain et fut bref et concluant. «Qu'est-ce que c'est que cette histoire ridicule, Obersturmbannführer?» – «On m'accuse d'être un assassin, mon Reichsführer. Ce serait comique si ce n'était aussi tragique,» Je lui détaillai brièvement les circonstances. Himmler se décida très vite: «Obersturmbannführer, je commence à vous connaître. Vous avez vos défauts: vous êtes, excusez-moi de vous le dire, obstiné et parfois pédant. Mais je ne vois pas en vous la moindre trace d'une tare morale. Racialement, vous êtes un spécimen nordique parfait, avec peut-être seulement une touche de sang alpin. Il n'y a que des nations racialement dégénérées, des Polonais, des Tsiganes, pour commettre un matricide. Ou alors un Italien au sang bouillant, lors d'une querelle, pas de sang-froid. Non, c'est ridicule. La Kripo manque tout à fait de discernement. Il faudra que je donne des instructions au Gruppenführer Nebe pour qu'il forme ses hommes à l'analyse raciale, ils perdraient beaucoup moins de temps. Bien entendu, je n'autoriserai pas leur enquête. Il ne manquerait plus que ça».