Stupeur et tremblements
- Автор: Нотомб Амели
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Stupeur et tremblements». Краткое содержание книги:
Amélie, une jeune femme belge, vient de terminer ses études universitaires. Sa connaissance parfaite du japonais, langue qu'elle maîtrise pour y avoir vécu dans son enfance, lui permet de décrocher un contrat d'un an dans une prestigieuse entreprise de l'empire du soleil levant, la compagnie Yumimoto. Amélie espère réussir dans ce pays qui la fascine tant. Fascinée par la hiérarchie d'entreprise japonaise, précise et méthodique, la jeune femme l'est d'autant plus par sa supérieure directe, l'intrigante et fière Mademoiselle Mori. Ses débuts sont déconcertants. Monsieur Saito lui fait rédiger une lettre, réponse à une invitation pour une partie de golf. A peine le courrier est-il terminé que Saito le déchire et ordonne à Amélie de recommencer. La jeune fille va rapidement déchanter à la découverte d'une culture qu'elle ne connaît absolument pas. Ses fréquentes initiatives sont régulièrement sujettes aux réprobations de ses supérieurs. Les humiliations et les vexations se succèdent et la soumission s'installe. Face à cet acharnement, la jeune femme se plie à leurs exigences. Amélie pensait être traductrice, elle finira dame pipi dans les toilettes de l'entreprise.
«Monsieur Haneda était le supérieur de monsieur Omochi, qui était le supérieur de monsieur Saito, qui était le supérieur de mademoiselle Mori, qui était ma supérieure. Et moi, je n'étais la supérieure de personne. On pourrait dire les choses autrement. J'étais aux ordres de mademoiselle Mori, qui était aux ordres de monsieur Saito, et ainsi de suite, avec cette précision que les ordres pouvaient, en aval, sauter les échelons hiérarchiques. Donc, dans la compagnie Yumimoto, j'étais aux ordres de tout le monde.»
A dix-huit heures trente, je retournai une dernière fois au Carmel. Les toilettes pour dames étaient désertes. La laideur de l'éclairage au néon ne m'empêcha pas d'avoir le cœur serré: sept mois – de ma vie? non; de mon temps sur cette planète – s'étaient écoulés ici. Pas de quoi être nostalgique. Et pourtant ma gorge se nouait.
D'instinct, je marchai vers la fenêtre. Je collai mon front à la vitre et je sus que c'était cela qui me manquerait: il n'était pas donné à tout le monde de dominer la ville du haut du quarantequatrième étage.
La fenêtre était la frontière entre la lumière horrible et l'admirable obscurité, entre les cabinets et l'infini, entre l'hygiénique et l'impossible à laver, entre la chasse d'eau et le ciel. Aussi longtemps qu'il existerait des fenêtres, le moindre humain de la terre aurait sa part de liberté.
Une ultime fois, je me jetai dans le vide. Je regardai mon corps tomber.
Quand j'eus contenté ma soif de défenestration, je quittai l'immeuble Yumimoto. On ne m'y revit jamais.
Quelques jours plus tard, je retournai en Europe.
Le 14 janvier 1991, je commençai à écrire un manuscrit dont le titre était Hygiène de l'assassin.
Le 15 janvier était la date de l'ultimatum américain contre l'Irak. Le 17 janvier, ce fut la guerre.
Le 18 janvier, à l'autre bout de la planète, Fubuki Mori eut trente ans.
Le temps, conformément à sa vieille habitude, passa.
En 1992, mon premier roman fut publié.
En 1993, je reçus une lettre de Tokyo. Le texte en était ainsi libellé:
«Amélie-san, Félicitations.
Mori Fubuki.»
Ce mot avait de quoi me faire plaisir. Mais il comportait un détail qui me ravit au plus haut point: il était écrit en japonais.