La dame de Montsalvy [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Катрин #7
- Год: 1978
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La dame de Montsalvy [fr]». Краткое содержание книги:
Le retour de Jacques de Roussay l'arracha à sa contemplation. D'un coup d'œil, le capitaine embrassa la scène, vit le Roi prostré, le chien mort et Catherine debout, silencieuse contre le manteau de la cheminée. Quand leurs regards se rencontrèrent, la jeune femme vit que son ami avait brusquement pâli. De toute évidence, il venait, comme elle, d'imaginer brusquement ce qui aurait dû, normalement, se passer.
— Ah !... fit-il seulement. Puis, au bout d'un instant : Ainsi, vous aviez raison...
— L'homme ? Vous l'avez retrouvé ?
Il hocha la tête négativement avec une sorte de
rage.
— C'est à croire qu'il s'est enfoncé dans un mur, ou bien que, dissous dans le brouillard du soir, il est parti par une fenêtre, personne ne l'a vu revenir aux cuisines.
— Il sera sorti par la porte de la basse-cour. Sait-on qui il était ?
— Non. Le maître queux m'a dit qu'il n'était là que depuis trois jours, en remplacement d'un marmiton absent, un certain Verjus qui s'est blessé en tranchant une oie...
— Et ce Verjus est, naturellement, le cousin de Jacquot de la Mer, le cabaretier-sergent-ribaud et indicateur.
— Je crois... oui !
— Eh bien ! mon ami, vous savez ce qu'il vous reste à faire, j'imagine ? Fouiller la taverne de ce truand avéré qui se moque de la loi depuis trop longtemps...
— Mais qui lui rend parfois de bien appréciables services ! Non, ne vous fâchez pas, ajouta Roussay précipitamment, j'ai envoyé là-bas un sergent et dix archers avec l'un des cuisiniers, afin de fouiller la maison et de me ramener les suspects. Mais cela m'étonnerait que l'on trouve quelque chose...
— Moi aussi, riposta Catherine vertement. Jacquot est bien trop rusé. Le cousin a dû se blesser volontairement et comme il ne saurait être tenu responsable de son remplaçant, ces bandits vont protester de leur innocence. Quant à fouiller la maison, chez Jacquot on ne trouve jamais que des buveurs, des joueurs et des filles ! Ceux qu'il cache vraiment hantent rarement la salle de son cabaret.
Elle n'ajouta pas la fin de sa pensée qui était de déception. L'énergie de Roussay semblait s'être affaiblie, elle aussi, dans l'inactivité. Celui qu'elle avait connu jadis eût été lui-même fouiller la taverne, en serait revenu avec deux ou trois suspects dûment enchaînés qu'il aurait jetés sans autre forme de procès au tourmenteur pour tenter d'en tirer quelque chose. Décidément, l'absence trop longue du maître ne valait rien à Dijon qui semblait se désintéresser de ses affaires les plus importantes et dont la devise majeure avait tout l'air d'être à présent:
«Surtout, pas d'histoires !... » Pourtant, qu'il arrivât quoi que ce soit au précieux prisonnier et Roussay, de toute évidence, le paierait de sa vie.
Mais peut-être n'avait-il plus tellement envie de vivre puisqu'il s'ennuyait tant ?...
Refusant de creuser davantage la question, elle alla s'agenouiller auprès de René qui n'avait pas bougé. Sans le bruit de ses sanglots, on aurait pu croire que sa vie, à lui aussi, venait de s'arrêter.
— Sire, dit-elle doucement, ne pleurez plus ! Vous vous faites du mal...
Il releva un visage tellement ravagé par les larmes, un regard si douloureux, qu'elle se sentit fondre de pitié.
— Vous ne pouvez pas savoir ! C'était mon ami, mon compagnon de toujours !... Je l'avais élevé. Il ne me quittait jamais et quand j'ai été pris, à la bataille de Bulgnéville, on m'a permis de le garder parce que... parce que... oh ! je crois qu'il m'aidait à vivre. Que vais-je devenir à présent, sans lui ?...
— Vous ne serez plus longtemps captif ! Je ne sais ce que vous dit la Reine, votre mère, mais je sais bien qu'en France chacun fait tous ses efforts pour obtenir votre libération...
— C'est en effet ce que dit ma mère, soupira-t-il. On s'efforce de rassembler le plus d'or possible, on essaie d'obtenir de Philippe qu'il baisse ses prétentions... mais elle dit aussi qu'à aucun prix, fût-ce à celui de ma vie, je ne dois céder mon duché de Bar.
— Souhaitiez-vous donc l'abandonner ?
— Non... non, bien sûr ! Pourtant, je jure qu'à cette heure je donnerais tous les duchés de la terre pour rendre la vie à mon pauvre Ravaud...
— Sire, intervint Jacques, à présent, il faut me laisser l'emporter pour le mettre en terre.
Mais au lieu d'abandonner le corps du chien, René resserra son étreinte.
— Pas déjà ?... pria-t-il tandis que de nouvelles larmes jaillissaient de ses yeux. Laissez-le-moi encore un peu...
— Plus vous attendrez et plus cruelle sera la séparation...
Désolée car elle se sentait indirectement coupable de la mort de ce chien puisque, sans le mouvement brusque qui avait jeté le vin à terre, Ravaud n'y aurait pas touché, Catherine obéit à une soudaine inspiration. Arrachant le chaperon et le camail qui lui emprisonnaient la tête, elle libéra ses cheveux qu'elle avait simplement tordus en tresses lâches. Ils croulèrent sur ses épaules comme un manteau d'or, l'enveloppant de lumière et lui rendant instantanément la plénitude de son charme féminin.
— Monseigneur, murmura-t-elle, vous avez perdu un ami mais vous avez trouvé, en plus d'une servante dévouée, une amie fidèle...
une amie qui donnerait beaucoup pour adoucir votre peine !
Il la regarda et ses yeux s'agrandirent comme si, tout à coup, les murs de sa prison venaient de s'ouvrir pour laisser entrer un flot de soleil.
— Comme vous êtes belle ! murmura-t-il avec une ferveur telle que Roussay, mécontent, fronça le sourcil mais n'osa rien dire.
Doucement, le Roi laissa reposer à terre le corps inerte, se releva et prit les mains de la jeune femme pour la relever mais ne les lâcha pas quand ils furent debout. Au contraire, il les garda plus étroitement entre les siennes et, un long moment, il la contempla avec un enchantement grandissant. Les flammes dansantes des chandelles faisaient vivre la fabuleuse toison dorée qui, pendant des années, avait hanté les sens et la mémoire du puissant duc de Bourgogne avant qu'il n'en traduisît la nostalgie par la création d'un prestigieux ordre de chevalerie.
Profitant de son extase, les yeux de Catherine tournèrent légèrement, cherchèrent ceux de Roussay puis redescendirent à terre jusqu'au cadavre blanc. Le capitaine comprit leur message, se baissa, chargea le chien dans ses bras puis, la mine renfrognée et la lippe mécontente, sortit de la pièce, non sans un ultime regard, lourd de soupçons, au couple qu'il laissait derrière lui. Il s'attendait visiblement à ce que, l'instant d'enchantement achevé, le Roi sautât sur Catherine...
En fait, la jeune femme n'était pas loin d'en penser tout autant.
René ne disait toujours rien mais son regard se chargeait d'un trouble qu'elle avait depuis longtemps appris à connaître chez tant d'hommes.
Il avait libéré ses mains et les siennes plongeaient à présent dans la soie vivante des cheveux avec l'avidité d'un avare longtemps séparé de son trésor. Aussi, lorsque les doigts cessèrent de jouer avec ses mèches brillantes pour emprisonner fortement ses épaules, Catherine eut un mouvement de recul.
— Sire, reprocha-t-elle doucement. J'ai dit amie...
Il eut un petit sourire contrit.
— Il est tellement d'amies différentes ! Ne voulez- vous pas, pour moi, être douce amie ? Vous êtes si belle et mon cœur est si solitaire, si délaissé !...
— Comment votre cœur peut-il être solitaire et délaissé quand tant d'amour veille sur lui de loin comme autant de tours de feu sur les navires au péril de la mer ? Il y a votre épouse que l'on dit belle et bonne, votre mère dont je connais la tendresse, votre sœur, la reine de France qui vous est si fort attachée et puis toutes celles dont vous ne connaissez même pas le visage, filles ou femmes de vos États qui filent votre rançon et prient Dieu chaque jour afin qu'il vous rende à leur affection. On vous sait bon, pitoyable, chevaleresque et généreux et il existe bien peu d'hommes au monde qui soient aimés autant que vous. Que venez-vous alors me parler de cœur délaissé ? ...