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Si ma tante en avait

Электронная книга - «Si ma tante en avait». Краткое содержание книги:

Si ma tante en avait eu, les choses se seraient passées autrement. Ce livre n'aurait pas eu lieu, mon éditeur aurait donc été en faillite, plusieurs centaines d'ouvriers du livre seraient allés grossir la cohorte des chômeurs, l'économie française n'y aurait pas résisté, la pauvre, tant déjà qu'elle boite. La révolution en aurait consécuté. Là-dessus la Russie nous praguait dans la foulée, histoire de rétablir l'ordre. Ce que voyant, les Ricains s'annonçaient pour « pas de ça, Lisette ! ». Conflit mondial, bombes nucléaires énuclantes et découillantes. Fin de la vie sur la planète. Point à la ligne.
Voilà, brièvement résumé, ce qui se serait passé si ma tante en avait eu.
En outre, si ma tante en avait eu, on l'aurait appelée « mon oncle », pas vrai ?
Heureusement, ma tante n'en avait pas.
Par contre Santantonio et Béru, eux, en avaient.
Et des grosses comme ça, viens voir !
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La pluie y va de grand cœur. Un roulement de tambour. Je cours jusqu’au troquet enfumé. Un juke-box y sévit, balançant tous tympans des pleurardises de chanteurs émasculés. Ça sent l’alcool et le tabac. La vieille s’affaire, assistée pour l’apéro d’un demeuré qu’elle brutalise et qui rit, et qu’elle doit pogner un brin, de temps en temps, en remerciement de sa coopération.

Béru, le Guennec, Maumau Bidick en sont à la énième bouteille (au moins) de pouilly fumé. Ils flambent de la trogne, ces bons messieurs. Les naturels de l’endroit ne leur prêtent plus guère attention, et jouent aux dominos.

— Du nouveau, commissaire ? demande Le Guennec.

— Tango n’est pas venu voir son frère.

— Alors, où est-il ?

— Si vous me l’appreniez, je vous dirais merci, réponds-je avec humeur.

— Vous croyez que le phare, c’est lui ?

Je ne réponds rien.

— Et que le meurtre de Katkarre, c’est également lui ?

Il est chiant, cézigue, avec ses questions à la mords-moi le zob. Je crois, je crois… Je ne crois rien, moi. J’envisage seulement. Je supporte. J’hypothèse. Ce qui me tracasse, c’est que tout ça est trop beau pour être vrai. Ça baigne trop dans la chantilly. Un malfrat comme Tanguy Liauradéshome se chicorne avec le commandant Katkarre et poum, ce dernier est trouvé trucidé le lendemain. Le même truand est un spécialiste de la nitroglycérine, et le phare de la Pointe du Chaz explose. Un vrai cadeau pour flics sans complications.

La lourde de l’estaminet s’ouvre. Entrent une bourrasque et un julot en ciré jaune. Le gonzier refoule la bourrasque à l’extérieur, là qu’est sa place somme toute, et rabat sa capuche. Il s’agit du troueur auquel j’ai rendu visite : M. Frère. Je le vois ôter son ciré et regarder autour de lui d’un œil incertain. Pas comme s’il cherchait quelqu’un, non, au contraire, comme s’il cherchait personne. Comme s’il espérait trouver une table libre pour s’y réfugier ; seulement le troquet est bondé. Je lui adresse un signe. Il paraît sur le point de reprendre son manteau de pluie pour calter, puis il se décide et s’approche en marchant de profil, furtif comme un timide qui craint toujours de déranger.

Je le présente à mes potes. Julien Liauradéshome connaissait déjà Maumau. Ça l’aide à se mettre en confiance. Bouteille ! On trinque.

Il reste fermé, en grand mélancolique. Boit ! Reboit ! Vite, ainsi font ceux qui ont hâte de s’envoyer dehors et qui considèrent l’alcool comme un moyen de transport.

— Ça n’a pas l’air de carburer ? me risqué-je à lui demander.

— Ça ne peut pas aller quand on est marié, répond-il.

Et alors, le vin lui apportant sa survolte, il se met à débloquer, le Julien. A la fin de chaque période, il écluse un verre, repart. On l’écoute.

— De quel droit la Société oblige-t-elle un couple à vivre ensemble ? Bon, vous allez me dire : le divorce. Mais c’est emmerdant, le divorce, il y faut le consentement mutuel, ça nécessite des papiers, de l’argent, des démarches, ça fait mauvais effet, ça cause du chagrin aux enfants. On hésite à s’y risquer. On y renonce. On attend. Quoi ? J’sais pas. On attend qu’il soit plus tard. On attend que ça s’arrange. On attend que la mort vienne vous donner un coup de main. Et le temps augmente le malheur au lieu de l’endormir. Il l’aiguise. Alors on est pris pour toujours. Et on continue à marcher, de subir, de haïr. Moi, j’en frissonne de haïr. J’en claque des dents. Parfois, je me dis : ça y est, j’ai attrapé la grippe, eh bien pas du tout, c’est la haine. Un accès plus fort que les autres. Pour des riens, du quotidien plus tolérable. Elles sont fumières, si vous saviez. Vaches de partout. Et si dégueulasses. A puer pour des riens. A avoir des œillades qui vous transpercent. Des intonations qui vous humilient. Des sourires qui vous donnent envie de vous tuer. Au début, on les baise et on croit. Ben on a tort ! Baiser, c’est pas un remède, ça entre dans la liste des corvées. Ça conjure pas, au contraire, ça attise. Elles ont leurs exigences, leurs habitudes, prennent leur pied de telle et telle façon. Si tu les rates, tu deviens bourreau. On t’applique des représailles. Et même quand elles ont leurs trucs effroyables, là, tu crois que tu vas avoir campo quelques jours ? Mon œil ! Le caractère qui tourne à l’aigre. Elles te font payer le prix fort. T’as plus droit à rien. T’es fautif. Esclave en plein. Sous-tampax. Résiduel. Putrescible. De l’arrière-merde ! Tu n’oses plus parler : tu ergotes. Te voilà égrotant, débile à force de craindre ; visqueux de trop de bassesses. Tu suffoques de servilité. Tu demandes pardon de tout ce que tu n’as pas fait mais que tu aurais pu faire. Elles t’effraient plus encore que d’habitude. Tu crains tout. Et surtout — ô ironie — qu’elles te quittent. Car c’est ça, leur suprême force, à ces putains : te faire redouter ce que tu souhaites le plus au monde ! Et attendez, une minute encore, j’ai pas fini. Il y a les enfants. Leurs enfants qu’elles élèvent selon leur idée à elles. Dont elles te font de jolis petits ennemis, d’adorables angelots qui te méprisent avant d’avoir leur connaissance. Tu essaies timidement de leur apprendre le blanc, aussitôt elles leur enseignent le noir. Impossible de prévaloir. Toi, tu tentes d’expliquer, elles, elles imposent. Ce que tu cherches à réaliser par le raisonnement, elles l’obtiennent par simple osmose. Ils sont passés par leur ventre, comprenez-vous ? Leur ventre béni. Alors qu’ils n’ont fait que gicler de nos misérables couilles. On les a faits en jouissant, elles, elles les ont finis en souffrant. Alors c’est LEUR enfant, point à la ligne. Leur enfant à ELLES. Nous, tchoc, la virgule, en râlant de plaisir. Bien dans notre manière : tout à la va-vite, sans sérieux, sans réflexion. Elles, oh ! pardon, neuf mois de patience, à dégueuler, à brandir leur ventre sacré : une place assise, please ! Ecartez-vous, le bon Dieu passe ! Salopes !

« Et tout ce que je viens de vous exposer ne serait rien en comparaison de leur mauvaise foi. Pour nous, le vrai drame est là : leur mauvaise foi. Cette manière indélébile d’avoir raison. Irréversiblement raison. Raison contre tout, tous, et la logique. Raison d’avoir raison. La vérité, pour elles, ce n’est pas la vérité selon Dieu, c’est ce qu’elles disent. Tout ce qu’elles profèrent est. Ne peut-être anéanti que par un avis contraire d’elles. Y a pas de clé, comprenez-vous. Elles ont la faculté de dire oui pour non, non pour oui, oui pour oui et non pour non. Et de mélanger les quatre solutions. Et d’en trouver une cinquième au besoin. Une sixième, une millième… Elles nous usent. Pourquoi croyez-vous que notre longévité est inférieure à la leur dont le corps est affublé de tout un tas de systèmes de merde ? C’est nous qui devrions vivre le plus longtemps. On est simples, nous, on est sains, on est étanches, on est forts. Seulement, elles nous usent. Ce sont des râpes. Nous croyons les limer, mais la limaille qui tombe est la nôtre. Ah, messieurs, messieurs, si tous les gars du monde voulaient se tenir la queue, on stopperait enfin la machine en cessant de procréer. Mais elles viendraient encore récupérer notre foutre encore tiède sur nos cadavres déjà froids pour continuer vaille que vaille l’espèce.

Il s’écroule sur la table, à bout d’anti-féminisme, la tête dans son bras replié. Nous le contemplons avec tristesse, respect et commisération. C’est à ce moment-là qu’un gamin d’une dizaine d’années pénètre dans l’estaminet de la mère Trutrude.

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