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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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- Quatre hommes? Pour une seule femme? N'est-ce pas beaucoup?

- Il y a des femmes plus rudes que des hommes, répondit l'un de ses gardiens. Il vaut toujours mieux prendre ses précautions... surtout avec les amis de l'Autrichienne !

- Elle est toujours la Reine, vous savez ! Même si le mot vous déplaît !

- Ouais ? Eh bien ça ne durera plus longtemps ! Et si vous voulez vivre encore un moment, je vous conseille d'éviter ce genre de réflexions !

Elle haussa les épaules sans répondre. Si c'était un moyen d'en finir plus vite avec la vie, le conseil pouvait être bon...

Et l'on se mit en marche pour traverser Paris sur presque toute sa largeur...

La double prison de la Grande et la Petite Force occupait au Marais, non loin des ruines de la Bastille, l'ancien hôtel des ducs du même nom qui avait été l'un des plus beaux, des plus vastes aussi de la capitale. Celui qui, en en devenant propriétaire l'avait ainsi baptisé avait eu une étrange destinée : enfant, il avait échappé au massacre de la Saint-Barthélémy en faisant le mort entre les cadavres de son père et de son frère. Plus tard, il se trouvait dans le carrosse d'Henri IV au moment où Ravaillac frappait et ce fut lui qui désarma l'assassin dont le couteau a été conservé ensuite par la famille. Comme nombre d'hôtels du Marais, celui-là avait été plus ou moins délaissé. Douze ans plus tôt, en 1780, Louis XVI, qui faisait démolir le Grand Châtelet et le Fort-1'Évêque par trop insalubres, décida d'en faire une prison modèle pour l'époque. La plus grande partie devint la Grande Force, attribuée aux hommes et l'autre partie - la Petite Force -, aux femmes, surtout de mauvaise vie. Depuis la chute de la Bastille, les deux prisons n'avaient plus qu'une seule entrée : une porte basse au fond de la rue des Ballets, une courte artère ouvrant sur la rue Saint-Antoine. Plus question d'y entrer en voiture : il fallait franchir une porte que seules les plus petites tailles passaient sans courber la tête. Quant au nom, il semblait trop de circonstance pour que l'on eût l'idée de le changer.

Ce fut devant cette entrée que l'on fit descendre la ci-devant marquise de Pontallec, mais elle n'eut droit qu'à un bref regard sur la mine rébarbative de l'endroit, les murs gris aux énormes chaînages de pierre, aux petites fenêtres sales défendues par d'épais barreaux. Tenant sans doute à faire montre de zèle, ses gardiens, qui jusque-là s'étaient montrés convenables, l'empoignèrent chacun par un bras et la précipitèrent sous le linteau surmonté d'une imposte grillée. Derrière, il y avait un couloir avec deux guichets successifs. Le premier ouvrait sur le corps de garde et le second sur les bureaux du greffe d'où l'on passait sur une petite cour partagée en deux, sur lesquelles donnaient d'abord les fenêtres dudit greffe et ensuite le logement du concierge. A partir de là, les bâtiments bas de l'entrée faisaient place à des murs très élevés percés de petites fenêtres grillées. Au-delà, une grande cour plantée d'arbres où l'on accédait à la Petite Force qui n'était pas plus avenante. C'est là que l'on conduisit Anne-Laure après qu'un fonctionnaire hargneux l'eut inscrite sur le livre d'écrou en l'insultant copieusement. Il lui fallut subir les plaisanteries graveleuses du corps de garde. Elle éprouva un réel soulagement quand, parvenue à destination, on la remit à une femme d'une quarantaine d'années, d'aspect sévère mais polie et convenablement vêtue, qui l'accueillit d'un simple signe de tête et la conduisit vers sa " chambre ", un cachot du rez-de-chaussée, mal éclairé par une sorte de lucarne grillée et haut placée, meublé d'un vieux matelas de paille, d'un escabeau, d'une cuvette et d'un seau de toilette.

- Vous ne resterez pas seule longtemps, dit cette femme qui s'appelait Mme Hanère. Depuis hier on nous amène du monde. Surtout chez les hommes bien sûr, mais les femmes vont arriver...

- Qui a-t-on arrêté jusqu'ici ?

- Des gens des Tuileries naturellement, quelques serviteurs comme Weber, le frère de lait de la... de Marie-Antoinette. Des officiers aussi comme le commandant des Tuileries ou des gardes du corps du comte de Provence...

- Mais celui-ci est parti depuis longtemps! Il n'avait plus besoin de gardes.

- Que voulez-vous que je vous dise ? Il y a sûrement des amis à vous dans tout ce qui nous arrive.

- Je n'allais jamais aux Tuileries. Sauf hier. J'y connaissais fort peu de monde...

- Vous êtes pourtant accusée d'être une grande amie...

- De la Reine ? C'est tout juste si elle savait qui j'étais, mais je lui suis tout de même dévouée depuis qu'elle connaît le malheur...

- Vous avez pitié d'elle ?

- Oui, parce qu'elle tremble pour ses enfants...

- Vous en avez ? vous êtes bien jeune pourtant.

- J'avais une petite fille, je l'ai perdue il y a un mois...

- C'est pour ça que vous êtes en deuil ? Pardonnez-moi si je vous ai paru indiscrète. Moi aussi j'ai une fille et... si vous avez besoin de quelque chose, ajouta-t-elle très vite, faites-le-moi demander par Hardy, le guichetier. C'est un brave homme. Il ne vous tourmentera pas.

- Je vous préviens : je n'ai pas d'argent. On m'a pris tout ce que j'avais... mais je n'ai besoin de rien.

Le regard pensif de Mme Hanère s'attarda sur cette toute jeune femme qui semblait revenue de tout. Sa voix se fit plus douce :

- En prison on a toujours besoin de quelque chose. Une femme surtout... Je reviendrai vous voir.

Elle allait sortir quand Anne-Laure la retint :

- S'il vous plaît, madame, sauriez-vous me dire si le duc de Nivernais est ici ?

- Non, il n'y est pas mais cela ne veut pas dire qu'il n'y viendra pas. En outre, d'autres prisons se remplissent : l'Abbaye, les Carmes, etc. Mais je croyais que vous ne connaissiez personne ?

- C'est mon seul ami et c'est aussi un vieil homme.

- J'essaierai de savoir...

Il y eut le cliquetis des clefs et des verrous puis plus rien. Anne-Laure qui souhaitait avant tout le silence, se retrouva dans une semi-obscurité - le soleil ne pénétrait pas dans sa cellule - où dominait une odeur de moisi et habitée par tous les échos, non seulement d'une prison où les braillements du corps de garde et les bruyantes allées et venues devaient s'entendre depuis la défunte Bastille, mais encore de la rue Saint-Antoine voisine où il semblait que se déroulât une perpétuelle bacchanale. Quand on ne hurlait pas l'affreux " Ça ira! " on criait des menaces de mort contre la famille royale, le duc de Brunswick et les prisonniers que l'on ne cessait d'amener. Le tout mêlé à des acclamations vibrantes à l'adresse de Danton, Marat et Robespierre, devenus les hommes d'une situation que l'on espérait bien voir se prolonger indéfiniment.

La prisonnière s'efforçait de ne rien entendre, de dormir le plus possible. N'ayant jamais été fort pieuse, elle l'était moins encore depuis la mort de Céline et ne priait guère sinon pas du tout. Elle attendait seulement que sa porte s'ouvrît et que l'on vînt la chercher pour la conduire vers quelque échafaud. Ce serait un moment horrible sans doute, mais ensuite, quelle délivrance !

La porte s'ouvrit enfin, le dixième jour, pour livrer passage à une dame si digne et si fière qu'elle faillit lui demander ce qu'elle faisait là : c'était la marquise de Tourzel qui venait partager sa captivité et qui ne cacha pas sa surprise en la reconnaissant :

- Madame de Pontallec? Mais comment êtes-vous arrivée ici ? Ma fille Pauline m'a dit vous avoir vue vous jeter dans la Seine et probablement vous y noyer puisque l'on n'a plus rien su de vous. Madame Royale qui vous a prise en amitié était en peine et vous réclamait...

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