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Un lever de ténèbres

Электронная книга - «Un lever de ténèbres». Краткое содержание книги:

Forteresse réputée imprenable depuis des millénaires, la Pierre de Tear est tombée, conquise par Rand al’Thor et un groupe d’Aiels, ces terribles guerriers du désert qui se voilent le visage pour combattre. Désormais en possession de l’épée mythique Callandor, Rand peut clamer à la face du monde qu’il est le Dragon Réincarné.
Un grand pas en avant, certes, mais vers quelle destinée ? Censé sauver le monde, le jeune homme doit d’abord apprendre à maîtriser le saidin. Hélas, cette moitié masculine du Pouvoir de l’Unique est une arme à double tranchant. Car elle condamne à la folie et à la mort les hommes à qui elle offre la gloire et la puissance…
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Avançant dans le palais, Carridin, pour une fois, n’accorda aucune attention aux magnifiques tapis du Tarabon, aux meubles ornés d’or et d’ivoire et aux cours intérieures où le gazouillis des fontaines rafraîchissait les âmes et les cœurs les plus sombres. Pareillement, les larges couloirs et leurs lampes dorées ne l’intéressèrent pas plus que les plafonds aux moulures dorées à l’or fin. En beauté sinon en taille, ce complexe n’avait rien à envier aux plus somptueux palais d’Amadicia. Mais pour l’heure, Carridin pensait surtout à la bouteille d’eau-de-vie qui l’attendait dans la pièce qu’il avait annexée pour en faire son bureau.

Entrant dans son fief, les yeux rivés sur le cabinet à liqueurs où il trouverait sa précieuse gnôle, Carridin attendit d’avoir traversé la moitié de la salle – en foulant un extraordinaire tapis aux motifs bleus, écarlates et or – avant de s’aviser qu’il n’était pas seul. Devant une haute et étroite fenêtre, une femme aux cheveux blonds tressés contemplait un des bucoliques jardins ombragés. Sous son voile qui ne dissimulait rien, les grands yeux marron de l’inconnue et sa bouche charnue attiraient immédiatement l’attention. Jeune et jolie, elle n’était pas une servante, à en juger par sa tenue.

— Qui êtes-vous ? demanda Carridin, agacé. Et comment êtes-vous entrée ? Si vous ne partez pas sur-le-champ, je vous ferai jeter dehors.

— Des menaces, Bors ? Tu devrais te montrer plus courtois avec tes invitées.

Bors ? Ce seul nom fit à Carridin l’effet d’une gifle. Réagissant d’instinct, il dégaina son épée et visa la gorge de l’impudente.

Quelque chose l’englua dans ce qui semblait être de la guimauve puis le força à s’agenouiller et le pétrifia de la naissance du cou au bout des doigts de pied. Un étau se resserra autour de son poignet droit dont les os grincèrent sinistrement. Ouvrant les doigts, Carridin laissa tomber son arme. Le Pouvoir… Cette femme utilisait sur lui le Pouvoir de l’Unique. Une maudite sorcière de Tar Valon. Et qui connaissait ce nom ô combien secret…

— Te souviens-tu, dit la femme en approchant, d’une grande réunion où Ba’alzamon en personne nous a montré les visages de Matrim Cauthon, Perrin Aybara et Rand al’Thor ?

La femme avait plus craché que prononcé ces trois noms – et le dernier plus encore que les deux autres.

— Tu vois, je sais très bien qui tu es. Tu as juré de servir le Grand Seigneur des Ténèbres, Bors.

L’inconnue éclata de rire – un son qui évoquait un peu celui d’un glas.

Le front ruisselant de sueur, Carridin comprit qu’il n’avait pas affaire à une banale sorcière de Tar Valon. L’Ajah Noir ! Cette femme appartenait à l’Ajah Noir. Ainsi, la mort ne viendrait pas des mains d’un Myrddraal ? Et elle allait arriver si vite, alors qu’il ne s’était pas encore résigné à la défaite ?

— J’ai essayé de le tuer… Rand al’Thor, je veux dire. Oui, j’ai tout fait pour ça ! Mais je ne parviens pas à le trouver. Tant que je n’aurai pas réussi, les membres de ma famille mourront les uns après les autres, c’est ce qu’on m’a dit. En promettant que je serais le dernier ! J’ai encore des cousins, des neveux et des nièces ! Et une autre sœur. Il faut me donner plus de temps.

Ses yeux perçants rivés sur Carridin, la femme sourit en l’écoutant expliquer en détail où on pouvait trouver Vanora, où était située sa chambre et quelles étaient ses habitudes – en particulier son goût pour les cavalcades solitaires en forêt, non loin de Carmera.

S’il criait, songea Carridin, est-ce que ça ferait venir des gardes ? Et dans ce cas, pourraient-ils tuer la femme ?

Il voulut hurler, mais la guimauve invisible s’infiltra dans sa bouche, forçant ses mâchoires à s’écarter tellement qu’il les entendit craquer sinistrement. Les narines dilatées, Carridin parvenait encore à respirer, mais plus un son ne sortait de sa bouche à part des gémissements qui lui rappelaient ceux d’une femme tombée entre les mains de ses Confesseurs. Pourtant, il voulait crier…

— Tu es très amusant, dit l’inconnue blonde. Jaichim… Un joli nom pour un chien, non ? Voudrais-tu être mon chien, Jaichim ? Si tu es obéissant, je te permettrai peut-être d’assister à la mort de Rand al’Thor, un de ces jours…

Carridin eut besoin d’un moment pour comprendre ce que venait de dire la femme. S’il était censé voir mourir al’Thor, ça signifiait que… Eh bien, cette femme n’allait pas le tuer, ni l’écorcher vif ni lui faire subir les horreurs qu’il avait si souvent imaginées, finissant par trouver la mort pas si terrible que ça, en fin de compte. Des larmes coulant sur ses joues, Carridin sentit qu’il sanglotait – dans la mesure où son cocon de guimauve le lui permettait.

Le piège invisible s’ouvrant, il tomba à genoux, incapable d’arrêter de pleurer.

Se penchant vers lui, la femme lui prit les cheveux à pleine main et le força à relever la tête.

— Maintenant, tu vas m’écouter, d’accord ? La mort de Rand al’Thor n’est pas pour aujourd’hui, et pour y assister, tu devras être un bon toutou. Tu vas transférer tes Capes Blanches dans le palais de la Panarch, pas vrai ?

— Comment le savez-vous ?

La femme secoua la tête.

— Un bon toutou ne pose pas de questions à sa maîtresse. Je lance le bâton, et toi, tu le rapportes. Et si je t’ordonne de tuer, tu obéis. Compris ? Prendre le palais sera-t-il difficile ? Les mille hommes de la Légion occupent les lieux. Ils sont partout, dormant dans les couloirs, les salles d’exposition et les jardins intérieurs. Tu n’as pas tant de soldats que ça…

— Ces hommes… (Carridin dut s’interrompre pour déglutir.) Ces hommes ne s’opposeront pas à nous. Ils croiront qu’Amathera a été choisie par l’Assemblée. C’est ainsi en principe que…

— Ne m’ennuie pas avec des détails, Jaichim ! Je me fiche que tu massacres tous les membres de cette Assemblée, si tu tiens le palais. Quand passeras-tu à l’action ?

— Andric aura besoin de trois ou quatre jours pour finaliser ses garanties.

— Trois ou quatre jours… Pourquoi pas ? Un retard plus important que prévu ne sera pas préjudiciable.

Alors que Carridin se demandait de quel retard parlait la femme, elle lui porta en quelque sorte le coup de grâce – mais pas au sens littéral du terme, par bonheur.

— Quand tu contrôleras le palais, tu te débrouilleras pour en expulser la Légion.

— C’est impossible ! s’écria Carridin.

La femme lui tira la tête en arrière si fort qu’il se demanda qui céderait en premier : sa nuque ou son cuir chevelu. Puis un millier d’aiguilles invisibles se plantèrent sur son visage, sa poitrine, son dos et ses membres. Des pointes invisibles, peut-être, mais bel et bien réelles, il n’en doutait pas un instant.

— Impossible, Jaichim ? Voilà bien un mot qui ne fait pas partie de mon vocabulaire.

Les aiguilles s’enfoncèrent plus profondément. Malgré la douleur, Carridin ne revint pas sur sa position. Ce que voulait cette femme était impossible !

— Quand Amathera aura été investie, elle dirigera la Légion. Si je tente d’annexer le palais, elle lancera ses hommes contre moi et Andric la soutiendra. Face à la Légion et aux soldats que le roi pourra retirer de la défense des forteresses périphériques, je n’aurai pas une chance.

L’inconnue dévisagea Carridin si longuement qu’il recommença à suer comme un porc. Parfaitement immobile, il n’osait même pas cligner des yeux, car un millier de petits coups de poignard l’auraient immédiatement puni.

— Nous nous occuperons de la Panarch, dit la femme.

Les aiguilles se volatilisèrent et elle se redressa.

Carridin se releva aussi et tenta de conserver son équilibre. Avec un peu de chance, une négociation serait possible, parce que l’inconnue semblait revenue à de meilleurs sentiments. Même si ses genoux tremblaient, le Confesseur parvint à parler d’un ton assuré :

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