L'hiverrier [Wintersmith - fr]
- Автор: Пратчетт Теренс Дэвид Джон
- Серия: Disque-monde #35
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: Atalante
- ISBN: 978-2-84172-468-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'hiverrier [Wintersmith - fr]». Краткое содержание книги:
« Miyards ! »
Ah ! oui, et revoici les Nac mac Feegle, les ch'tits hommes libres, venus donner un coup de main, que ça lui plaise ou non. Car, si Tiphaine ne fait pas entendre raison à son soupirant, il n’y aura plus jamais de printemps.
— Rien, tante Danuta », répondit Roland sans se retourner de son bureau. L’un des avantages de la vie de château, c’était qu’on pouvait facilement verrouiller les salles ; sa porte avait trois serrures en fer et deux verrous gros comme son bras.
« Ton père te réclame à cor et à cri, tu sais ! lança une autre voix avec davantage d’humeur encore.
— Il chuchote, tante Araminta, répondit calmement Roland en écrivant soigneusement une adresse sur une enveloppe. Il ne crie que quand vous lancez les médecins contre lui.
— C’est pour son bien !
— Il crie », répéta Roland avant de lécher le rabat de l’enveloppe.
Tante Araminta secoua encore la poignée de la porte. « Tu es un enfant très ingrat ! Tu vas avoir faim, tu sais ! Nous allons demander aux gardes d’enfoncer cette porte ! »
Roland soupira. Le château avait été bâti par des gens qui n’aimaient pas qu’on enfonce leurs portes, et ceux qui s’y risqueraient devraient hisser le bélier dans un escalier étroit en colimaçon sans espace au sommet pour tourner, et ensuite trouver le moyen d’abattre une porte de quatre planches d’épaisseur en chêne si ancien qu’il ressemblait à du fer. Un seul homme pouvait défendre cette chambre pendant des mois s’il avait des vivres. Il entendit d’autres grommellements dehors puis l’écho des chaussures des tantes qui descendaient de la tour. Enfin il les entendit s’égosiller encore contre les gardes.
Ça ne les avancerait pas à grand-chose. Recevoir des ordres des tantes mettait le sergent Robert et ses gardes[3] à cran. Tout le monde le savait : si le baron mourait avant les vingt et un ans de son fils, les tantes dirigeraient légalement le domaine jusqu’à sa majorité. Et, bien que très malade, le baron n’était pas mort. Les circonstances se prêtaient mal à l’insubordination, mais le sergent et ses hommes survivaient à la colère des tantes en étant, quand leurs ordres le justifiaient, sourds, idiots, distraits, désorientés, souffrants, perdus ou – dans le cas de Kevin – étranger.
Pour le moment, Roland attendait le petit matin pour ses sorties, quand il n’y avait personne dans les parages et qu’il pouvait piller la cuisine. Il en profitait alors pour passer voir son père. Les docteurs bourraient le vieil homme de médicaments, mais il lui tenait un instant la main et en tirait un peu de réconfort. Quand il trouvait des bocaux de guêpes ou de sangsues, il les jetait dans les douves.
Il regarda fixement l’enveloppe. Il devrait peut-être parler de tout ça à Tiphaine, mais il n’aimait pas y penser. Ça l’inquiéterait, elle risquerait de vouloir le sauver encore une fois, et ça ne serait pas bien. C’était à lui de faire face. Et puis il n’était pas sous clé dans une chambre. C’étaient elles qui étaient sous clé dehors. Tant qu’il tenait la tour, il lui restait un sanctuaire où elles ne pouvaient pas fourrer leur nez, fouiner ni voler. Il avait mis à l’abri sous son lit les chandeliers d’argent rescapés, ce qui restait des couverts ancestraux également en argent (« partis à l’expertise », avaient-elles dit), et le coffret à bijoux de sa mère. Ce coffret, il l’avait récupéré un peu tard ; il manquait son alliance ainsi que le collier en argent et grenat qu’elle tenait de sa propre mère.
Mais demain il allait se lever tôt et galoper jusqu’à Deux-Chemises avec la lettre. Il adorait les écrire. Elles embellissaient le monde parce qu’on n’avait pas besoin d’y parler de ses mauvais côtés.
Roland soupira. Il aurait bien aimé dire à Tiphaine qu’il avait trouvé dans la bibliothèque un ouvrage intitulé Sièges et survie du fameux général Callus Tacticus (l’inventeur de la « tactique », détail intéressant). Qui aurait pensé qu’un livre aussi vieux se révélerait aussi utile ? Le général recommandait avec insistance d’accumuler des vivres, aussi Roland disposait-il d’une ample provision de petite bière, de grosses saucisses et de pain de nain bien lourd, commode à laisser tomber sur les assaillants.
Il lança un regard vers l’autre bout de la chambre, vers un portrait de sa mère qu’il avait remonté de la cave où elles l’avaient remisé (« en attendant d’être nettoyé », à les en croire). Juste à côté, quand on savait ce qu’on cherchait, un pan de mur à peu près de la taille d’une petite porte paraissait plus clair que le reste des pierres. Le bougeoir voisin paraissait aussi légèrement de travers.
Il y avait beaucoup d’avantages à vivre dans un château. Dehors, il se mit à neiger.
Les Nac mac Feegle jetèrent un coup d’œil aux flocons duveteux depuis le toit de la chaumière de mademoiselle Trahison. À la lumière qui parvenait à filtrer par les fenêtres encrassées en dessous, ils regardaient passer les tourbillons de Tiphaine miniatures.
« Dites-le aveu des flocons, fit Grand Yann. Hah ! » Guiton Simpleut attrapa au vol un flocon qui descendait en spirale. « Faut rcounwate qu’il a rudmaet bieu raeussi le ch’tit capio pwintu, dit-il. Il dwat bocop aemeu la ch’tite michante sorcieure jaeyante…
— Ch’a pwint de sens ! lança Rob Deschamps. Il est l’iver ! Il est la naeje, la glache et le jael. Elle, c’eut jusse une ch’tite jaeyante ! On peut pwint dire qu’ils sont parfaitmaet assortis ! Vos en dites kwa, Guillou ? Guillou ? »
Le gonnagle mâchait le bout de sa sourimuse tout en fixant les flocons d’un regard absent. Mais la voix de Rob força ses pensées parce qu’il répondit : « Qu’est-ce qu’il counwat des jaes ? Il est mwins vivant qu’un ch’tit insaecte et pourtant aussi pwissant que la maer. Et il a le baeguin pour la ch’tite michante sorcieure jaeyante. Pourkwa ? Elle est kwa pour li ? Qu’est-ce qu’il va faere apreus ? Mi, je vos le dis : les flocons, c’eut jusse le coumaechmaet. On dwat faere atinsion, Rob. Cha peut tourneu traes mal…»
Dans les montagnes, neuf cent quatre-vingt-dix milliards trois cent quatre-vingt-treize millions soixante-douze mille sept Tiphaine atterrirent délicatement sur l’ancienne neige tassée d’une crête et déclenchèrent une avalanche qui emporta plus de cent arbres et un pavillon de chasse. Ce n’était pas la faute de la jeune sorcière.
Pas sa faute non plus si on glissait sur des couches durcies d’elle-même, si on n’arrivait pas à ouvrir la porte parce qu’elle la bloquait à l’extérieur, ou si on recevait des boules de Tiphaine que jetaient les petits enfants. La majeure partie avait fondu le lendemain matin à l’heure du petit-déjeuner, et d’ailleurs personne ne remarqua rien de bizarre en dehors des sorcières qui ne croient pas les gens sur parole et d’un tas de gamins que personne n’écouta.
Tout de même, Tiphaine se réveilla en se sentant très gênée.
Mademoiselle Trahison ne lui était d’aucune aide.
« Au moins, il t’aime bien, dit-elle en remontant férocement sa pendule.
— Ça, je n’en sais rien, mademoiselle Trahison », répondit Tiphaine, qui ne tenait vraiment pas à s’engager dans cette discussion. Elle faisait la vaisselle dans l’évier, le dos tourné vers la vieille femme, et elle était bien contente que mademoiselle Trahison ne lui voie pas la figure – et, en fin de compte, qu’elle-même ne voie pas non plus celle de mademoiselle Trahison.
« Qu’est-ce que ton petit ami va en dire ? Je me le demande.
— Quel petit ami, mademoiselle Trahison ? demanda Tiphaine d’une voix aussi froide que possible.
— Il t’écrit des lettres, petite ! »
Et j’imagine que tu les lis par mes yeux, songea Tiphaine. « Roland ? C’est juste un ami… en quelque sorte, expliqua-t-elle.
— Une sorte d’ami ? »
Je ne vais pas la suivre sur ce terrain, se dit Tiphaine. Je parie qu’elle sourit. Ce n’est pas son affaire, n’importe comment. « Oui, fit-elle, c’est ça, mademoiselle Trahison. Une sorte d’ami. »
3
Kevin, Neville et Trevor.