Les Chants de la Terre lointaine
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1986
- Язык: французский
- Год: Bragelonne Classic
- Переводчик: France-Marie Watkins
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les Chants de la Terre lointaine». Краткое содержание книги:
— Les vibrations lui ont fait peur, expliqua Brant. Regardez par le hublot. Maintenant, vous verrez toute la bête.
Au-dessous d’eux, quelque chose comme un tronc d’arbre de dix mètres d’épaisseur battait en retraite vers le fond. Loren comprit que les «serpents» qu’il avait vus grouiller sur le dessus étaient de minces tentacules ; revenus dans leur élément, ils ondulaient sans effort à la recherche de ce qu’ils pourraient dévorer.
— Quel monstre ! murmura-t-il.
Il se détendit enfin, après plusieurs minutes. Une chaude sensation de fierté — et même d’exaltation — l’envahit. Il savait qu’il venait de passer un nouvel examen et qu’il avait gagné l’approbation de Brant et de Kumar. Il l’acceptait avec reconnaissance.
— Ce n’est pas dangereux ? demanda-t-il.
— Bien sûr que si ! C’est pourquoi nous avons la bouée d’avertissement.
— Franchement, je serais tenté de la tuer.
— Pourquoi ? s’exclama Brant, sincèrement choqué. Quel mal fait-elle ?
— Eh bien … Une créature de cette taille doit attraper un nombre considérable de poissons.
— Oui, mais seulement des poissons lassans, pas le poisson que nous mangeons. Et voilà le plus intéressant. Pendant longtemps, nous nous sommes demandé comment elle pouvait persuader les poissons — même les idiots d’ici — de nager dans sa gueule. Nous avons fini par découvrir qu’elle sécrète une sorte d’appât chimique, et c’est ce qui m’a fait penser aux pièges électriques. Ce qui me rappelle …
Brant prit son compack.
— Tarna Trois appelle Autodocu Tarna, ici Brant. Nous avons réparé le piège. Tout fonctionne normalement. Pas besoin d’accuser réception. Fin de message.
Mais, à la surprise de tous, il y eut une réponse immédiate, par une voix familière.
— Salut, Brant, salut, docteur Lorenson. Je suis heureuse de l’apprendre. Et j’ai des nouvelles intéressantes pour vous. Vous voulez les écouter ?
— Bien sûr, madame le maire, marmonna Brant en échangeant un regard amusé avec Loren. Allez-y.
— Archives centrales a déniché quelque chose de vraiment surprenant. Tout cela est déjà arrivé. Il y a deux cent cinquante ans, on a essayé de construire un récif au départ de l’île du Nord, par électroprécipitation, une technique qui a donné de bons résultats sur Terre. Mais au bout de quelques semaines, les câbles sous-marins étaient cassés, quelques-uns volés. On n’a jamais poursuivi l’enquête parce que, par ailleurs, l’expérience était un échec total. Pas assez de minéraux dans l’eau pour que ce soit rentable. Alors, vous voyez. Vous ne pouvez accuser les Conserveurs. Ils n’existaient pas à cette époque.
Brant avait l’air tellement ahuri que Loren éclata de rire.
— Et vous avez voulu me surprendre, moi ! dit-il. Ma foi, vous avez indiscutablement prouvé qu’il y a des choses dans la mer que je n’avais jamais imaginées. Mais à présent, on dirait qu’il y en a que vous-même n’avez jamais imaginées non plus !
20
Idylle
Les Tarnans trouvaient cela désopilant et feignaient de ne pas croire Loren.
— D’abord, vous n’étiez jamais monté sur un bateau, et maintenant, vous dites que vous ne savez pas faire de la bicyclette !
— Vous devriez avoir honte ! le gourmanda Mirissa, l’œil pétillant. Le moyen de transport le plus pratique qu’on ait jamais inventé ! Et vous ne l’avez pas essayé !
— On n’en a guère besoin dans un vaisseau spatial et c’est trop dangereux en ville, marmonna Loren. Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’il y a à apprendre ?
Il découvrit bientôt que ce n’était pas rien ; la bicyclette était bien moins simple qu’elle en avait l’air. Bien qu’il faille un réel talent pour tomber de ces engins à petites roues et au centre de gravité bas (il y parvint quand même plusieurs fois), ses premières tentatives furent décourageantes. Il n’aurait pas persévéré si Mirissa ne lui avait assuré que c’était le meilleur moyen de découvrir l’île … et s’il n’avait espéré que ce serait aussi le meilleur moyen de découvrir Mirissa.
Après quelques chutes supplémentaires, il comprit que le truc, c’était d’ignorer complètement le problème et de laisser faire les réflexes de son corps. C’était assez logique ; si l’on devait réfléchir à chaque pas que l’on fait, la simple marche deviendrait impossible. Loren acceptait cela, intellectuellement, mais il mit tout de même un moment à se fier à son instinct. Une fois qu’il eut franchi cet obstacle, il progressa très rapidement. Et finalement, comme il l’avait espéré, Mirissa proposa de lui faire visiter les coins les plus reculés de l’île.
Il était facile de croire qu’ils étaient seuls au monde, et pourtant ils ne devaient pas être à plus de cinq kilomètres du village. Ils avaient certainement pédalé beaucoup plus loin, mais l’étroite piste cyclable avait été étudiée pour emprunter le chemin le plus pittoresque, qui était également le plus long. Loren avait la possibilité de s’orienter en un instant, grâce au chercheur de position de son compack, mais il ne prenait pas cette peine. C’était plus amusant de prétendre qu’on était perdu.
Mirissa aurait été plus heureuse s’il avait laissé le compack au village.
— Pourquoi faut-il que vous transportiez ça ? demanda-t-elle en montrant le brassard constellé de boutons, sur son bras gauche. C’est parfois plaisant d’échapper aux gens.
— Entièrement d’accord mais les règlements du vaisseau sont très stricts. Si le capitaine Bey a besoin de moi en vitesse et si je ne réponds pas …
— Eh bien ? Qu’est-ce qu’il ferait ? Il vous mettrait aux fers ?
— J’aimerais mieux ça que l’inévitable sermon. D’ailleurs, je me suis branché sur sommeil. Si le combord passait outre, alors il s’agirait d’un véritable cas d’urgence, et je voudrais certainement être en contact.
Comme la majorité des Terriens depuis plus de mille ans, Loren était beaucoup plus à l’aise sans vêtements que sans compack. L’histoire de la Terre abondait en récits terrifiants d’individus négligents ou téméraires qui étaient morts — parfois à quelques mètres de la sécurité — parce qu’ils n’avaient pu atteindre le bouton rouge d’urgence.
Indiscutablement, la piste cyclable avait été conçue à l’économie et non pour une circulation dense. Ellene faisait pas un mètre de large et, au début, Loreneut l’impression de rouler sur la corde raide. Il devait concentrer son attention sur le dos de Mirissa (ce qui n’était pas du tout désagréable) pour éviter de tomber. Mais au bout de quelques kilomètres, il prit de l’assurance et put profiter aussi des beautés du paysage. Si jamais ils rencontraient quelqu’un venant en sens inverse, toutle monde devrait mettre pied à terre ; la pensée d’unecollision à cinquante klicks à l’heure ou plus était trop horrible. Et ce serait bien long de rentrer à pied, en portantles bicyclettes cassées.
La plupart du temps, ils roulaient dans un silence parfait, rompu uniquement lorsque Mirissa lui indiquait un arbre insolite ou quelque point de vue exceptionnel. Ce silence aussi était une grande nouveauté pour Loren ; sur Terre, il avait toujours été environné de bruit et, à bord, la vie devenait toute une symphonie de bourdonnements et de cliquetis mécaniques, avec, à l’occasion, l’effroi d’un système d’alarme.
Les arbres tissaient autour d’eux un invisible voile insonorisant, si bien que chaque mot semblait aspiré dans le silence, à l’instant où il était émis. Au début, l’originalité de la sensation la rendait plaisante, mais à présent, Loren commençait à rêver que quelque chose vienne remplir ce vide acoustique. Il fut même tenté de réclamer un peu de musique de fond à son compack, mais il était certain que Mirissa n’approuverait pas.