Les Loups de la Calla
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #5
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290332467
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Les Loups de la Calla». Краткое содержание книги:
— Non, pas pour ce que j’en ai vu.
— Pas de phrases saccadées et brutales ?
— Non, elle est douée, tu sais. Elle s’est entraînée avec ses plats, tout le temps que vous avez passé à creuser.
Eddie tendit le menton en direction de Jake, assis tout seul sur une balançoire, Ote à ses pieds.
— C’est pour lui que je m’inquiète. Je serai heureux de le sortir d’ici. Ça n’a pas été facile, pour lui.
— Ce sera plus difficile encore pour l’autre garçon, dit Roland en se relevant. Je retourne chez le Père. Pour essayer de dormir.
— Tu arrives à dormir ?
— Oh oui. Avec l’aide de l’huile-de-chat de Rosa, je vais dormir comme un loir. Vous devriez essayer aussi, Susannah, Jake et toi.
— D’ac.
Roland hocha la tête d’un air sombre.
— Je vous réveillerai, demain matin. On fera le chemin ensemble.
— Et on se battra.
— Oui, dit Roland.
Il regarda Eddie. Ses yeux bleus scintillaient à la lueur des flambeaux.
— On se battra. Jusqu’à la mort, la leur ou la nôtre.
CHAPITRE 7
Les Loups
Voyez cela, voyez-le clairement :
Voici une route aussi large et entretenue que peut l’être n’importe quelle route secondaire d’Amérique, mais revêtue de cette poussière tassée que les habitants de La Calla nomment oggan. Avec de chaque côté un fossé, pour le ruissellement ; de loin en loin, des caniveaux de bois nettoyés régulièrement, qui courent sous l’oggan. Dans la lueur blafarde et irréelle qui précède l’aube, une douzaine de grands buckas — de ceux que conduisent les Manni, avec leur capote de toile — s’avancent le long de la route. La toile est d’un blanc immaculé, pour réfléchir le soleil et garder la fraîcheur à l’intérieur, pendant les jours de canicule, et on dirait de grands nuages étranges, flottant au ras du sol. Des cumulus, ne vous déplaise. Chaque chariot est tiré par six mules ou par quatre chevaux. Sur le siège avant, menant l’équipage, se trouve une paire de combattants, ou d’anges gardiens. Overholser conduit le chariot de tête, Margaret Eisenhart à ses côtés. Puis vient Roland de Gilead, assis avec Ben Slightman. Puis Tian et Zalia Jaffords, précédant Eddie et Susannah Dean. Le fauteuil de Susannah est replié à l’intérieur de leur chariot. Bucky et Annabelle Javier les suivent. Et enfin, sur le siège surélevé du dernier véhicule, apparaissent le Père Callahan et Rosalita Munoz.
Dans les chariots, on compte quatre-vingt-dix-neuf enfants. Le jumeau dépareillé — celui responsable du nombre impair — est Benny Slightman, bien sûr. Il se trouve dans le dernier chariot (il n’a pas voulu aller dans celui de son père). Les enfants ne disent pas un mot. Certains parmi les plus jeunes se sont rendormis ; il faudra les réveiller sous peu, lorsque la caravane aura atteint sa destination. Devant eux, à moins de deux kilomètres maintenant, se trouve la fourche où le chemin qui pénètre dans le pays des arroyos bifurque à gauche. Vers la droite, la terre s’étend en pente douce jusqu’au fleuve. Tous les conducteurs gardent le regard tourné vers l’est, vers les ténèbres impénétrables de Tonnefoudre. Ils attendent un nuage de poussière. Ils ne le voient pas. Pas encore. Même les vents de seminon sont tombés. Les prières du Père Callahan ont dû être entendues, du moins ces prières-là.
Assis à côté de Roland sur le siège du chariot, Ben Slightman parla à voix si basse que le Pistolero eut peine à l’entendre.
— Qu’allez-vous faire de moi ?
Si, lorsque les chariots avaient quitté Calla Bryn Sturgis, on avait demandé à Roland de parier sur les chances de survie de Slightman, Roland les aurait estimées à cinq sur cent. Pas plus, en tout cas. Il y avait deux questions cruciales à poser, qui exigeaient des réponses précises. La première devait venir de Slightman lui-même. Roland ne s’attendait pas vraiment à ce qu’il la pose, pourtant c’était le cas. Roland tourna la tête vers lui.
Le contremaître de Vaughn Eisenhart était très pâle, mais il retira ses lunettes et soutint le regard de Roland. Le Pistolero ne lui imputa pas un courage exceptionnel. Slightman l’Aîné avait à n’en pas douter eu le temps de jauger Roland, et il savait qu’il devait regarder le Pistolero droit dans les yeux s’il voulait conserver le moindre espoir.
— Oui-là, je sais, dit Slightman, d’une voix assurée, du moins jusque-là. Je sais quoi ? Que vous savez.
— Vous l’avez deviné quand nous avons démasqué votre complice, je suppose, dit Roland.
Il avait délibérément employé ce mot de manière sarcastique (le sarcasme était la seule forme d’humour que Roland comprît vraiment), et Slightman grimaça : le complice. Votre complice. Mais il acquiesça, sans quitter Roland des yeux.
— Je me suis dit que, si vous étiez au courant pour Andy, vous l’étiez pour moi aussi. Même s’il ne m’aurait jamais donné. Ça ne faisait pas partie de sa programmation.
C’en fut vraiment trop, et il ne put supporter plus longtemps le regard du Pistolero. Il baissa les yeux, en se mordant la lèvre.
— Je l’ai surtout su à cause de Jake.
Roland ne parvint pas à dissimuler sa surprise.
— Il a changé. Il ne le voulait pas, pas gâche comme il l’est — et pas avec son courage —, mais il a changé. Pas envers moi, envers mon garçon. Au cours de la dernière semaine, disons des dix derniers jours. Benny en a seulement été… eh bien, déconcerté, comme vous diriez sans doute. Il sentait quelque chose, mais il ne savait pas quoi. Moi si. C’est comme si votre garçon ne voulait plus être près de lui. Je me suis demandé ce qui pouvait en être la cause. La réponse m’a paru très claire. Claire comme de la jeune bière, savez-vous.
Roland était en train de s’éloigner du chariot d’Overholser. Il fit claquer les rênes sur le dos de ses bêtes. Elles accélérèrent un peu la cadence. Derrière eux, ils entendaient les chuchotements et les ronflements des enfants et le cliquetis assourdi des harnais. Il avait demandé à Jake de remplir une petite boîte d’objets appartenant aux enfants, et il l’avait regardé faire. C’était un bon garçon, qui ne remettait jamais une corvée à plus tard. Ce matin-là, il portait un chapeau pour se protéger les yeux du soleil, et l’arme de son père. Il était assis sur le siège du onzième chariot, à côté d’un des Estrada. Il se disait que Slightman devait avoir un bon garçon, lui aussi, ce qui avait largement contribué à les mettre dans cette situation déplorable.
— Jake était au Dogan, une nuit où Andy et vous êtes allés donner des nouvelles de vos voisins, dit Roland.
À côté de lui, Slightman grimaça comme un homme qui vient de recevoir un coup de poing dans le ventre.
— Là-bas, dit-il. Oui, je l’ai presque senti… ou du moins j’ai cru le sentir…
Il se tut un moment, puis :
— Bordel.
Roland regarda vers l’est. Il faisait un peu plus clair, mais toujours aucun nuage de poussière à l’horizon. Ce qui était une bonne chose. Quand le nuage apparaîtrait, les Loups seraient très vite là. Leurs chevaux gris seraient rapides. C’est alors que Roland posa l’autre question, presque distraitement. Si Slightman répondait par la négative, il ne vivrait pas assez longtemps pour voir arriver les Loups, même sur leurs chevaux si rapides.
— Si vous l’aviez trouvé, Slightman — si vous aviez trouvé mon garçon — est-ce que vous l’auriez tué ?