La montée des orages
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps (1990) #4
- Язык: французский
- Переводчик: Arlette Rosenblum
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La montée des orages». Краткое содержание книги:
— Rand al’Thor ne connaît pas nos habitudes, répliqua Amys. Il y a cent erreurs qu’il risque de commettre et ainsi de tourner contre lui un chef ou un clan, de les inciter à voir en lui un natif des Terres Humides au lieu de Celui qui Vient avec l’Aube. Mon mari est un brave homme et un bon chef, mais il n’est pas un conciliateur, entraîné à persuader des gens en colère de déposer leurs lances. Nous devons avoir quelqu’un près de Rand al’Thor qui puisse lui chuchoter à l’oreille quand il semble sur le point de s’engager dans le mauvais chemin. » Elle ordonna d’un signe à Aviendha de jeter encore de l’eau sur les pierres brûlantes ; la jeune femme obéit avec une grâce morose.
« Et nous devons le surveiller, intervint sèchement Mélaine. Nous devons avoir une idée de ce qu’il a l’intention de faire avant qu’il agisse. L’accomplissement de la Prophétie de Rhuidean a commencé – il ne peut pas s’interrompre avant la fin, d’une manière ou d’une autre – mais j’ai l’intention de veiller à ce que survivent autant des nôtres que possible. Comment y parvenir dépend de ce que Rand al’Thor a en tête. »
Bair se pencha vers Egwene. Elle paraissait être tout os et tendons. « Vous le connaissez depuis l’enfance. Est-ce qu’il vous parlera de ses projets ?
— J’en doute, lui répondit Egwene. Il n’est plus confiant comme avant. » Elle évita de regarder Moiraine.
« Nous le dirait-elle s’il lui révélait effectivement ses intentions ? objecta vigoureusement Mélaine. Je ne veux pas déclencher de polémique ici, mais Egwene et Moiraine sont des Aes Sedai. Ce qu’elles recherchent peut ne pas être ce que nous cherchons.
— Nous avons servi jadis des Aes Sedai, dit simplement Bair. À l’époque, nous avons failli à notre tâche. Peut-être sommes-nous destinées à servir de nouveau. » Mélaine rougit, visiblement gênée.
Moiraine ne donna aucun signe qu’elle le voyait, ni d’ailleurs qu’elle avait entendu ce qu’avait dit Mélaine. En dehors de cette tension autour des yeux, elle semblait d’un calme de glace. « J’aiderai autant que c’est en mon pouvoir, dit-elle froidement, mais j’ai peu d’influence sur Rand. Pour le présent, il tisse le Dessin selon sa propre initiative.
— Alors nous devons le surveiller de près et espérer, conclut Bair avec un soupir. Aviendha, tu iras chaque matin retrouver Rand al’Thor quand il se réveille et ne le quitteras plus jusqu’à ce qu’il revienne le soir à ses couvertures. Reste à côté de lui aussi près que les cheveux sur sa tête. Ta formation devra se faire quand nous en aurons le temps, j’en ai peur ; ce sera un fardeau pour toi, ces deux tâches, mais impossible à éviter. Si tu lui parles – et surtout l’écoutes – tu ne devrais pas avoir de difficultés pour demeurer auprès de lui. Peu d’hommes renvoient une jolie femme qui leur prête l’oreille. Peut-être laissera-t-il échapper quelque chose. »
Aviendha s’était raidie au fur et à mesure des paroles de Bair. Lorsque celle-ci eut fini, elle riposta : « Non ! » Un silence de mort s’établit et tous les yeux se tournèrent vers elle, mais elle rendit regard pour regard avec défi.
« Non ? répéta à mi-voix Bair. Non. » Elle semblait retourner dans sa bouche un mot étrange.
« Aviendha, dit gentiment Egwene, personne ne vous demande de trahir Élayne, seulement de parler à Rand. » L’ancienne Vierge de la Lance parut encore plus résolue peut-être à se trouver une arme.
« Est-ce la discipline qu’apprennent à présent les Vierges ? s’exclama sèchement Amys. Dans ce cas, tu apprendras que nous enseignons une discipline plus stricte. S’il existe une raison qui t’empêche de rester auprès de Rand al’Thor, donne-la. » L’air de défi d’Aviendha perdit un peu de sa fermeté et elle marmonna de façon inaudible. La voix d’Amys devint coupante : « J’ai dit : donne-la !
— Je n’ai aucune sympathie pour lui ! s’écria Aviendha. Je le déteste ! Je le déteste ! » Egwene ne l’aurait-elle pas mieux connue, elle l’aurait crue proche des larmes. Toutefois sa réplique la choqua ; sûrement Aviendha ne le pensait pas pour de bon.
« Nous ne te demandons pas de l’aimer ou de le prendre dans ton lit, expliqua Seana d’une voix acide. Nous t’ordonnons de l’écouter et tu obéiras !
— Enfantillage ! s’exclama avec mépris Amys. Quelle sorte de jeunes femmes le monde produit-il de nos jours ? Est-ce qu’aucune de vous n’atteint l’âge adulte ? »
Bair et Mélaine furent encore plus rudes, la plus âgée menaçant d’attacher Aviendha sur le cheval de Rand en lieu et place de la selle – elle donnait l’impression que ce serait littéralement le cas – et Mélaine suggérant qu’au lieu de dormir Aviendha devrait peut-être passer la nuit à creuser des trous puis à les remplir pour s’éclaircir les idées. Ces menaces n’étaient pas proférées pour la contraindre, Egwene s’en rendit compte ; ces femmes s’attendaient à être obéies et avaient l’intention de l’être. Tout labeur inutile que s’attirerait Aviendha serait pour s’être montrée têtue. Cette obstination parut diminuer devant quatre paires d’yeux de Sagettes pesant sur elle – elle prit une posture plus défensive et, d’assise sur ses talons, elle passa à se planter sur ses genoux –mais elle continuait à tenir bon.
Egwene se pencha pour poser la main sur l’épaule d’Aviendha. « Vous m’avez dit que nous étions premières-sœurs et je crois que nous le sommes. Le ferez-vous pour moi ? Pensez que c’est veiller sur Rand pour Élayne. Vous avez aussi de l’affection pour elle, je le sais. Vous lui expliquerez qu’elle dit avoir pensé ce qu’elle écrivait dans ses lettres. Rand sera heureux de l’entendre. »
Le visage d’Aviendha se contracta. « Je le ferai, répliqua-t-elle en s’affaissant sur elle-même. Je veillerai sur lui pour Élayne. Pour Élayne. »
Amys se secoua. Sottises. Tu le surveilleras parce que nous te l’avons ordonné, jeune fille. Si tu estimes que tu as une autre raison, tu découvriras que tu t’es lourdement trompée. Encore de l’eau. La vapeur diminue. »
Aviendha projeta une autre poignée d’eau sur les pierres comme si elle projetait une lance. Egwene fut contente de voir qu’Aviendha recouvrait son mordant, mais elle songea qu’elle devrait la mettre en garde quand elles seraient seules. Avoir du caractère était une fort bonne chose, mais il y avait des femmes – ces quatre Sagettes, par exemple, et Siuan Sanche – en présence de qui tenir la bride haute à son tempérament était une réaction de bon sens. On pouvait s’insurger à gorge déployée toute la journée contre le Cercle des Femmes, et l’on finissait encore par exécuter quand même ce que voulait le Cercle, en regrettant de n’avoir pas gardé bouche close.
« Maintenant que cette question est réglée, dit Bair, jouissons en silence de ce bain de vapeur pendant que nous le pouvons. Il y a encore beaucoup à faire pour certaines d’entre nous cette nuit et d’autres nuits suivantes, si nous devons convoquer un rassemblement à l’Alcair Dal pour Rand al’Thor.
— Les hommes découvrent toujours des moyens de fournir du travail aux femmes, commenta Amys. Pourquoi Rand al’Thor serait-il différent ? »
Le silence s’établit dans la tente à l’exception du sifflement quand Aviendha jetait encore de l’eau sur les pierres brûlantes. Les Sagettes étaient assises les mains sur les genoux, respirant profondément. C’était vraiment tout à fait agréable, délassant même, cette chaleur humide, cette sensation purifiante de la sueur glissant sur la peau. Egwene estima que cela valait bien la peine de perdre un peu de sommeil.
Toutefois, Moiraine ne semblait pas détendue. Elle contemplait le chaudron d’où s’élevait la vapeur comme si elle distinguait autre chose, bien loin.