Naufrage aux Seychelles
- Автор: Де Вилье Жерар
- Серия: SAS (fr) #49
- Год: 1978
- Язык: французский
- Год: Plon
- ISBN: 2-259-00345-1
- Жанр: Шпионские детективы
Электронная книга - «Naufrage aux Seychelles». Краткое содержание книги:
Il bloqua sa porte-fenêtre et se déshabilla. Souhaitant ne pas être réveillé au milieu de la nuit par la gestapo locale. En fermant les yeux, il revit la Land Rover renversée sur le rocher. Si l’Israélien avait su la modicité des moyens dont il disposait !
Son seul espoir reposait sur Brownie, le skipper du Koala.
Chapitre VIII
— Vous voyez, le phare de Mamelles. La nuit on le laisse à tribord et on monte tout droit sur celui de Denis. C’est la seule façon de s’en sortir sans casse.
Malko regarda les deux rochers jumeaux de Mamelles un peu avant la grande île de Praslin. Le Koala filait à 11 nœuds, cap 015. Brownie Cassan, les yeux dissimulés derrière des lunettes noires, hirsute comme toujours, tenait la barre.
Malko se tenait sur la banquette à côté de lui. Rhonda s’activait dans le carré.
Il respira à pleins poumons l’air tiède, le visage offert au soleil. Du flying deck on entendait à peine le bruit des deux diesels. On aurait presque pu se croire sur un voilier. L’île de Mahé s’estompait dans le lointain avec son plafond de nuages. Dès qu’on en dépassait la pointe nord, la mer « bougeait » un peu. Pourtant, en novembre, c’était la fin des alizés.
— Des dauphins, cria soudain la voix de Rhonda du pont inférieur.
Les silhouettes aérodynamiques noirâtres et luisantes jouaient autour de l’étrave. Toute une bande de dauphins. Brownie Cassan les observait, amusé.
— Vous savez que jamais un dauphin ne mord à un hameçon ? remarqua-t-il de sa voix traînante. C’est quand même fantastique…
Les dauphins jouèrent encore un peu et disparurent.
Soudain, Brownie Cassan tira légèrement les leviers des gaz et le Koala ralentit nettement. Malko se redressa.
— Que se passe-t-il ?
— Oh, on va pêcher un peu par ici. D’habitude c’est bon, fit l’Australien. Ensuite on montera sur Bird.
— Comment, dit Malko, mais je ne suis pas venu pour pêcher ! C’est le Laconia que je cherche. Avec votre expérience, on devrait le trouver du côté de Denis Island, d’après ce que vous m’avez dit…
L’Australien secoua la tête, but une gorgée d’une bière Beck’s déjà ouverte, puis s’essuya la bouche d’un revers de main. Malko remarqua que les branches de ses lunettes de soleil étaient réunies par un fil de nylon les retenant autour de son cou. Ainsi, il ne risquait pas de les perdre.
— On n’a pas une chance, lâcha-t-il d’un ton désabusé. Quelquefois on peut tourner des jours avant de retrouver le sec. Le Laconia a dû passer près de Bird, continuer et faire son trou dans les grands fonds. Vous verrez rien. Alors, autant faire un peu de pêche non ? On peut déjeuner à Bird. Ensuite on rentrera pour la nuit. Mais faudra pas traîner.
Malko n’en croyait pas ses oreilles.
— Je croyais qu’avec les corrections apportées à votre carte, vous pourriez retrouver le sec où le Laconia a pu s’échouer, insista-t-il. Vous paraissiez très sûr de vous avant hier. Nous avons le temps.
— Ouais, fit l’Australien. Mais il y a un truc que j’avais oublié. On m’avait déjà retenu. Alors, demain, je ne peux pas partir avec vous.
Malko réussit à ne pas répondre. Que s’était-il passé pour que l’Australien change ainsi d’attitude ? Lui qui semblait tellement alléché par la perspective de récupérer le Laconia B. Décidément les alliés de Willard Troy n’étaient pas de première qualité… Le Koala continuait à filer bon train sur la mer d’huile. Malko décida de ne pas heurter de front l’Australien.
Allongé sur la banquette, il fit semblant de somnoler. Vingt minutes plus tard, le crissement aigu d’un moulinet l’arracha à sa torpeur. Il se dressa en sursaut. Mais le poisson n’avait pas vraiment mordu. Par contre, il aperçut sur l’avant du Koala, un trimaran qui faisait route aussi vers le nord. Le cabin-cruiser allait beaucoup plus vite que lui et ils arrivèrent à sa hauteur. Malko prit les jumelles et l’examina. Il ne payait pas de mine. Une coque verdâtre avec un bastingage rouillé, des mâts oxydés. Un Noir tenait la barre et personne d’autre n’était en vue.
— Tiens, c’est le Kenyen, remarqua Brownie. Deux types de Mombasa qui trament dans le coin depuis quelques jours. Il paraît qu’ils doivent descendre sur le Mozambique, près de Maputo, chercher quatre tonnes d’ivoire. Y vont jamais y arriver avec un engin dans cet état… Il est tout pourri.
Le trimaran s’éloignait sur leur arrière. Malko voulut profiter de la détente pour reprendre le dialogue.
— J’aimerais bien voir la carte de l’archipel, demanda-t-il.
— Sûr, dit l’Australien. Il tourna la tête et cria : Rhonda, viens me remplacer.
Quelques instants plus tard la masse de cheveux roux et bouclés apparut en haut de l’échelle. Depuis que le bateau était parti, l’Australienne avait ôté son soutien-gorge et sa poitrine n’avait rien à envier à celle de Irja. Des seins ronds et pleins, merveilleusement bronzés qui faisaient oublier son visage ingrat. Son slip minuscule de toile rosâtre couvrait à peine ses reins cambrés. Elle dit à Malko avant de s’installer à la barre :
— Si vous avez faim ou soif, je suis à votre disposition.
— Ça va, coupa brutalement l’Australien.
Depuis le départ, il la traitait comme un chien. Malko n’en revenait pas de sa docilité. Il n’avait jamais pu rencontrer son regard. Brownie descendit l’échelle devant lui et ils pénétrèrent dans le carré. Une carte était étalée à côté du Drakkar, l’émetteur radio.
Malko eut un coup au cœur : ce n’était pas celle qu’il avait vue. Aucune indication manuscrite n’était portée sur celle qui se trouvait devant lui ! Brownie Cassan se moquait de lui ! L’Australien posa son doigt sur un point situé entre Bird Island et Denis Island.
— Tout par là, il y a entre 40 et 60 mètres. Du côté de Bird, il y a un grand sec, mais on n’arrive jamais à le trouver. Ensuite, il y en a encore deux au nord de Denis et un petit au sud-est. Seulement, faut tomber dessus. On arrive parfois dessus par hasard, mais c’est impossible de recommencer deux fois de suite, à cause du vent et des courants…
Le gros index de Brownie Cassan remonta sur la carte, au nord de Denis.
— Vous voyez, par là, ça descend vite après le sec : 153, 165, 243, 245, 315 et après on arrive à 5-600 mètres. Puis, il y a la grande fosse de 6 000 mètres.
Malko se pencha sur les pointillés chiffrés qui délimitaient les secs.
— On ne sait vraiment pas où ils se trouvent ?
L’Australien ricana et son index fila vers le haut de la carte.
— Lisez ça.
Malko lut l’inscription en français :
« Carte 2948. Attention : dans la partie située à l’est du méridien 55° 35’ utiliser la carte avec circonspection, cette région étant imparfaitement reconnue. »
— Vous voyez, triompha l’Australien, c’est pas vieux ça date de 1976.
Il se redressa. Malko comprit qu’il ne tirerait rien de plus pour l’instant.
— Qui vous a charté ? dit-il. Ce n’est pas très gentil de me laisser tomber…
— Oh, ce n’est pas de ma faute, protesta Cassan de sa voix traînante. Je ne peux pas refuser. C’est un type trop puissant ici. Le patron du SPUP pour Beauvallon. Un « banania » tout court, vicieux comme un pou. Il pourrait m’empêcher de travailler.
Malko sentit son estomac se serrer. Volontairement ou non, l’Australien venait de lui donner l’explication de sa réticence. Il n’eut pas le temps d’approfondir.